Politique européenne


Après la victoire de sa formation dimanche aux élections législatives, le leader du Partido popular se prépare à administrer une nouvelle cure d’austérité à un pays qui vogue tout droit vers la récession.

Oublié le coup de théâtre de 2004, lorsque le Partido popular (PP), empêtré dans la gestion calamiteuse des attentats islamistes attribués à tort à ETA, avait finalement perdu, en trois jours, des élections législatives qui lui semblaient pourtant largement acquises. Balayée, également, la nouvelle déconfiture de son leader Mariano Rajoy quatre années plus tard face au socialiste et président du gouvernement sortant José Luis Rodriguez Zapatero. Après sept ans de patience et deux défaites de suite, le successeur de José María Aznar à la tête du parti conservateur peut enfin savourer sa victoire et préparer son déménagement prochain au palais de la Moncloa, à Madrid, résidence officielle du président du gouvernement espagnol.

Discret, modéré et peu charismatique, Mariano Rajoy, qui devrait donc être désigné dans les jours qui viennent à la tête du nouveau gouvernement espagnol, est un authentique revenant. Au plus bas après la déculottée de 2008, il avait à l’époque été proprement lynché par les médias conservateurs et plusieurs membres influents de sa formation politique. Solide et tenace, Rajoy avait pourtant réussi à résister aux attaques en attendant des jours meilleurs là où d’autres auraient eu tôt fait de lâcher prise. Un mental en acier trempé qui est peut-être lié à sa passion pour le sport, en particulier le football (il est un supporteur invétéré du Real Madrid), le tennis ou encore le cyclisme. Des disciplines où brillent les athlètes hispaniques, ce qui n’est évidemment pas pour déplaire à ce patriote déclaré dont la stratégie s’est en tout cas avérée payante.

Le paradoxe Rajoy

Après avoir marginalisé ses adversaires au sein du PP, Mariano Rajoy s’est progressivement construit un discours axé uniquement sur l’incapacité du gouvernement Zapatero à gérer la crise, jusqu’à l’imposer dans l’opinion publique comme la seule alternative crédible à une gouvernance socialiste à bout de souffle, épuisée par trois années de crise et cinq millions de chômeurs. Une manœuvre que certains qualifieront de démagogique, mais qui a eu le mérite d’assurer une victoire confortable à son parti. Car si le PP n’avait finalement d’autre issue que de battre des socialistes moribonds, la cote de popularité de son candidat est quant à elle toujours restée inférieure à celle de ses principaux adversaires. C’est le paradoxe Rajoy : gagner sans séduire.

Né le 27 mars 1955 à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice (nord-ouest de l’Espagne), Mariano Rajoy est issu d’une famille de juristes. Aîné d’une fratrie de quatre enfants élevée dans la plus pure tradition catholique, son destin semble tout tracé : il sera juge, comme son père. Après une scolarité chez les jésuites, le jeune Mariano s’inscrit donc à la faculté de droit de sa ville natale. Après sa licence, il présente le concours de conservateur des hypothèques. A 24 ans, il devient le plus jeune fonctionnaire espagnol à occuper ce poste. Quelques années plus tard, au début des années 1980, Mariano Rajoy adhère à l’Alianza Popular, parti politique créé par d’anciens ministres franquistes à la chute de la dictature militaire. En 1981, il est élu député au parlement de Galice. Il exerce plusieurs mandats locaux durant une dizaine d’années tout en grimpant les échelons au sein de l’Alianza popular qui devient le Partido popular en 1989.

Homme de confiance

Après la victoire du PP aux élections législatives en 1996, José María Aznar, nouveau chef du gouvernement, nomme Mariano Rajoy à la Fonction publique. Jusqu’en 2004, le leader conservateur lui confiera également le maroquin de l’Intérieur, de l’Education nationale ou encore du ministère de la Présidence du gouvernement. En quelques années, ce grand barbu raillé pour son flegme et son manque de dynamisme s’impose alors comme l’homme de confiance de José María Aznar. C’est lui qui monte au créneau lorsqu’il s’agit de défendre la gestion catastrophique de la marée noire du Prestige, en 2002, ou encore l’intervention espagnole en Irak l’année suivante. Un esprit de sacrifice qui sera généreusement récompensé par le président du gouvernement espagnol qui le désigne comme son successeur pour le rendez-vous démocratique de 2004.

A 56 ans, Mariano Rajoy s’apprête donc à prendre en main la destinée de 46 millions d’Espagnols profondément minés par une crise économique et sociale (on y compte aujourd’hui près de 22 % de chômeurs) qui menace de plonger le pays dans les tréfonds de la récession. Et si le chef du PP préfère ne pas faire trop de promesses tout en jouant sur son image de nounours rassurant, il sera lui aussi obligé de dégraisser de tous côtés s’il veut, comme il l’a promis, rembourser rapidement la dette de l’Espagne. Les Indignés n’ont pas fini de s’insurger…

Mariano Rajoy en cinq dates

27 mars 1955 Naissance à Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice).

Octobre 1981 Il est élu député au Parlement de Galice.

Mai 1996 Il fait partie du premier gouvernement Aznar en devenant ministre de la Fonction publique.

Mars 2004 Il devient le chef de l’opposition après la défaite du Partido popular aux élections législatives.

Novembre 2011 Après une seconde désillusion en 2008, il devrait prochainement être nommé président du gouvernement après la victoire des conservateurs aux législatives.

France-Soir, lundi 21 novembre 2011

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59,4%. C’est le chiffre record de l’abstention, en France, pour les élections européennes du 7 juin 2009. Seuls deux Français sur cinq ont daigné se déplacer pour désigner leurs députés au Parlement de Strasbourg. Une véritable saignée. C’est vrai qu’il y avait mieux à faire en ce triste dimanche de printemps, entre la fête des mères, la finale du tournoi homme de Roland Garros ou encore un lendemain de cuite à soigner. Les électeurs français ne sont pas les seuls à avoir boudé l’Europe, puisque l’abstention a également atteint des sommets en Espagne (54,1%), en Allemagne (57,5%), au Royaume-Uni (59,3%) ou encore en Slovaquie, qui décroche la palme d’or avec un taux de participation d’à peine 19,7% ! L’Italie semble quant à elle avoir trouvé un intérêt dans ces élections (67% de participation), alors que les chiffres belges (9% d’abstention) sont à relativiser puisque le vote y est obligatoire.

Que penser de ces résultats ? On pourra toujours mettre cette déroute sur le dos d’une Europe technocratique qui ne déchaîne pas les foules. Une Europe anonyme, méconnue des citoyens. C’est en tout cas ce que beaucoup veulent nous faire croire. Et il est vrai qu’à force de rabâcher ce discours, les médias ont peut-être réussi à dissuader certains électeurs d’aller voter. Pourtant, rares sont les journaux qui accordent une place conséquente et exclusive aux questions européennes. Il existe bien des pages « Politique » ou « France », mais pas de trace d’une véritable rubrique « Europe » en général directement intégrée dans les pages « Monde ». A ce compte-là, pourquoi ne pas jeter la pierre aux journalistes ?

L’Europe politique manque cruellement de visibilité. Qui connait le nom de son eurodéputé ? Qui connait le nom du président de la Commission européenne ? Du fait de son manque de médiatisation, l’Union européenne n’intéresse plus, si tant est qu’elle l’ait déjà fait. Les choses pourraient être différentes si l’on accordait une place plus importante aux questions européennes, qui sont, après tout, aussi des questions de politique intérieure.

Le manque d’intérêt pour l’Europe n’est néanmoins pas la seule explication à cette déroute électorale. Le problème réside dans le fait que de plus en plus de Français se détournent de la politique en général et, du même coup, du jeu démocratique. Malgré l’émoi qu’avait suscité la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, plus d’un cinquième des électeurs inscrits n’était pas allé voter le 05 mai 2002. Sans commentaire.

Bien sûr, le droit de vote n’est pas une obligation et ne doit pas le devenir. La solution belge – qui sanctionne l’abstention par une amende – ne fait que contourner le problème et restreint ce qui est avant tout une liberté en la transformant en contrainte. Reste que la situation est catastrophique. Les abstentionnistes n’ont pas tous des motivations idéologiques les incitant à ne pas aller voter Ils ne sont pas tous anarchistes, cela se saurait ! Alors, comment expliquer ces chiffres ? La fainéantise peut-être, la bêtise sûrement ou encore le manque de recul par rapport à ce que signifie le droit de vote : une liberté fondamentale pour la défense de laquelle des centaines de milliers de personnes sont mortes par le passé, d’autres luttant encore chaque jour pour son avènement dans la majorité des états de la planète, où la démocratie n’est qu’un leurre. Sanctionner ne servirait à rien. Il faut éduquer les futurs citoyens dès leur plus jeune âge. Car le droit de vote est aussi un devoir, si ce n’est qu’un devoir de mémoire.

Les eurodéputés ont adopté, le 6 mai dernier, une réforme du règlement intérieur du Parlement européen annulant la règle selon laquelle le doyen d’âge de l’instance présidait sa séance inaugurale.

Après les élections européennes, qui se dérouleront du 4 au 7 juin 2009, il est probable que le doyen du Parlement ne soit autre que Jean-Marie Le Pen qui a, en effet, de fortes chances d’être réélu dans sa circonscription du Sud-est de la France. Devant cette éventualité, les eurodéputés ont donc décidé d’agir. Déposé par les présidents des deux plus importants groupes politiques du Parlement européen, le socialiste allemand Martin Schulz et le conservateur français Joseph Daul, l’amendement annulant la règle du doyen d’âge a été plébiscité par une écrasante majorité.

Peut-on se féliciter de ce résultat ? Pas vraiment. La modification du règlement intérieur du Parlement européen pour empêcher le président de Front national de présider la séance inaugurale du 14 juillet prochain ne semble ni très habile, ni très démocratique. Aurait-on fait la même chose si le doyen avait été un élu du GUE ? C’est peu probable. Si l’on accepte de considérer le Front national comme un parti démocratique, si l’on accepte sa participation à des élections démocratiques, pourquoi sanctionner son chef lorsqu’il a l’occasion de prendre la parole au sein de l’hémicycle de Strasbourg ? Peut-être parce qu’il est l’un des leaders du mouvement souverainiste, connu pour son rejet d’une Europe politique. A ce moment-là, autant interdire aux partis anti-européens de participer aux élections européennes.

Les récentes déclarations sulfureuses de Jean-Marie Le Pen concernant la Shoah ne peuvent pas non plus vraiment justifier cette décision, puisqu’elles ne sont pas les premières qu’il ait faites à ce sujet. Bien sûr, on pourra toujours se féliciter du fait que l’Europe a fait barrage au leader d’extrême-droite. Le gain risque néanmoins d’être minime puisque Jean-Marie Le Pen saura utiliser, comme il le fait systématiquement, cet évènement pour, une fois de plus, se présenter comme l’éternelle victime d’un système qui, selon lui, n’a eu de cesse de la diaboliser depuis son entrée en politique.