Un Lyonnais de 42 ans pense être en possession d’une œuvre du grand peintre hollandais. S’il était authentifié, le tableau, acheté 130 euros l’année dernière lors d’une vente aux enchères, verrait sa cote atteindre plusieurs millions d’euros.

L’histoire semble à première vue incroyable, aberrante, voire grotesque. Elle fleure bon le canular et le déjà-vu. Au cœur de ce mystère, un petit tableau de 23,8 cm sur 18 cm représentant une vieille femme sur un fond très sombre. Son actuel propriétaire, un amateur d’art lyonnais de 42 ans, l’a acquis il y a un an lors d’une vente judiciaire. Mis à prix 80 euros, ce panneau en chêne d’à peine 4 mm d’épaisseur et dont les bords sont biseautés, lui a été cédé pour la modique somme de 130 euros. Une addition salée s’il s’agit d’une croûte ; l’affaire du siècle s’il s’avère que ladite œuvre a pour auteur un peintre reconnu, ce qu’il convient toutefois au préalable de prouver.

L’histoire aurait pu en rester là et le tableau finir oublié dans un débarras ou accroché dans un couloir sombre d’une vielle bâtisse de la capitale des Gaules. Sauf qu’à force de recherches sur les origines de cette œuvre et l’identité du personnage, son acquéreur, qui a souhaité conserver l’anonymat, en est venu à une conclusion audacieuse : il s’agit d’un original de Rembrandt (1606-1669). « J’ai tout d’abord été intrigué par le cachet de cire et le papier écrit en russe » qui sont collés à l’arrière du panneau, nous a-t-il expliqué hier. Deux éléments qui le poussent d’ailleurs à l’époque à acheter l’antiquité qui ne semble pas avoir été expertisée avant sa mise en vente. C’est ensuite le style du tableau qui le fascine. Après s’être plongé dans plusieurs ouvrages, les traits de la vieille femme lui rappellent indubitablement les portraits de la mère de Rembrandt exécutés par le grand maître hollandais au début de sa carrière. Peu à peu, l’idée que le petit rectangle de bois qu’il tient entre les mains puisse avoir été peint par Rembrandt fait son chemin. Et les preuves de l’authenticité espérée de l’œuvre s’accumulent.

Premier indice : le cadre qui entourait l’œuvre. Postérieur au tableau, il porte le nom de Dietrich, célèbre pasticheur allemand de Rembrandt ayant exercé ses talents au XVIIIème siècle. Celui-ci n’aurait cependant jamais réalisé de portrait et aurait eu pour habitude de signer ses copies. Il ne s’agirait donc pas d’une de ses contrefaçons et le tableau lyonnais lui aurait était attribué à la va-vite, ce qui indique toutefois que ses propriétaires de l’époque y avaient déjà vu une parenté avec les réalisations du maître de l’École hollandaise du XVIIème siècle. Deuxième indice : la découverte d’un « R » majuscule quasiment illisible dans le coin inférieur droit de l’œuvre. Des travaux d’expertises menés au mois de juin dernier à L’Atelier du temps passé, à Paris, ont confirmé la présence d’une signature complète. Ils ont également révélé celle de la date 1625 avec le 6 à l’envers, comme avait l’habitude de l’écrire le maître. « Nous avons utilisé la microscopie numérique, la radiographie et les rayons ultra-violets pour traverser les couches de vernis et de peinture ; nous avons essayé de reconstituer l’histoire de cette œuvre », indique Annette Douay. Des analyses dendrochronologiques ont également permis de dater le bois. « Les matériaux correspondent. Il s’agit d’une œuvre ancienne réalisée à l’époque à laquelle vivait Rembrandt. Ce n’est pas une copie. Il s’agit soit d’une œuvre originale, soit d’un faux, mais attention, je ne sais pas qui tenait le pinceau ». Dans l’hypothèse d’un tableau authentique, reste donc à découvrir si la main en question appartenait au maître hollandais ou à un artiste anonyme.

Dans ce domaine, seuls les spécialistes reconnus ont véritablement voix au chapitre. Et si leur travail d’authentification repose sur d’imposants travaux d’analyse, la part de subjectivité de chaque expert n’est pas à négliger. Contacté par le propriétaire du tableau, Ernst van der Wetering, reconnu comme LE spécialiste de Rembrandt, rejette l’hypothèse de l’œuvre originale. « Il fonde son analyse sur des photos de mauvaises qualité et ne l’a même pas examiné », clame le Lyonnais, qui s’est mué depuis quelques mois en Sherlock Holmes de l’art baroque. « Et les autres experts que j’ai contacté refusent de prendre cette responsabilité ». On peut les comprendre : acheté 130 euros, le petit panneau de bois pourrait, une fois griffé Rembrandt, se négocier à plusieurs millions d’euros et pourquoi pas pulvériser l’actuel record de 22,3 millions d’euros détenu par un portrait vendu il y a deux ans à Londres. Difficile de laisser planer le moindre doute lorsque de telles sommes sont en jeu…

Reste deux éléments de taille qui pourraient bien faire changer la donne. « Le cachet de cire, qui désignait le propriétaire du tableau et qui représente un aigle couronné, appartenait au Grand Électeur Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg, qui a vécu à la même époque que Rembrandt », explique le collectionneur amateur. Cet homme aurait offert l’œuvre à son épouse, Louise-Henriette d’Orange-Nassau, fille d’une famille de riches mécènes hollandais grands amateurs d’art. Le service des sceaux du ministère de la Culture, de même qu’une conservatrice au château royal de Varsovie (Pologne), ont respectivement daté le cachet de « la seconde moitié du XVIIème siècle » et « du milieu du XVIIème siècle, entre 1630 et 1650 ». Là encore, les dates correspondent.

Reste à savoir comment la peinture a atterri à Lyon. « Le tableau a été mis en vente au comptoir de Prusse à la fin du XVIIIème siècle », comme semble l’attester le numéro « 162 » qui figure à l’arrière du panneau de bois et plusieurs archives. A moins qu’il ne s’agisse d’un numéro d’inventaire d’une collection privée. « Le texte en russe prouve que l’œuvre était proposée à la vente en Russie, mais elle ne semble jamais y avoir séjourné ». C’est à ce moment-là que l’on perd sa trace dans les archives qui ont été ballotées de successions en héritages, sans parler des innombrables conflits qui ont secoué la région.

En janvier, l’Institut royal du patrimoine artistique de Belgique réalisera une spectrométrie à infrarouges afin de déterminer l’âge exacte du bois et déterminer s’il existe ou non un dessin préparatoire caché derrière les couches de peinture. Une analyse dont les résultats seront décisifs.

France-Soir, mardi 8 novembre 2011

Après le succès de ses romans, l’auteur québécoise Anne Robillard se lance dans la bande dessinée en imaginant le prélude de sa saga.

Après douze tomes volumineux et autant de best-sellers, on pensait la saga des Chevaliers d’émeraude définitivement close. C’était sans compter sur l’intarissable créativité d’Anne Robillard, qui vient de publier le premier volet du prélude de sa célèbre série. Pour proposer une nouvelle approche de ses personnages, l’auteur s’est adjoint les services du dessinateur de BD Tiburce Oger.

« Je ne suis pas une spécialiste de la bande dessinée », concède l’auteur québécoise. « L’idée vient de mon éditeur en France (Michel Lafon, NDLR) et de Casterman. Ils m’ont présenté ce projet, qui m’a tout de suite intéressée ». Mais la romancière pose deux conditions : elle veut écrire des histoires originales, pensées et scénarisées pour ce nouveau support, et, surtout, elle souhaite choisir le dessinateur avec lequel elle va collaborer. « On m’a présenté les travaux de nombreux illustrateurs mais rien ne me plaisait. Alors j’ai moi-même feuilleté plusieurs bandes dessinées dans une bibliothèque. Je suis tombé sur un album de La Forêt, une série dessinée par Tiburce (et scénarisée par l’acteur Vincent Pérez) et j’ai dit que je voulais travailler avec lui ! », badine-t-elle.

Exercice difficile

Dans le premier album de cette trilogie en devenir, Anne Robillard revient sur la quête des membres de la future caste des Chevaliers d’émeraude. « Je voulais raconter ce qui se passe entre les livres », explique l’écrivain de 56 ans, qui répond ainsi aux fortes demandes de sa communauté de lecteurs. « Ils veulent beaucoup de détails, d’explications. Ce sont des passionnés. »

Un univers particulier avec lequel a dû se familiariser Tiburce Oger, plus habitué à sa planche à dessin qu’aux rassemblements d’elfes et de fées. « Je ne connaissais pas du tout Les Chevaliers d’émeraude », avoue le dessinateur depuis sa retraite charentaise. « Ma fille m’en a parlé et ce monde fantastique m’a plu. Il a ensuite fallu se mettre à la page en lisant quelques romans avant de pouvoir commencer mon travail avec Anne. » Les deux auteurs s’entendent à merveille et cela se voit. Si ce premier tome constitue une sorte de mise en bouche – un exercice toujours difficile –, le résultat est convaincant. Servi par les superbes couleurs de Tiburce Oger – un des derniers à travailler « à l’ancienne » sans l’utilisation de l’outil informatique –, ces Chevaliers séduisent par leur rythme soutenu auquel il ne manque peut-être qu’une touche de fluidité. « Les Chevaliers d’émeraude sont dans ma tête, c’est comme si je les connaissais. Et j’ai l’impression que Tiburce voit ce que je vois. Je n’ai donc rien à redire. Tout est parfait ! »

Tiré à 100.000 exemplaires, le premier chapitre de cette trilogie est entré dans le classement Ipsos/Livres Hebdo des meilleures ventes de livres dès sa première semaine d’exploitation. Un second triptyque est d’ores et déjà sur les rails et un troisième en préparation. De quoi satisfaire l’appétit insatiable des fans des Chevaliers d’émeraude.

France-Soir, jeudi 29 septembre 2011

Trois ans après son inauguration, le Stade des Alpes fait les frais de la relégation du Grenoble Foot 38 en cinquième division. Pour limiter l’hémorragie financière, sa gestion sera prochainement confiée à une société privée.

Qu’elle est loin l’euphorie de la montée en Ligue 1 ! En mai 2008, quatre ans après son rachat par la multinationale japonaise Index Corporation, le Grenoble Foot 38 avait rejoint l’élite du ballon rond au terme d’un match nul contre Châteauroux. Les supporteurs isérois attendaient cela depuis 45 ans et le dernier séjour de leur équipe en D1. Trois ans plus tard, la joie a cédé la place à l’abattement. Couvert de dettes, le club a déposé le bilan en juillet avant d’être relégué administrativement en CFA2. Une spirale infernale qui fait indubitablement penser à celle du Racing Club de Strasbourg qui évolue lui aussi en cinquième division suite à d’insolubles problèmes financiers.

Redevenu un modeste club amateur, le GF 38 n’attire aujourd’hui plus vraiment les foules. Avec moins de 2.000 spectateurs par match en moyenne depuis le début de la saison, les tribunes du Stade des Alpes restent désespérément vides. Un comble pour cette enceinte à la pointe de la modernité qui avait été inaugurée en grande pompe en février 2008. D’une capacité de 20.068 places (avec une possibilité d’extension à 28.000), elle était prévue pour accueillir de prestigieuses affiches du Championnat de France et pourquoi pas des rencontres européennes. Un rêve qui n’aura duré que deux ans avant la descente du club en Ligue 2 au terme de la saison 2009-2010.

Que faire alors de cet équipement dernier cri conçu par le cabinet d’architecture Chaix & Morel et associés ? Car si le Stade des Alpes allie élégance et écologie en plein centre-ville (il a été construit en bordure du parc Paul-Mistral), il a toutefois au moins un défaut : son prix. Surmonté d’une verrière supportant 1.000 m2 de panneau photovoltaïques qui permettent de produire 72.000 kWh/an, cet équipement a en effet coûté la bagatelle de 78,5 millions d’euros aux frais du contribuable. Pour son financement, Grenoble Alpes Métropole (la Métro), présidée à l’époque par le socialiste Didier Migaud, actuel président de la Cour des comptes, avait opté pour un emprunt indexé sur le cours du franc suisse. Un choix qui s’est révélé peu judicieux dans la mesure où celui-ci s’est envolé ces derniers mois du fait de la crise et du statut de valeur refuge que s’est vu décerner la monnaie helvétique. Le taux d’intérêt de cet emprunt a ainsi atteint 18 % cet été, transformant l’opération en Berezina financière. « Nous sommes en train de le renégocier », indique Christophe Ferrari, vice-président chargé des finances à la Métro. Mais le mal est fait et les comptes de la communauté d’agglomération devraient en souffrir encore longtemps. D’autant que les frais de fonctionnement du stade ne font qu’empirer les choses. Malgré la redevance de 718.000 € payée l’année dernière par le GF 38, ce dernier affichait encore une perte sèche de 520.000 €. Avec la relégation du club en CFA2, la redevance devrait encore être revue à la baisse, grevant une fois de plus les recettes de la Métro. Un cercle vicieux duquel celle-ci souhaite désormais s’extirper afin de limiter la casse.

Réagissant à cette situation préoccupante, elle tente en effet de trouver un nouveau débouché à ce stade qui s’est transformé en véritable gouffre financier. Pour ce faire, elle a lancé il y a une semaine un appel d’offres visant à confier la gestion et l’exploitation de l’enceinte sportive à une société privée par le biais d’une délégation de service public. Objectif : en faire un équipement polyvalent capable d’accueillir des événements sportifs, mais également des concerts ou des spectacles. « Nous avons considéré que ce n’était pas à la communauté d’agglomération de faire cela car nous ne pouvons pas agir assez rapidement. D’où l’idée d’une gestion privée qui offre plus de souplesse et plus de réactivité », explique Joris Benelle, directeur de pilotage à la Métro, en charge du dossier de la délégation de service public du Stade des Alpes, qui précise que le projet est sur les rails depuis environ un an. « Nous savons que nous avons un très bel équipement situé en plein cœur de la ville et tout à fait pertinent pour de grands spectacles. » La procédure, on ne peut plus classique, sera conduite jusqu’au 3 novembre prochain, date à laquelle le dépôt des candidatures sera clos. Le cahier des charges sera ensuite transmis à tous les postulants qui devront répondre dans un délai de trois mois. « Nous envisageons une ouverture des négociations avec les entreprises pour le mois d’avril et une signature du contrat au mois de septembre. » D’ici là, le Stade des Alpes devrait encore plomber les comptes de la communauté d’agglomération de Grenoble.

Un stade maudit ? 

Construit en bordure du parc Paul-Mistral, en plein cœur de Grenoble (Isère), le Stade des Alpes n’a jamais fait l’unanimité. Le choix du site a très vite été contesté, notamment du fait de l’emprise au sol importante du futur équipement dans une ville polluée où les espaces verts font cruellement défaut. Durant l’hiver 2003, une trentaine de jeunes « éco-citoyens » s’étaient d’ailleurs installés dans des cabanes aménagées dans des arbres menacés par le chantier. Une occupation inédite qui avait tout de même duré trois mois. Evacués par les forces de l’ordre, ces opposants ont ensuite bloqué l’avancée de la construction du stade par de multiples recours contre le permis de construire. Si le début des travaux a ainsi été retardé de deux années supplémentaires, le bras de fer entre les anti-stade et la Métro n’aura finalement pas débouché sur une suspension du chantier.

Autre sujet sensible, le budget alloué à la construction de cet équipement ultramoderne. Dès la présentation du projet définitif en février 2003, les coûts (initialement évalués entre 20 et 30 millions d’euros) passent à 55 millions d’euros. La facture s’allongera finalement encore de plus de 20 millions d’euros, sans compter les frais d’exploitation systématiquement déficitaires depuis l’inauguration de l’enceinte, en février 2008. La relégation du GF 38 en CFA2 n’a fait que renforcer l’amertume des opposants au stade dans la mesure où l’une des justifications données pour la construction de cet équipement était son absolue nécessité à la remontée du club dans l’élite du football français. Un objectif atteint en 2008, seule véritable année de réjouissances pour le Stade des Alpes qui aura connu en quelques mois ses deux moments fastes avant une irrémédiable descente aux enfers.

France-Soir, mardi 27 septembre 2011

L’équipe Big Frog va tenter de remporter la course la plus rapide au monde, soixante-quinze ans après la victoire historique de Michel Détroyat dans les cieux nord-américains.

Reno, dans l’Etat du Nevada, dans l’ouest des Etats-Unis. Malgré l’altitude (cette ville de 220.000 habitants est située à près de 1.400 mètres au-dessus du niveau de la mer), le mercure y dépasse en cette saison encore allègrement les 30 degrés. Célèbre dans le monde entier pour ses casinos, « la plus grande petite ville du monde » accueille également un événement mythique qui s’y tient chaque année au mois de septembre. Peu connues en France, mis à part par les passionnés d’aéronautique, les Reno Air Races constituent pourtant la course la plus rapide au monde. Les avions y tournent en moyenne à près de 420 km/h, soit deux fois plus vite qu’une Formule 1 ! Et pour la première fois depuis sa création en 1964, cette furieuse chevauchée aérienne accueillera cette année une équipe française, bien décidée à jouer les trouble-fête dans la hiérarchie mondiale des as de la vitesse.

C’est à Christophe Delbos que revient l’honneur de représenter la France lors de ces championnats de course aérienne. Pilote de chasse sur Dassault Mirage 2000 sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan (Landes), c’est pour lui « un rêve de gosse » qui se réalise. « Je n’aurai jamais pensé me retrouver ici un jour aux commandes de ce bolide », explique ce père de famille de 42 ans. « En toute modestie, je dois avouer qu’on m’a proposé de prendre part à ce projet. C’était totalement improbable, mais je ne vous cache pas que je n’ai pas mis longtemps à dire oui. »

Arrivé à Reno le 31 août avec les autres membres de l’équipe Big Frog, Christophe Delbos, alias Bobos, s’est tout d’abord remis du décalage horaire avant d’effectuer le vol de réception de son bolide deux jours plus tard. « L’avion est arrivé le 26 août à bord d’un KC 135 de l’armée de l’air qui devait participer à une mission de qualification aux Etats-Unis. Il en a profité pour déposer notre avion à Reno. » Le principal obstacle aux participations étrangères aux Reno Air Races – le coût de transport du matériel – a ainsi pu être surmonté. Après plusieurs vols d’essais, destinés notamment à vérifier le bon fonctionnement du moteur, à optimiser les réglages de l’appareil et à tester ses performances sous de nouveaux cieux, les trois pilotes tricolores ont passé les phases de qualification qui ont finalement débouché sur la sélection de Christophe Delbos. « Je suis le seul Français en compétition. Il y a quelques autres étrangers, notamment un Espagnol, un Allemand, un Japonais ou encore un Australien mais, sinon, tous les autres sont Américains. C’est normal, ils sont chez eux ! »

Interrogé mercredi soir par téléphone à quelques heures de la première de ses quatre courses, le militaire aux 25 missions de guerre paraissait détendu. « Nous sommes arrivés seconds des qualifications sans pousser l’avion à fond. Il faut maintenant transformer l’essai, mais je crois qu’une victoire est loin d’être impossible », confie-t-il modestement. Rien n’est cependant encore joué car les Reno Air Races sont uniques en leur genre. Et le Frenchie n’a aucune expérience en la matière, contrairement à la plupart de leurs concurrents. « J’ai fait trois stages à l’école de voltige de l’armée de l’air afin de me réhabituer à piloter un avion à hélice et à train classique car cet appareil, taillé pour la vitesse, ne se pilote pas comme un Mirage 2000. » L’aviateur français a également effectué une longue préparation mentale : « Je m’assoie sur une chaise et je revois le parcours. Je calcule mes trajectoires, j’absorbe les pylônes, je décide quand je dois déclencher les virages, quand je dois doubler. » Rien n’est laissé au hasard car le moindre écart peut se révéler fatal.

C’est dans cet état de concentration extrême que Christophe Delbos s’installera samedi après-midi dans le cockpit de son racer pour sa troisième et avant-dernière course. Après leur décollage, les huit appareils de la catégorie Sport Class se rassembleront en ligne à la droite du pace aircraft, sorte d’avion guide, pour un tour de formation. Parfaitement alignés, les bolides entameront ensuite leur descente en attendant le signal de départ : « Gentlemen, you have a race ! » C’est parti pour huit tours entre les pylônes à 650 km/h au badin et une dizaine de minutes d’une course haletante avec peut-être au bout la victoire.

La course la plus rapide au monde

En 1964, Bill Stead, propriétaire d’un ranch situé entre Sparks et Pyramid Lake et pilote à ses heures perdues, organise les premières courses aériennes de Reno. Deux ans plus tard, le championnat national de course aérienne s’installe sur l’aéroport de Reno Stead, perpétuant ainsi la tradition des National Air Races des années 1920 et 1930. Ces courses de vitesse au cours desquelles tous les avions sont lâchés en même temps sur un circuit fermé matérialisé par des pylônes étaient à l’époque très prisées du public. En 1936, à Los Angeles, le Français Michel Détroyat devient le premier et le seul pilote non-américain à remporter cette épreuve en battant à trois reprises ses concurrents (tous Américains) à bord de son Caudron C460 à moteur Renault. Christophe Delbos et l’équipe Big Frog espèrent donc bien réitérer cet exploit qui a fait de l’as français un mythe.

France-Soir, samedi 17 septembre 2011

Le musée d’art contemporain inaugure lundi sa nouvelle exposition temporaire, qui s’interroge sur la notion de perte et d’errance à travers l’espace et le temps.

Avec près d’un million de visiteurs depuis son inauguration en mai 2010, le Centre Pompidou-Metz (CPM) s’est imposé comme le premier équipement culturel de province. Et il compte bien le rester grâce à une nouvelle exposition temporaire qui ouvre aujourd’hui ses portes au public. Baptisée Erre, variations labyrinthiques, elle a pour « fil conducteur la question de la perte, de l’errance et de la déambulation », égrène Hélène Guenin, commissaire de l’exposition. « Nous nous sommes demandé ce qu’était un labyrinthe, ce motif archaïque dont on ne connaît pas les origines et dont la définition est vaste », poursuit son alter ego, Guillaume Désanges. Pour ce faire, environ 200 pièces réalisées par 70 artistes sont présentées au public dans un espace imposant à la scénographie dépouillée et minimaliste. Une alternance de murs noirs et blancs, des jeux de lumières, des cabinets de curiosités aux ambiances feutrées qui succèdent à de grands espaces illuminés : « Le visiteur doit se perdre, oublier la thématique », grâce à un parcours de plus de deux heures divisé en huit chapitres.

Première étape de cette escapade : l’architecture. Une discipline pour laquelle le labyrinthe a un caractère quasi mystique. De ce bas-relief romain à la ville spatiale imaginée par Yona Friedman, cette figure a fasciné des générations d’architectes, obsédés par la contradiction entre sa conception parfaite et sa finalité : l’errance. Le temps constitue une seconde dimension importante dans la notion de labyrinthe. Cet espace génère en effet une perte de temps, ne serait-ce que pour en trouver la sortie. Comme une voiture qui tourne désespérément en rond pour trouver une place de parking. La structure de l’esprit humain est elle aussi souvent comparée à un labyrinthe. Une organisation d’une incroyable complexité représentée par Matt Mullican sous la forme d’un immense mur composé de 70 quadrilatères de toile peinte en jaune et noir. Des pages de L’Encyclopédie y côtoient des gravures ou encore des tableaux de classification du règne animal. Enfin, le labyrinthe, censé protéger le minotaure dans la mythologie grecque, fait également de lui un prisonnier. Un paradoxe illustré par un collectif d’artistes néerlandais dans Exodus or the voluntary prisoners of architecture, un projet présentant une ville forteresse aménagée en plein cœur d’une cité existante. Une prison dorée dont les habitants ont accepté d’être captifs et qui n’est pas sans rappeler la conception de certaines grandes surfaces d’ameublement.

France-Soir, lundi 12 septembre 2011

Le maire de Talence a porté plainte après la diffusion d’un document « nauséabond » qui usurpait son identité.

Distribué dimanche dans l’ensemble des boites aux lettres du quartier Thouars, à Talence (Gironde), un bulletin municipal portant le logo et les armes de la cité girondine abordait la construction prochaine d’un lieu de culte pour les membres de la communauté musulmane. Le document, paraphé par le maire (Modem) de la ville, Alain Cazabonne, expliquait notamment que la municipalité avait « tout fait pour faciliter ce projet, notamment en vendant à prix préférentiel le terrain ». Il demandait également aux résidents de ce quartier « de faire le meilleur accueil à ces personnes », dans le cadre « du vivre ensemble et de la tolérance ». Des recommandations plutôt incongrues et pour cause puisqu’il s’agissait bien d’un faux document officiel. Il faut dire que certains passages ne permettait pas le doute. Que penser ainsi de ces consignes qui appelaient les femmes à « sortir en tenue décente » ou à « ne pas cuisiner de porc » lors de la grande prière du vendredi. L’interdiction de boire et de manger en public durant le ramadan, si elle fait partie des grands fantasmes des islamophobes, prêtait elle aussi à sourire.

Vaste canular ou satire politique à la sauce identitaire ? Le mystère demeure pour l’instant entier. La mairie a toutefois entrepris mardi de distribuer un nouveau bulletin municipal, authentique cette fois-ci, afin d’informer les habitants du quartier Thouars que l’élu centriste n’était pas l’auteur de ce document. Un rectificatif qui s’interroge sur l’intérêt de ce tract quatre mois après la vente par la mairie d’un terrain du quartier à l’association des musulmans de Talence dont la salle de prière était devenue trop exiguë. Les choses auraient pu en rester là, mais Alain Cazabonne n’a vraisemblablement pas apprécié la plaisanterie. Qualifiant le contenu du document de « nauséabond », il a annoncé avoir déposé plainte contre X auprès du parquet de Bordeaux pour usurpation de fonction et de titre, faux et usage de faux et incitation à la discrimination et à la haine raciale en raison de l’appartenance à un groupe religieux.

France-Soir, jeudi 8 septembre 2011

La ministre de l’Écologie a lancé hier les travaux d’évacuation d’une ancienne décharge sur laquelle sont stockées illégalement près de 200.000 tonnes de détritus.

La ministre de l’Écologie a assisté hier aux premiers coups de pelleteuses destinés à évacuer l’immense amas de détritus qui s’élève depuis plusieurs années en bordure nord-ouest de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). « Cette montagne de déchets est un scandale », a déclaré Nathalie Kosciusko-Morizet, précisant que son déblaiement devrait être achevé « à la fin de l’hiver 2012 » et coûterait au contribuable la bagatelle de 14 millions d’euros, l’entreprise gestionnaire du site ayant mis la clé sous la porte en novembre dernier. La ministre compte toutefois appliquer le principe « pollueur-payeur » prévu par le Grenelle de l’Environnement en se retournant vers les sociétés qui se sont durant des années débarrassées de leurs déchets sans se soucier des conditions de leur stockage : « Nous sommes en négociation avec une quarantaine d’entreprises (…). On considère qu’on peut récupérer 7 millions ». NKM a par ailleurs annoncé qu’une série de mesures seraient prises « au premier semestre 2012 » afin d’empêcher que de telles situations ne se reproduisent.

Si le maire (Front de gauche) de la commune, Joseph Rossignol, s’est félicité du coup d’envoi des travaux, il a déploré que « l’on ait pu laisser cette montagne s’accumuler ». Même son de cloche du côté de l’Association de défense des riverains pour l’environnement de la rue Albert Garry (ADRERG) dont le président, Jean-Claude Peter, attend surtout avec une impatience teintée de crainte le résultat des expertises menées en juin dernier. « On a peur pour notre santé », explique-t-il. « Il ne faut pas être alarmiste, mais il y a cette odeur, ces poussières et les nombreux incendies qui se sont déclenchés sur le site » dégageant d’épaisses fumées nauséabondes.

Culminant à 25 mètres de haut, l’ancienne décharge de LGD Développement s’étend sur plus de 200 mètres de long et renfermerait près de 200.000 tonnes de déchets du bâtiment. Depuis janvier 2009, plus aucun tri n’y est effectué, la société se contentant d’y accumuler toute sorte de détritus. « Il y a des gravats, du plastique, des pots de peinture, des bidons de dissolvant et même de vieux matelas », égrène Jean-Claude Peter, qui habite à moins de 200 mètres de ce dépotoir à ciel ouvert à proximité duquel se trouve, comble de l’ironie, un éco-quartier en construction. La présence d’amiante n’a d’ailleurs pas été exclue par Nathalie Kosciusko-Morizet qui a qualifié de « voyou » le comportement de l’entreprise dont le gérant, Patrick Bueno, a été condamné en juin dernier à 18 mois de prison avec sursis et obligation de remise en état des lieux par le tribunal correctionnel de Créteil. Jugement dont l’ancien chef d’entreprise a fait appel.

Une montagne de déchets

2000.000 tonnes de détritus

L’ancienne décharge de l’entreprise LGD Développement culmine à 25 mètres de haut et s’étend sur plus de 200 mètres de long. Il contiendrait près de 200.000 tonnes de déchets issus du bâtiment. Les associations de riverains craignent la présence d’amiante dans cet immense dépotoir à ciel ouvert.

Incendies à répétition

En raison du dégagement de méthane, le cœur de l’ancienne décharge est constamment en combustion. Des incendies à répétition qui dégagent d’épaisses fumées et qui ont nécessité l’installation de douze canons à eaux tout autour du site afin d’empêcher leur propagation.

14 millions d’euros

Le déblaiement et le tri des gravats stockés à Limeil-Brévannes devrait s’achever fin 2012. Le chantier, dont le coût est estimé à 14 millions d’euros (pris en charge par l’État) a été confié à l’entreprise Véolia.

France-Soir, mardi 6 septembre 2011