France-Soir/Economie


Les conditions d’attribution du contrat de construction et de gestion du futur ministère de la Défense, dans le quartier parisien de Balard, seraient entachées d’irrégularités.

Après le débat sur son coût – 3,5 milliards d’euros en période de crise font forcément grincer des dents – et la controverse autour de sa non-conformité avec le plan local d’urbanisme, le futur ministère de la Défense s’attire désormais les foudres de la justice. Une information judiciaire pour « corruption active et passive », « trafic d’influence » et « atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics » a été ouverte en février dernier par le parquet de Paris. Sont en cause les conditions d’attribution de ce marché titanesque à la société Bouygues Construction. Celle-ci avait devancé ses deux concurrents Eiffage et Vinci en remportant en février dernier l’appel d’offres lancé par le gouvernement, puis en signant trois mois plus tard le contrat pour la construction et la gestion du « Pentagone français », dans le quartier de Balard (15e arrondissement). Mais le géant français du BTP ne se serait pas battu à armes égales.

Selon Le Canard enchaîné, les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières (Dnif) ont reçu, en novembre 2010, le témoignage d’un informateur anonyme selon lequel la procédure de passation du marché public serait entachée d’irrégularités. Par la suite, des écoutes téléphoniques effectuées dans le cadre d’une enquête préliminaire menée par le pôle financier du palais de justice de Paris confirmeront ces informations. En février, au moment même où l’Etat confie à Bouygues le contrat de construction du siège d’un de ses principaux ministères régaliens, le parquet ouvre une information judiciaire pour faire la lumière sur les zones d’ombre que comporte le dossier. L’affaire est confiée aux juges Serge Tournaire et Guillaume Daieff. Et ce que les deux magistrats découvrent tout au long de leurs neuf premiers mois d’investigation ressemble tout bonnement à une belle affaire de corruption et de favoritisme.

Selon les premiers éléments de l’enquête, Bouygues aurait eu accès au cahier des charges du marché du futur ministère de la Défense avant ses concurrents. Une situation qui ne les plaçait plus, de fait, sur un pied d’égalité, condition pourtant nécessaire à tout appel d’offres réalisé en bonne et due forme. Si cette information était confirmée, elle pourrait à elle seule remettre en cause l’ensemble du contrat. Pis, la fuite viendrait de l’intérieur même du ministère de la Défense, dont un haut responsable est soupçonné d’avoir transmis les documents secrets à un cadre dirigeant de Bouygues. Un entrepreneur dans le BTP, connu des services de police pour des faits de corruption dans le cadre de dossiers similaires, aurait complété le trio en servant d’intermédiaire. Les noms de ces trois personnes, connus de la justice, n’ont pour le moment pas été divulgués. Si les premiers indices rassemblés par les enquêteurs sont pour le moins troublants, la vérité est peut-être moins évidente qu’il n’y paraît. Aucune mise en examen n’a donc encore été prononcée dans la mesure où la justice avoue ne pas disposer à l’heure actuelle d’éléments déterminants qui prouveraient qu’il s’agit bien d’une affaire de corruption.

« Tout cela est très, très transparent »

De son côté, le gouvernement assure vouloir jouer la carte de la transparence. Gérard Longuet a ainsi déclaré que son ministère « tenait à la disposition du magistrat toutes les informations dont il aura besoin », tout en précisant qu’aucun document n’avait pour l’instant été réclamé par la justice. Le ministre de la Défense a par ailleurs affirmé que cette affaire ne bloquait pas le chantier : « Il doit commencer en février, c’est un chantier important qui est indispensable au fonctionnement nouveau d’un ministère moderne ». Pour Gérard Longuet, le contrat avec Bouygues Construction n’est pour le moment pas remis en cause malgré les soupçons d’irrégularités. Il y a « une façon d’indemniser quelqu’un qui aurait été lésé qui existe dans le droit, c’est la réparation », a-t-il indiqué, rejetant l’idée d’un nouvel appel d’offres. « Ce n’est pas un petit noyau refermé (qui a décidé), c’est neuf groupes de travail, trois ans de travail, 130 personnes. Tout cela est très, très transparent ».

Très discret depuis l’éclatement de l’affaire, Bouygues, joint hier par téléphone, a assuré ne pas avoir été informé de cette procédure. « Nous l’avons apprise hier par voie de presse et nous n’avons pas d’autre commentaire à faire pour le moment », nous a expliqué un porte-parole du groupe. Silence radio également du côté d’Eiffage et de Vinci qui ne souhaitent pas commenter cette décision de justice.

Lancé par Hervé Morin en 2007, le projet de « Pentagone français » s’est concrétisé en février dernier par la signature d’un contrat de partenariat public-privé avec Bouygues Construction d’un montant total de 3,5 milliards d’euros. Les nouveaux bâtiments permettront de regrouper, d’ici 2015, l’ensemble des services centraux du ministère de la Défense dans un seul et même lieu. S’il ne met pas directement d’argent sur la table, l’Etat devra, à partir de 2014 et pour vingt-sept ans, débourser une redevance annuelle de 132 millions d’euros qui englobera les frais de construction, d’entretien et de gestion de cet imposant édifice de 300.000 m2. Les travaux doivent débuter en janvier 2012 pour une livraison à la fin de l’été 2014.

France-Soir, jeudi 8 décembre 2011

Trois ans après son inauguration, le Stade des Alpes fait les frais de la relégation du Grenoble Foot 38 en cinquième division. Pour limiter l’hémorragie financière, sa gestion sera prochainement confiée à une société privée.

Qu’elle est loin l’euphorie de la montée en Ligue 1 ! En mai 2008, quatre ans après son rachat par la multinationale japonaise Index Corporation, le Grenoble Foot 38 avait rejoint l’élite du ballon rond au terme d’un match nul contre Châteauroux. Les supporteurs isérois attendaient cela depuis 45 ans et le dernier séjour de leur équipe en D1. Trois ans plus tard, la joie a cédé la place à l’abattement. Couvert de dettes, le club a déposé le bilan en juillet avant d’être relégué administrativement en CFA2. Une spirale infernale qui fait indubitablement penser à celle du Racing Club de Strasbourg qui évolue lui aussi en cinquième division suite à d’insolubles problèmes financiers.

Redevenu un modeste club amateur, le GF 38 n’attire aujourd’hui plus vraiment les foules. Avec moins de 2.000 spectateurs par match en moyenne depuis le début de la saison, les tribunes du Stade des Alpes restent désespérément vides. Un comble pour cette enceinte à la pointe de la modernité qui avait été inaugurée en grande pompe en février 2008. D’une capacité de 20.068 places (avec une possibilité d’extension à 28.000), elle était prévue pour accueillir de prestigieuses affiches du Championnat de France et pourquoi pas des rencontres européennes. Un rêve qui n’aura duré que deux ans avant la descente du club en Ligue 2 au terme de la saison 2009-2010.

Que faire alors de cet équipement dernier cri conçu par le cabinet d’architecture Chaix & Morel et associés ? Car si le Stade des Alpes allie élégance et écologie en plein centre-ville (il a été construit en bordure du parc Paul-Mistral), il a toutefois au moins un défaut : son prix. Surmonté d’une verrière supportant 1.000 m2 de panneau photovoltaïques qui permettent de produire 72.000 kWh/an, cet équipement a en effet coûté la bagatelle de 78,5 millions d’euros aux frais du contribuable. Pour son financement, Grenoble Alpes Métropole (la Métro), présidée à l’époque par le socialiste Didier Migaud, actuel président de la Cour des comptes, avait opté pour un emprunt indexé sur le cours du franc suisse. Un choix qui s’est révélé peu judicieux dans la mesure où celui-ci s’est envolé ces derniers mois du fait de la crise et du statut de valeur refuge que s’est vu décerner la monnaie helvétique. Le taux d’intérêt de cet emprunt a ainsi atteint 18 % cet été, transformant l’opération en Berezina financière. « Nous sommes en train de le renégocier », indique Christophe Ferrari, vice-président chargé des finances à la Métro. Mais le mal est fait et les comptes de la communauté d’agglomération devraient en souffrir encore longtemps. D’autant que les frais de fonctionnement du stade ne font qu’empirer les choses. Malgré la redevance de 718.000 € payée l’année dernière par le GF 38, ce dernier affichait encore une perte sèche de 520.000 €. Avec la relégation du club en CFA2, la redevance devrait encore être revue à la baisse, grevant une fois de plus les recettes de la Métro. Un cercle vicieux duquel celle-ci souhaite désormais s’extirper afin de limiter la casse.

Réagissant à cette situation préoccupante, elle tente en effet de trouver un nouveau débouché à ce stade qui s’est transformé en véritable gouffre financier. Pour ce faire, elle a lancé il y a une semaine un appel d’offres visant à confier la gestion et l’exploitation de l’enceinte sportive à une société privée par le biais d’une délégation de service public. Objectif : en faire un équipement polyvalent capable d’accueillir des événements sportifs, mais également des concerts ou des spectacles. « Nous avons considéré que ce n’était pas à la communauté d’agglomération de faire cela car nous ne pouvons pas agir assez rapidement. D’où l’idée d’une gestion privée qui offre plus de souplesse et plus de réactivité », explique Joris Benelle, directeur de pilotage à la Métro, en charge du dossier de la délégation de service public du Stade des Alpes, qui précise que le projet est sur les rails depuis environ un an. « Nous savons que nous avons un très bel équipement situé en plein cœur de la ville et tout à fait pertinent pour de grands spectacles. » La procédure, on ne peut plus classique, sera conduite jusqu’au 3 novembre prochain, date à laquelle le dépôt des candidatures sera clos. Le cahier des charges sera ensuite transmis à tous les postulants qui devront répondre dans un délai de trois mois. « Nous envisageons une ouverture des négociations avec les entreprises pour le mois d’avril et une signature du contrat au mois de septembre. » D’ici là, le Stade des Alpes devrait encore plomber les comptes de la communauté d’agglomération de Grenoble.

Un stade maudit ? 

Construit en bordure du parc Paul-Mistral, en plein cœur de Grenoble (Isère), le Stade des Alpes n’a jamais fait l’unanimité. Le choix du site a très vite été contesté, notamment du fait de l’emprise au sol importante du futur équipement dans une ville polluée où les espaces verts font cruellement défaut. Durant l’hiver 2003, une trentaine de jeunes « éco-citoyens » s’étaient d’ailleurs installés dans des cabanes aménagées dans des arbres menacés par le chantier. Une occupation inédite qui avait tout de même duré trois mois. Evacués par les forces de l’ordre, ces opposants ont ensuite bloqué l’avancée de la construction du stade par de multiples recours contre le permis de construire. Si le début des travaux a ainsi été retardé de deux années supplémentaires, le bras de fer entre les anti-stade et la Métro n’aura finalement pas débouché sur une suspension du chantier.

Autre sujet sensible, le budget alloué à la construction de cet équipement ultramoderne. Dès la présentation du projet définitif en février 2003, les coûts (initialement évalués entre 20 et 30 millions d’euros) passent à 55 millions d’euros. La facture s’allongera finalement encore de plus de 20 millions d’euros, sans compter les frais d’exploitation systématiquement déficitaires depuis l’inauguration de l’enceinte, en février 2008. La relégation du GF 38 en CFA2 n’a fait que renforcer l’amertume des opposants au stade dans la mesure où l’une des justifications données pour la construction de cet équipement était son absolue nécessité à la remontée du club dans l’élite du football français. Un objectif atteint en 2008, seule véritable année de réjouissances pour le Stade des Alpes qui aura connu en quelques mois ses deux moments fastes avant une irrémédiable descente aux enfers.

France-Soir, mardi 27 septembre 2011

La France et l’Allemagne, les deux piliers de l’Union européenne, se chamaillent à coups de bec en raison de la proscription du foie gras du grand salon agroalimentaire de Cologne.

Dossier réalisé par Aurélie Lebelle, Tiphaine Thuillier et Philippe Peter

L’événement, a priori anecdotique, a pris une dimension à la fois économique et diplomatique. Il est désormais question de prestige et d’honneur. La France et sa gastronomie, classée par l’Unesco au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité, se sentent menacées par la mise à l’écart du foie gras du grand salon agroalimentaire Anuga qui se tiendra du 8 au 12 octobre à Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne. Sous la pression des militants antigavage, les organisateurs de cette foire, qui se tient tous les deux ans, ont en effet préféré bannir cette spécialité culinaire, invoquant l’émoi de certains visiteurs lors de précédentes éditions ainsi que les risques de troubles à l’ordre public.

Contactée par téléphone, Christine Hackmann, porte-parole du salon Anuga, n’a pas souhaité nous donner plus de détails dans la mesure où l’ensemble des partenaires de l’événement devaient se réunir dans les prochains jours pour réexaminer le dossier « foie gras ». Les organisateurs envisageraient-ils de revenir sur leur décision ? Rien n’est moins sûr, même si la mobilisation des producteurs et de plusieurs dizaines de députés membres du club Vive le foie gras semble avoir portée ses fruits. Après Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, qui avait jugé la mesure « inacceptable » et « injustifiée » et menacé dans une lettre adressée à son homologue allemande, Ilse Aigner, de ne pas être présent lors de l’inauguration du salon, c’est Pierre Lellouche qui est monté au créneau en convoquant mercredi l’ambassadeur d’Allemagne, Reinhard Schäfers, dans ses bureaux de Bercy. « Cette affaire est tout sauf anecdotique », a indiqué le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, qui a demandé que Berlin « fasse preuve de la plus forte autorité vis-à-vis des organisateurs et fasse respecter le droit européen » en matière de libre circulation des marchandises. Alors que démarre timidement sa campagne pour l’élection présidentielle de 2012, les troupes du locataire de l’Elysée se mettent donc en ordre de marche pour l’accompagner dans son vaste mouvement de reconquête du monde agricole.

Les producteurs s’insurgent contre l’absolutisme de militants végétariens

Les producteurs de foie gras se félicitent de la mobilisation du gouvernement français. L’association Stop Gavage dénonce quant à elle une attitude jugée hypocrite.

Ph. P.

« Nous sommes très reconnaissants envers le ministre de l’Agriculture car c’est très fort ce qu’il est en train de faire ». Philippe Baron, président national des producteurs de foie gras, ne tarie pas d’éloge à l’égard de Bruno Le Maire qui a menacé de ne pas se rendre au salon agroalimentaire allemand Anuga si le foie gras en était définitivement exclu. « Grâce à son implication, j’ai bon espoir que les choses évoluent ». Question de principes et de prestige, car la France n’exporte que 300 tonnes de foie gras outre-Rhin où le gavage est interdit depuis 1993. « Le problème n’est pas que les Allemands boycottent le foie gras. Même s’ils le faisaient, cela n’aurait aucune incidence sur le marché. Le problème c’est la façon dont ils procèdent », explique cet éleveur de canards installé à Loubersan, dans le Gers, petit village de 170 âmes dont il est également le maire. Dans le collimateur de l’agriculteur : les risques de troubles à l’ordre public invoqués par les organisateurs du salon pour en exclure le foie gras. « Les associations anti-foie gras leurs ont fait peur alors même qu’elles sont incapables d’organiser des actions concertées. C’est une réaction totalement disproportionnée ! Ce n’est pas normal de donner autant de crédibilité à quelques dizaines de végétariens dont l’objectif final est en réalité de faire interdire toute production animale ».

Du côté des militants anti-gavage, on salue l’initiative du salon Anuga. « Dans la majeure partie des pays dans le monde, manger du foie gras c’est comme manger du chien ! », assure Brigitte Gothière de l’association française Stop Gavage. « En France, on n’a pas conscience de cela car on en est resté à l’image d’Épinal de l’éleveur gavant ses canards à l’ancienne alors qu’on est depuis longtemps passé à une production industrialisée ». La militante regrette l’empressement du gouvernement français à voler au secours des producteurs de foie gras : « La France est mal placée pour donner des leçons aux autres étant donné qu’elle ne respecte pas la législation européenne en la matière ». Selon elle, 85% des exploitations utilisent toujours des épinettes, cages individuelles dans lesquelles les palmipèdes ne peuvent pas bouger, alors que leur suppression est vivement recommandée par la Convention européenne pour la protection des animaux dans les élevages, texte émanant du Conseil de l’Europe et à laquelle la France a adhéré. « Il n’y a pas de réglementations européennes, il y a des recommandations européennes. Ce n’est pas la même chose ! », s’insurge Philippe Baron qui affirme par ailleurs que la plupart des producteurs remplacent progressivement leurs installations afin de se mettre aux normes.

Politiques et people veulent sauver le foie gras

Des groupes de parlementaires ou de people opèrent un lobbying permanent pour défendre la production.

A. L.

Ils se rencontrent régulièrement autour d’une tranche de foie gras. Ces aficionados, députés ou sénateurs, se sont rassemblés depuis 2005 dans le club Vive le foie gras ! Aujourd’hui, ils sont près de 200 élus, de droite et de gauche, à défendre activement les intérêts du produit. « Je suis membre depuis plusieurs années, lance Gérard Miquel, sénateur socialiste du Lot. Il n’est pas question que l’Allemagne tue toutes les traditions de notre pays ! Bruno Le Maire a bien raison de vouloir boycotter le salon. » Dans sa région, la polémique autour du Salon Anuga a fait jaser les producteurs. Alors, pour faire entendre leurs voix aux élus, de nombreux députés, membres du club, ont déjà posé une trentaine de questions à l’Assemblée ces derniers jours. C’est notamment le cas de Richard Maillé, député UMP des Bouches-du-Rhône. « Le problème des Allemands est sanitaire, juge-t-il. Mais il faut aussi regarder tout ce que nous allons perdre avec cette histoire ! Est-ce que nous, Français, nous accusons les saucisses allemandes de ne plus avoir de goût ? C’est scandaleux ! » Remonté, il suit cette affaire de près, même si sa région ne produit pas de foie gras.

« Dans le club, on compte aussi de nombreux élus de régions de consommation », assure Marc Teyssier d’Orfeuil, le directeur général de Com’Publics. C’est cette entreprise qui a fondé Vive le foie gras ! Il y a quelques années à la demande des professionnels du secteur. Plus qu’un club, il s’agit en fait d’un lobby très puissant. A chaque proposition risquant de nuire au secteur, tous les membres du club médiatisent le projet pour le contrecarrer. Mi-juin, Com’Publics a envoyé un e-mail à tous les parlementaires pour leur faire part des inquiétudes concernant le salon de Cologne. Les élus ne sont pas les seuls à défendre le foie gras. Un club de people, le Cercle des amateurs de foie gras, s’est même formé. Philippe Baron, le président national des producteurs de foie gras, énonce une liste alléchante : Jean-Claude Narcy, Michel Blanc, Fabien Galthié, Evelyne Leclerc ou Laurence Ferrari.

France-Soir, samedi 30 juilet 2011

La fermeture de la plus vieille centrale nucléaire française est au cœur de l’actualité. Mais les habitants du village alsacien défendent farouchement leur poule aux œufs d’or.

La route qui mène de Mulhouse à Fessenheim et sa fameuse centrale nucléaire (Haut-Rhin) longe paisiblement le grand canal d’Alsace. Au détour d’un virage, à quelques mètres en contrebas de la voie navigable, les silhouettes massives des deux réacteurs se dessinent à l’horizon. Le site, placé sous haute surveillance, est entouré d’une double rangée de barbelés et de grillages électrifiés. Impossible de se garer à proximité sans attirer l’attention du service de sécurité. Quelques centaines de mètres plus loin, l’usine hydroélectrique, inaugurée en 1956, complète les installations d’EDF dans la région. Au-delà, l’île du Rhin et le pont de la Hardt font la jonction avec l’Allemagne voisine qui vient d’annoncer un plan de sortie progressif du nucléaire.

La France, bien moins offensive sur les énergies renouvelables, reste, officiellement, le pays de l’atome. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs annoncé hier qu’il consacrera « un milliard d’euros au programme nucléaire du futur ». Au-delà de cette annonce, plutôt rassurante pour les partisans de l’énergie atomique, la plupart des habitants de Fessenheim espèrent surtout que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) donnera son aval à la prolongation pour dix ans de l’exploitation du réacteur n°1, entré en service en 1977. « Nous sommes confiants, mais nous préférons rester prudents avant d’avoir pris connaissance de l’avis définitif que l’ASN doit rendre début juillet », explique Fabienne Stich, maire de la commune haut-rhinoise. « Ce rapport devait déjà être présenté en mars, mais il a été repoussé à la suite de l’accident de Fukushima. »

Il faut dire que le bourg a largement profité des retombées économiques liées à l’exploitation de la centrale. Si le village ne comptait que 900 habitants à la fin des années 1970, sa population a doublé en dix ans. Elle atteint aujourd’hui les 2.300 âmes. « Sans la centrale nucléaire, il n’y aurait rien ! » assure avec véhémence Véronique, assistante maternelle, postée dans l’un des nombreux parcs, squares ou aires de jeux que compte Fessenheim. « C’est facile de cracher dans la soupe et de râler, mais ceux qui jouent les écolos oublient que leur four micro-ondes, leur ordinateur ou leur écran plat fonctionnent à l’électricité. Et il faut bien la produire. » Karine, nounou elle aussi, renchérit : « Ici, on a un supermarché, une pharmacie, quatre médecins, un nouveau bureau de poste… Tout ça, c’est grâce à EDF. »

La commune compte également deux hôtels, quatre restaurants, deux salons de coiffure, un garage ou encore une école de conduite… Les habitants le savent : « Fessenheim est un trou perdu où il y a tout. » Tandis que d’autres villages peinent à récolter des fonds, la commune alsacienne a longtemps bénéficié d’une taxe professionnelle abondante qui lui a permis de financer un grand nombre d’infrastructures publiques. Après une piscine, un complexe sportif ou encore une salle des fêtes, une médiathèque et un collège ont ainsi récemment été construits. Fessenheim est devenu un bourg-centre suréquipé dont le rayonnement s’étend jusqu’à Mulhouse, Colmar et Neuf-Brisach.

Beaucoup de commerçants ont tout misé sur l’atome, comme Christine Schmidt, propriétaire du tabac Manon : « Qu’on nous laisse cette centrale, elle nous fait vivre. » Cette Parisienne venue s’installer en Alsace il y a quatorze ans a déjà doublé la surface de son commerce. « J’ai bien plus peur des usines chimiques de Chalampé (situées à quelques kilomètres plus au sud, NDLR) que de la centrale nucléaire. » Une crainte partagée par la plupart des villageois rencontrés dans le cadre de ce reportage. Pour Laurent Schwein, propriétaire de l’hôtel-restaurant Au Bon Frère, le calcul est simple : « Le personnel EDF représente 70 % de ma clientèle. Alors si la rumeur s’avère exacte et que la centrale tourne dix ans de plus, c’est bon pour nous. » Réponse définitive mi-novembre, selon les dernières déclarations de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, qui souhaite attendre les résultats de l’audit ordonné par la France sur ses installations nucléaires.

Les deux réacteurs pourraient être prolongés

Les 900 personnes (dont 200 intérimaires) qui travaillent en permanence sur le site de la centrale nucléaire de Fessenheim sont épaulées depuis avril dernier par environ 2.000 techniciens et ingénieurs venus de toute la France. Une affluence due à l’arrêt de tranche que subit le réacteur n°2 pour une durée de six mois dans le cadre de sa visite décennale. « La plupart des gens que vous allez croiser ici sont en grand déplacement car il y a de gros travaux sur la tranche n°2 », explique Alexandre, 35 ans, croisé sur le parking situé en face de l’unité de production d’électricité. « Nous sommes en train de remplacer les trois générateurs de vapeur. » Pour ce technicien qui travaille dans le nucléaire depuis quatre ans, « niveau sécurité et sûreté, la centrale est exploitable. Des travaux de mise aux normes sismiques ont été réalisés et d’autres sont en train d’être fait ». La décision de poursuivre ou non l’exploitation du réacteur n°1 pourrait néanmoins s’avérer hautement politique. « Comme l’autorisation de l’ASN sera a priori soumise à d’importants travaux, le gouvernement va faire traîner les choses et prendre la température politique à la rentrée », explique Jean-Marie Brom, directeur de recherche au CNRS et membre du réseau Sortir du nucléaire. « Et si l’opinion publique se montre toujours plutôt hostile au nucléaire, il pourrait bien annoncer sa fermeture pure et simple. »

De notre envoyé spécial à Fessenheim, Philippe Peter

France-Soir, mardi 28 juin 2011

Les deux géants de l’industrie aéronautique civile devront bientôt faire face à un nouveau concurrent puisque le constructeur chinois Comac prévoit de lancer un moyen-courrier en 2016.

Le 49ème Salon du Bourget, plus grand événement aéronautique et spatiale du monde avec plus de 2.100 exposants et 340.000 visiteurs lors de l’édition du centenaire en 2009, accueille pour la première fois un nouveau venu sur le marché de l’aviation de transport civil. L’avionneur Comac (Commercial Aircraft Corporation of China) y présente en effet la maquette de son futur moyen courrier qui devrait concurrencer à l’horizon 2016 l’Airbus A320 et le Boeing B737.

Installé dans le hall 5, un peu à l’écart de la frénésie du hall principal et du tarmac d’où décollent les avions pour les démonstrations en vol, le stand du constructeur chinois est plutôt sobre par rapport à celui de ses concurrents européen et américain. Un tableau récapitulatif des performances attendues de l’appareil, une vidéos de présentation et un peu de documentation en anglais ou… en chinois ! Rien en comparaison du grand étalage offert par Airbus et Boeing qui se mènent une guerre sans merci par délégations interposées. Au centre de cet espace de 500 m2 solidement encadré par les stands d’équipementiers ukrainien, suisse ou encore français, trône tout de même l’imposante maquette grandeur nature du cockpit et de la partie avant du fuselage du futur Comac C919, premier avion de ligne de fabrication chinoise.

Telles des vedettes du grand écran, les curieux sont invités à emprunter un grand escalier recouvert d’une moquette rouge flamboyante afin de découvrir l’intérieur de la carlingue du biréacteur. Des hôtesses de l’air tout de rouge vêtues (décidément…) accueillent les visiteurs et les orientent vers le cockpit puis l’espace réservé aux passagers. De part et d’autre du seul et unique couloir central sont répartis quatre et six sièges confortables (respectivement pour la classe affaire et la classe économique) tous équipés d’écran plats et de tablettes individuelles. Un aménagement on ne peut plus classique qui permettra au C919 de transporter jusqu’à 168 passagers et qui le mettra en concurrence directe avec les deux seuls avions de cette catégorie actuellement sur le marché, à savoir l’Airbus A320 et le Boeing B737, et avec le futur CSeries du canadien Bombardier. Le marché des moyens courriers étant promis à un bel avenir avec le développement du transport aérien dans les pays émergents, au moins deux autres constructeurs – le brésilien Embraer et le russe Sukhoï – pourraient d’ailleurs dans un avenir proche réclamer eux aussi leur part du gâteau.

Reste à savoir si ce nouvel appareil a ses chances face aux géants Airbus et Boeing qui règnent actuellement sans partage sur le marché des moyens et longs courriers. Si Comac met largement en avant les quatre « plus » de son biréacteur (sécurité, confort, rentabilité et écologie), ces annonces ne semblent pas effrayer outre-mesure le constructeur européen. « Nous savions depuis un certain temps que de nouveaux acteurs allaient arriver sur ce secteur stratégique en plein essor », explique-t-on chez Airbus dont la chaîne de montage en Chine vient de livrer son 52ème A320. « Notre stratégie est de nous différencier par l’innovation ce qui nous permettra de garder un écart stratégique par rapport à nos concurrents ». D’où le lancement de l’Airbus A320 Neo qui consommera 15% de carburant en moins par rapport à la première version de ce best-seller et qui sera commercialisé en 2016. « Nous faisons valoir notre expérience, la maturité de nos produits et leur éco-efficience, tant d’un point de vue écologique qu’économique ».

Pour renforcer sa crédibilité à l’internationale et mener la vie dure à ces deux avionneurs, Comac a décidé de collaborer avec différents équipementiers occidentaux, comme CFM (General Electric et Snecma) pour la motorisation, Michelin pour les pneumatiques ou encore Safran pour les câblages. Des entreprises dont le savoir-faire profitera au jeune constructeur chinois dont le premier avion ne présente aucune réelle avancée technologique.

Pour l’instant, une centaine d’exemplaires du Comac C919 ont été commandés, essentiellement par des compagnies aériennes chinoises. Le biréacteur n’a séduit qu’un seul client étranger, la branche de leasing de l’américain General Electric. Des discussions semblent néanmoins engagées avec d’autres transporteurs occidentaux et de nouveaux contrats pourraient être officialisés dès la certification de l’appareil.

Nouvel avion de combat

Le 11 janvier 2011, le J-20 a effectué son premier vol depuis l’aérodrome de Chengdu. Cet appareil se veut la réponse technologique au dernier-né de la firme russe Sukhoï, le véloce T-50, et au Lockheed-Martin F-22 Raptor et F-35 Lightning II américains, desquels il semble en partie s’inspirer. Reste à savoir s’il s’agit-là du prototype d’un nouvel appareil de combat ou d’un simple démonstrateur.

au Salon du Bourget, Philippe Peter

France-Soir, mardi 21 juin 2011

Détenue à 51 % par les indépendantistes, elle entrera comme prévu en service début 2012.

Le chantier de l’usine de traitement de nickel de Koniambo, dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, avance à grands pas. « 60 % des travaux ont déjà été réalisés », a expliqué hier Dominique Dionne, membre du conseil d’administration de Koniambo Nickel SAS (KNS). « Nous confirmons que nous respecterons les échéances et que la première coulée de nickel aura lieu au cours du premier semestre 2012 ».

Les premiers des 17 modules de l’usine, fabriqués en Chine, devraient arriver dans l’archipel entre le 7 et le 12 septembre. Ils seront ensuite progressivement assemblés et équipés. 2.300 personnes travaillent déjà sur le chantier. Elles seront 6.000 d’ici quelques mois lors de l’aménagement de l’usine métallurgique et de la centrale électrique, équipements indispensables au bon fonctionnement de l’unité de production de Koniambo, qui deviendra l’une des plus importantes de l’île avec une capacité annuelle de 60.000 tonnes de nickel.

L’usine de Koniambo est détenue à 51 % par la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), gérée par les indépendantistes de la province Nord, et à 49 % par le géant anglo-suisse Xstrata Nickel (auparavant par Falconbridge), qui a déjà dépensé deux milliards de dollars sur un investissement total de 3,85 milliards. Ses retombées économiques sur l’archipel, qui détient un quart des réserves mondiales de nickel, sont estimées à ce jour à 50 milliards de francs pacifique (419 millions d’euros).

L’unité de Koniambo est l’un des deux projets validés par les accords de Nouméa de 1998. L’usine de Goro, dans la province Sud, détenue par le brésilien Vale, est entrée en service en 2009.

Philippe Peter

France-Soir, vendredi 27 août 2010

Derichebourg écarté, Veolia et Suez restent seuls en lice pour l’attribution du contrat de distribution d’eau potable en Ile-de-France.

Veolia et Suez se retrouvent seuls dans la course à l’attribution du contrat de distribution d’eau potable en Ile-de-France. Après analyse de son offre jugée « incomplète », la candidature de l’outsider Derichebourg – allié dans le cadre de cet appel d’offre à l’allemand Remondis – a en effet été écartée vendredi par le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif). La première tentative de cette entreprise spécialisée dans la gestion des déchets pour pénétrer le marché de l’eau se sera donc soldée par un échec cinglant, moins de deux mois après la présentation de son dossier. Pascal Perez, PDG de Derichebourg, a indiqué qu’il demanderait des explications à la Sedif et qu’il n’excluait pas un recours juridique le cas échéant.

Détenu depuis 1923 par la Compagnie générale des eaux (rebaptisée Veolia Environnement en 2003), ce gigantesque contrat porte sur la distribution d’eau potable à 144 communes franciliennes (à l’exception de Paris). Près de quatre millions d’usagers sont concernés. Pour plus de transparence, le contrat, qui sera définitivement attribué en mai prochain, sera limité à dix ans, éventuellement prolongeable de deux années supplémentaires. Il pourrait rapporter près de quatre milliards d’euros au vainqueur.

La décision de la Sedif confirme la domination sans partage qu’exercent, au niveau national, Veolia et Suez sur le délicat marché de l’eau. Une situation d’oligopole qui empêche une ouverture totale de ce secteur à la concurrence et relance le débat sur les tarifs pratiqués en Ile-de-France. L’association UFC-Que choisir avait en effet indiqué dans une étude publiée en 2008 que des économies allant jusqu’à 90 millions d’euros étaient réalisables sur la somme versée chaque année par le Sedif à Veolia pour la gestion de l’eau potable.

P.P.

France-Soir, lundi 25 janvier 2010