France-Soir/Dossier


L’île Seguin a accueilli entre 1929 et 1992 la principale usine de la marque au losange.

Symbole de la domination de Renault avant-guerre et de la puissance industrielle française retrouvée au lendemain du second confit mondial, le site de l’île Seguin est resté en activité durant plus de soixante ans. Situé entre Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) et Sèvres, à quelques dizaines de mètres en aval de l’île Saint-Germain, ce lambeau de terre d’à peine douze hectares a vu sortir de son antre la plupart des grands modèles qui ont fait la gloire du constructeur français, de la Juvaquatre à la 4L en passant par la 4CV ou encore la R6. Rien ne prédestinait pourtant ce territoire étroit à devenir la vitrine industrielle et sociale de la marque au losange.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, l’île est la propriété de l’abbaye de Saint-Victor qui en loue les terres à des fermiers. Elle est offerte au roi de France en 1757 et prend le nom d’île de Sèvres. Peu de temps avant la Révolution, elle est acquise par la société Riffé qui y installe une blanchisserie avant que la Convention ne l’attribue à Armand Seguin, inventeur d’un nouveau procédé de tannerie. Après la chute de l’Empire, les installations industrielles sont progressivement abandonnées et l’île accueille peintres et activités de loisirs qui attirent la bourgeoisie locale. Plusieurs habitations sont par ailleurs réaménagées ou construites. A la fin du XIXe siècle, les héritiers d’Armand Seguin vendent leurs terres. L’île est divisée en plusieurs parcelles ; une situation qui perdurera jusqu’au rachat progressif des terrains par Louis Renault, à partir de 1919.

Installée à Boulogne-Billancourt (le fameux « Trapèze »), la société Renault Frères n’a en effet eut de cesse de s’agrandir depuis sa création en 1899. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, qui a fait la fortune et la gloire de l’entrepreneur, Louis Renault souhaite donc acquérir l’île Seguin pour y élever une unité de production moderne qui s’inspire de celles construites par Ford ou General Motors outre-Atlantique. Le projet pose néanmoins toute une série de problèmes : les terrains sont directement exposés à une crue décennale de la Seine, le site n’est accessible qu’en bateau (les ponts avaient à l’époque tous disparu) et, surtout, certains propriétaires refusent, dans un premier temps, de vendre leurs biens. Les travaux ne débutent donc qu’en 1928. Il faut surélever et niveler l’île qui est également dotée d’une piste d’essais souterraine afin d’économiser le maximum de place en surface. Les ateliers sont par ailleurs largement protégés des inondations, de même que la centrale électrique, véritable poumon énergétique de l’usine, qui lui permet de fonctionner de manière semi-autonome. Ces aménagements, complétés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, donneront son aspect unique au site, sorte de paquebot de béton et d’acier qui semble comme fendre les eaux de la Seine.

L’usine automobile de l’île Seguin restera longtemps la plus moderne de France, au grand dam de Citroën et de Peugeot, les deux principaux concurrents de Renault. Après des débuts difficiles, du fait de la crise économique de la première moitié des années 1930 (de 30.000 en 1929, le nombres d’ouvriers travaillant sur l’ensemble du site de Boulogne-Billancourt était descendu jusqu’à 22.000 en 1932), la production repart de plus belle jusqu’à la guerre. En 1938, les effectifs atteignent ainsi 38.000 métallos : un record. Utilisé par l’occupant allemand pour la réparation et la construction de véhicules motorisés, le site de l’île Seguin est bombardé à plusieurs reprises par les Alliés en 1942 et en 1943, et lourdement endommagé. En 1944, seuls 14.000 ouvriers travaillent encore chez Renault. Nationalisé pour faits de collaboration, le constructeur automobile est officiellement rebaptisée « Régie nationale des usines Renault ». Une appellation qui est inévitablement liée à l’île Seguin, d’où sortiront certains des plus célèbres modèles de la marque, finalement privatisée en 1996, quatre ans après la fermeture de la chaîne de production de Boulogne-Billancourt.

Porte-drapeau de la marque au losange, l’île Seguin s’est également illustrée comme bastion du syndicalisme, notamment après la victoire du Front populaire aux élections législatives de 1936. Au printemps, une grève oppose les ouvriers à Louis Renault, réputé pour ses méthodes parfois expéditives. Après l’occupation de son usine et l’arrêt de la production, celui-ci cède à certaines revendications des grévistes et une convention collective de la métallurgie est signée. Le calme revient à Boulogne-Billancourt, mais le PCF et la CGT font désormais et pour longtemps partie du paysage. Trente ans plus tard, en mai 1968, les chaînes de production seront bloquées durant trente-trois jours et leurs métallos deviendront les symboles de la participation prolétarienne au mouvement initié par les étudiants.

En soixante ans, des milliers d’ouvriers sont passés par les installations de l’île Seguin, faisant de Renault l’un des principaux employeurs en France. On y était métallo de père en fils. Mais l’exiguïté des lieux et la modernisation des techniques de production ont finalement eu raison de ce site industriel mythique. Le 27 mars 1992, à 11 h 20, la dernière Supercinq sort des chaînes de production de l’île Seguin, mettant un point final à l’une des plus grandes aventures industrielles et syndicales françaises.

France-Soir, vendredi 2 décembre 2011

La France et l’Allemagne, les deux piliers de l’Union européenne, se chamaillent à coups de bec en raison de la proscription du foie gras du grand salon agroalimentaire de Cologne.

Dossier réalisé par Aurélie Lebelle, Tiphaine Thuillier et Philippe Peter

L’événement, a priori anecdotique, a pris une dimension à la fois économique et diplomatique. Il est désormais question de prestige et d’honneur. La France et sa gastronomie, classée par l’Unesco au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité, se sentent menacées par la mise à l’écart du foie gras du grand salon agroalimentaire Anuga qui se tiendra du 8 au 12 octobre à Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne. Sous la pression des militants antigavage, les organisateurs de cette foire, qui se tient tous les deux ans, ont en effet préféré bannir cette spécialité culinaire, invoquant l’émoi de certains visiteurs lors de précédentes éditions ainsi que les risques de troubles à l’ordre public.

Contactée par téléphone, Christine Hackmann, porte-parole du salon Anuga, n’a pas souhaité nous donner plus de détails dans la mesure où l’ensemble des partenaires de l’événement devaient se réunir dans les prochains jours pour réexaminer le dossier « foie gras ». Les organisateurs envisageraient-ils de revenir sur leur décision ? Rien n’est moins sûr, même si la mobilisation des producteurs et de plusieurs dizaines de députés membres du club Vive le foie gras semble avoir portée ses fruits. Après Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, qui avait jugé la mesure « inacceptable » et « injustifiée » et menacé dans une lettre adressée à son homologue allemande, Ilse Aigner, de ne pas être présent lors de l’inauguration du salon, c’est Pierre Lellouche qui est monté au créneau en convoquant mercredi l’ambassadeur d’Allemagne, Reinhard Schäfers, dans ses bureaux de Bercy. « Cette affaire est tout sauf anecdotique », a indiqué le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, qui a demandé que Berlin « fasse preuve de la plus forte autorité vis-à-vis des organisateurs et fasse respecter le droit européen » en matière de libre circulation des marchandises. Alors que démarre timidement sa campagne pour l’élection présidentielle de 2012, les troupes du locataire de l’Elysée se mettent donc en ordre de marche pour l’accompagner dans son vaste mouvement de reconquête du monde agricole.

Les producteurs s’insurgent contre l’absolutisme de militants végétariens

Les producteurs de foie gras se félicitent de la mobilisation du gouvernement français. L’association Stop Gavage dénonce quant à elle une attitude jugée hypocrite.

Ph. P.

« Nous sommes très reconnaissants envers le ministre de l’Agriculture car c’est très fort ce qu’il est en train de faire ». Philippe Baron, président national des producteurs de foie gras, ne tarie pas d’éloge à l’égard de Bruno Le Maire qui a menacé de ne pas se rendre au salon agroalimentaire allemand Anuga si le foie gras en était définitivement exclu. « Grâce à son implication, j’ai bon espoir que les choses évoluent ». Question de principes et de prestige, car la France n’exporte que 300 tonnes de foie gras outre-Rhin où le gavage est interdit depuis 1993. « Le problème n’est pas que les Allemands boycottent le foie gras. Même s’ils le faisaient, cela n’aurait aucune incidence sur le marché. Le problème c’est la façon dont ils procèdent », explique cet éleveur de canards installé à Loubersan, dans le Gers, petit village de 170 âmes dont il est également le maire. Dans le collimateur de l’agriculteur : les risques de troubles à l’ordre public invoqués par les organisateurs du salon pour en exclure le foie gras. « Les associations anti-foie gras leurs ont fait peur alors même qu’elles sont incapables d’organiser des actions concertées. C’est une réaction totalement disproportionnée ! Ce n’est pas normal de donner autant de crédibilité à quelques dizaines de végétariens dont l’objectif final est en réalité de faire interdire toute production animale ».

Du côté des militants anti-gavage, on salue l’initiative du salon Anuga. « Dans la majeure partie des pays dans le monde, manger du foie gras c’est comme manger du chien ! », assure Brigitte Gothière de l’association française Stop Gavage. « En France, on n’a pas conscience de cela car on en est resté à l’image d’Épinal de l’éleveur gavant ses canards à l’ancienne alors qu’on est depuis longtemps passé à une production industrialisée ». La militante regrette l’empressement du gouvernement français à voler au secours des producteurs de foie gras : « La France est mal placée pour donner des leçons aux autres étant donné qu’elle ne respecte pas la législation européenne en la matière ». Selon elle, 85% des exploitations utilisent toujours des épinettes, cages individuelles dans lesquelles les palmipèdes ne peuvent pas bouger, alors que leur suppression est vivement recommandée par la Convention européenne pour la protection des animaux dans les élevages, texte émanant du Conseil de l’Europe et à laquelle la France a adhéré. « Il n’y a pas de réglementations européennes, il y a des recommandations européennes. Ce n’est pas la même chose ! », s’insurge Philippe Baron qui affirme par ailleurs que la plupart des producteurs remplacent progressivement leurs installations afin de se mettre aux normes.

Politiques et people veulent sauver le foie gras

Des groupes de parlementaires ou de people opèrent un lobbying permanent pour défendre la production.

A. L.

Ils se rencontrent régulièrement autour d’une tranche de foie gras. Ces aficionados, députés ou sénateurs, se sont rassemblés depuis 2005 dans le club Vive le foie gras ! Aujourd’hui, ils sont près de 200 élus, de droite et de gauche, à défendre activement les intérêts du produit. « Je suis membre depuis plusieurs années, lance Gérard Miquel, sénateur socialiste du Lot. Il n’est pas question que l’Allemagne tue toutes les traditions de notre pays ! Bruno Le Maire a bien raison de vouloir boycotter le salon. » Dans sa région, la polémique autour du Salon Anuga a fait jaser les producteurs. Alors, pour faire entendre leurs voix aux élus, de nombreux députés, membres du club, ont déjà posé une trentaine de questions à l’Assemblée ces derniers jours. C’est notamment le cas de Richard Maillé, député UMP des Bouches-du-Rhône. « Le problème des Allemands est sanitaire, juge-t-il. Mais il faut aussi regarder tout ce que nous allons perdre avec cette histoire ! Est-ce que nous, Français, nous accusons les saucisses allemandes de ne plus avoir de goût ? C’est scandaleux ! » Remonté, il suit cette affaire de près, même si sa région ne produit pas de foie gras.

« Dans le club, on compte aussi de nombreux élus de régions de consommation », assure Marc Teyssier d’Orfeuil, le directeur général de Com’Publics. C’est cette entreprise qui a fondé Vive le foie gras ! Il y a quelques années à la demande des professionnels du secteur. Plus qu’un club, il s’agit en fait d’un lobby très puissant. A chaque proposition risquant de nuire au secteur, tous les membres du club médiatisent le projet pour le contrecarrer. Mi-juin, Com’Publics a envoyé un e-mail à tous les parlementaires pour leur faire part des inquiétudes concernant le salon de Cologne. Les élus ne sont pas les seuls à défendre le foie gras. Un club de people, le Cercle des amateurs de foie gras, s’est même formé. Philippe Baron, le président national des producteurs de foie gras, énonce une liste alléchante : Jean-Claude Narcy, Michel Blanc, Fabien Galthié, Evelyne Leclerc ou Laurence Ferrari.

France-Soir, samedi 30 juilet 2011

Cet été, le célèbre groom sera tous les jours dans les pages de votre journal. Avant de vous plonger dans la lecture d’Alerte aux zorkons, petit retour en arrière sur les origines et le parcours d’un des personnages les plus populaires de la bande dessinée.

Imaginé par Rob-Vel, confié à Jijé, mythifié par Franquin avant d’être successivement repris par plusieurs grands noms du 9e art comme Fournier ou encore le duo Tome et Janry : Spirou fait incontestablement partie des grands personnages de la bande dessinée franco-belge. Avec sa chevelure rousse flamboyante, toujours accompagné de son fidèle écureuil Spip et de son ami Fantasio, ce jeune héros intrépide est reconnaissable entre mille. Son graphisme et son caractère ont pourtant considérablement évolué depuis sa naissance, le faisant passer de groom facétieux à reporter et justicier malgré lui, avec des fortunes diverses selon les équipes d’auteurs et les époques.

Les débuts d’un héros emblématique

Les origines de Spirou sont à chercher du côté de Marcinelle, commune aujourd’hui intégrée à celle de Charleroi, en Belgique wallonne. L’éditeur Jean Dupuis y lance en avril 1938 Le Journal de Spirou, hebdomadaire dont la parution perdure à l’heure actuelle. A cette occasion, le dessinateur français Robert Velter, dit Rob-Vel, est engagé pour trouver le porte-étendard du nouveau titre. Il recycle son personnage de groom roux qu’il avait déjà utilisé pour des affiches publicitaires et le met en scène au Moustic Hotel. Ce jeune garçon espiègle et débrouillard prend naturellement le nom du magazine pour lequel il a été créé. Pour l’anecdote, Spirou signifie « écureuil » en wallon, mais est également utilisé pour désigner un gamin vif et malin, deux adjectifs qui collent parfaitement au personnage.

Lui-même ancien groom sur paquebots transatlantiques, Rob-Vel s’inspire de son expérience personnelle pour imaginer les palpitantes péripéties de son jeune héros, auquel il adjoint très vite un inséparable compagnon, l’écureuil Spip. Mais la guerre vient gâcher cette belle aventure et le dessinateur français décide de vendre ses droits aux éditions Dupuis en 1943. Celles-ci confient Spirou au Belge Joseph Gillain, dit Jijé, fondateur de l’école de Marcinelle, à laquelle appartiennent des dessinateurs incontournables tels Franquin, Morris ou encore Tillieux. Leur style est notamment caractérisé par des dialogues sobres et des dessins caricaturaux (les fameux gros nez dont s’inspirera Albert Uderzo pour Astérix), en opposition aux phylactères interminables et au style semi-réaliste de l’école de Bruxelles (Hergé, Edgar P. Jacobs ou Jacques Martin). Jijé crée Fantasio, reporter de son état, un personnage à la fois pragmatique et fantasque qui devient le compagnon d’armes de Spirou.

Spirou repris par un génie

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le père de Jean Valhardi et de Jerry Spring passe la main à l’un de ses assistants, le jeune André Franquin, qui n’a alors que 22 ans. Ce surdoué donnera une nouvelle dimension à Spirou. Il imagine la plupart des personnages secondaires de la série, notamment le comte de Champignac, inventeur génial et utopiste, le scientifique mégalomane Zorglub ou encore le Marsupilami, animal imaginaire à la queue sans fin. C’est aussi à cette époque que les aventures de Spirou et Fantasio commencent à être publiées en albums. Pendant vingt ans, le créateur de Gaston Lagaffe ou encore des cruelles Idées noires donnera libre cours à son imagination débordante. Véhicules ultramodernes, équipements dernier cri, mobilier design : Spirou et Fantasio s’inscrivent dans leur époque, celle des Trente Glorieuses, où tout semble possible. Les deux journalistes (Spirou a en effet très rapidement abandonné sa première vocation) deviennent de véritables globe-trotters et n’hésitent pas à venir en aide aux plus démunis.

La fin d’un âge d’or

Au début des années 1960, Franquin a l’impression de tourner en rond et fait une profonde dépression. Il arrête de dessiner durant plus d’un an pour finalement reprendre son travail avec une certitude : il doit tourner la page Spirou en se consacrant uniquement à Gaston Lagaffe. En 1968, après 19 albums, le génie passe le flambeau à un jeune inconnu, Jean-Claude Fournier, mettant ainsi fin à l’âge d’or du célèbre héros. Le dessinateur français poursuivra sur la même lancée que son prédécesseur, politisant toutefois un peu plus ses héros, qui s’attaquent au totalitarisme, au trafic de drogue ou encore à l’énergie nucléaire. En 1980, Fournier passe à son tour la main au duo formé par Nic et Cauvin. Après trois albums qui ne laissent pas un souvenir impérissable, ce sont finalement Tome et Janry qui reprennent les personnages en 1984, modernisant profondément la série, qui abandonne son côté léger pour un univers fortement teinté de science-fiction. Les deux auteurs créent de nouveaux personnages (notamment l’excellent Vito Cortizone, mafieux inspiré du don Corleone de Coppola), laissent quelques excellentes histoires (comme Virus ou Spirou à New York) et lancent une série parallèle, Le Petit Spirou, qui compte aujourd’hui 15 albums.

La renaissance de Spirou et Fantasio

Après six années d’interruption, le duo franco-espagnol composé de Morvan et Munuera publie en 2004 Paris-sous-Seine, le premier de ses quatre albums. Mais leur propos est trop cérébral et les ventes baissent. En 2009, ce sont donc Fabien Vehlmann et Yoann qui sont désignés pour relancer les aventures de Spirou et Fantasio. Les deux auteurs avaient inauguré un spin off lancé en 2006 avec Les Géants pétrifiés, album qui avait convaincu les éditions Dupuis de leur confier la destinée de la série mère.

Après Alerte aux zorkons, que France-Soir publiera tout au long du mois de juillet, Spirou se prépare donc à vivre une 52e aventure sous la houlette de ce nouveau duo prometteur. Intitulé La Face cachée du Z, ce nouvel album – qui ne sera disponible en librairie qu’à la fin du mois d’octobre – paraîtra en avant-première et en exclusivité dans votre journal au mois d’août.

France-Soir, vendredi 1er juillet 2011

Les petits-enfants du constructeur automobile, accusé de collaboration durant l’Occupation, se battent pour sa réhabilitation. Une démarche dénoncée par certains historiens et d’anciens syndicalistes.

Louis Renault, affaibli, quelques mois avant sa mort en octobre 1944. Crédit : Archives privées Renault

Pionnier de l’automobile et figure du patronat français, Louis Renault (1877-1944) a créé une marque célèbre dans le monde entier. Mais son rôle trouble durant la Seconde guerre mondiale lui a valu d’être poursuivi à la Libération pour collaboration avec l’occupant allemand. Pour prix de cette trahison supposée, son entreprise a été nationalisée. Près de 70 ans après les faits, ses héritiers réfutent ces accusations et veulent réhabiliter sa mémoire. « J’ai toujours eu la conviction que tout cela était faux », assure Hélène Renault-Dingli, petite-fille du constructeur. « Les travaux de plusieurs historiens ont confirmé ce sentiment : mon grand-père n’a pas collaboré ».

Deux tentatives de réhabilitation de l’industriel ont déjà eu lieu par le passé. Elle se sont toutes soldées par un même cuisant échec. Ses petits-enfants ne se sont toutefois jamais laissés abattre et ont lancé l’été dernier une nouvelle offensive visant à contester les thèses officielles. Lorsqu’ils apprennent qu’une photo représentant Louis Renault entouré d’Adolf Hitler et d’Hermann Göring est exposée au Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, ils demandent son retrait pur et simple. « Cette photo n’avait pas sa place dans ce musée consacré à un drame horrible », explique Laurent Dingli, docteur en histoire et auteur d’une biographie intitulée Louis Renault (éd. Flammarion). « Elle est anachronique et très tendancieuse ». Le cliché a en effet été pris en février 1939, au salon automobile de Berlin, soit près d’un an et demi avant l’armistice de juin 1940 et les prémices de la collaboration. Il a de plus été mal légendé, faisant remonter la scène à l’année 1938.

« Renault n’a pas produit d’armes »

Un accord à l’amiable n’ayant pu être trouvé, la famille Renault porte l’affaire devant la justice. La cour d’appel de Limoges lui donne raison le 1er juillet 2010 et condamne le musée à retirer la photo incriminée et à verser aux héritiers la somme de 2.000 euros. Dans son arrêt, la cour met en cause « un commentaire attribuant aux usines [Renault] une inexacte activité de fabrication de chars pour l’Allemagne, tout cela dans un contexte de préparation du visiteur à la découverte brutale des atrocités commises » dans le village limousin. Richard Jezierski, directeur du centre, se défend : « Nous avons certainement commis une erreur sur la forme, mais pas sur le fond », assure-t-il. « A aucun moment nous n’avons établi un lien entre la collaboration de Louis Renault et le massacre d’Oradour ».

Cette décision de justice conforte les positions défendues par la famille Renault : « environ 30.000 camions ont été produits durant la guerre, ainsi que des pièces détachées, notamment des mailles de chenillettes. Des chars français capturés ont également été réparés » pour le compte de la Wehrmacht, précise Laurent Dingli. Son épouse insiste : « mais Renault n’a pas produit d’armes et n’a pas été plus zélé que Citroën ou Peugeot ».

Personnage clé de la collaboration

L’arrêt de la cour d’appel provoque l’ire de la Ligue des droits de l’Homme qui considère qu’« il ne revient pas à la justice d’écrire l’histoire ». Elle qualifie la décision de « choquante », ajoutant qu’elle est « révélatrice d’une tendance actuelle à chercher à passer sous silence ou à minimiser les responsabilités des collaborateurs des nazis durant l’Occupation ». Certains historiens partagent cet avis et reprochent à la justice de se mêler de ce qui ne la regarde pas. « Un ensemble de magistrats décrète ce qu’est l’histoire en s’appuyant sur des décisions d’après-guerre qui sont le fruit d’un sabotage de l’instruction », s’insurge Annie Lacroix-Riz, évoquant une décision de justice du 30 avril 1949 qui a classé la procédure dans laquelle Louis Renault était poursuivi pour atteinte à la Sureté de l’État. Spécialiste des élites économiques françaises et auteure de Industriels et banquiers français sous l’Occupation : la collaboration économique avec le Reich et Vichy (éd. Armand Colin), cette ancienne professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII aujourd’hui à la retraite est formelle : « Renault a construit des camions, des tanks, des bombes incendiaires et des moteurs d’avions pour l’armée allemande. Ce sont des faits indiscutables ». Et de préciser qu’elle dispose d’une « abondante documentation » pour le prouver. « Louis Renault est l’un des personnages clé de la collaboration économique avec l’Allemagne ». L’historienne va encore plus loin. Pour elle, l’entrepreneur a été « le bailleur de fonds du fascisme français » dans les années 30, finançant notamment les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque, un mouvement nationaliste d’anciens combattants. Il aurait prôné l’entente franco-allemande et « joué un rôle énorme dans la liquidation de la IIIème République ».

Pour certains anciens syndicalistes des usines Renault, la manœuvre des petits-enfants du constructeur vise non seulement à remettre en cause son passé collaborationniste, mais également à revenir sur la nationalisation de l’entreprise. Ce qui pourrait impliquer le versement par l’État français de plusieurs centaines de millions d’euros de dommages et intérêts aux héritiers si la justice leur donnait raison. Une hypothèse hautement improbable que n’écarte toutefois pas Me Thierry Lévy, avocat de la famille Renault. « Il y a un débat de fond entre historiens afin de savoir si Louis Renault a collaboré ou non », explique l’avocat. Avec cette question sous-jacente : qu’entend-on par collaboration ? « Si c’est travailler pour les Allemands en leur vendant des biens, tout le monde l’a fait. Si c’est aller au devant des demandes de l’occupant, c’est un autre problème ».

Selon certaines rumeurs, une « loi » aurait par ailleurs déjà indemnisé la famille Renault en 1967, mais impossible d’en trouver la moindre trace. « Elle a été votée dans la plus grande discrétion », commente sans convaincre Annie Lacroix-Riz.


Collabo ou bouc-émissaire ?

Coupable idéal, Renault a peut-être été victime d’un climat politique tendu.

Accusé de collaboration, Louis Renault est arrêté le 23 septembre 1944 et emprisonné à la prison de Fresnes où il décède un mois plus tard, le 24 octobre, sans avoir été jugé. Souffrant d’aphasie, une pathologie du système nerveux, il était alors très affaibli. Des troubles urinaires et une hypertension artérielle seraient la cause de son décès, mais des conditions de détention précaires, de même que des mauvais traitements à répétition auraient fortement aggravé son état de santé.

Quatre mois plus tard, le gouvernement provisoire de la République française, présidé par le général De Gaulle, nationalise la Société anonyme des usines Renault par l’ordonnance n°45-68 du 16 janvier 1945. « La totalité de l’actif et du passif » de l’entreprise est confisqué par l’État « car les usines Renault ont constitué un instrument entre les mains de l’ennemi ». Le comité juridique avait considéré dans un premier rapport que cette décision était « exorbitante du droit commun », mais s’était ravisé en indiquant que la confiscation des instruments d’un crime était légale même si leur propriétaire était étranger à l’auteur du crime. Un tour de passe-passe juridique qu’il faut replacer dans son contexte. Alors que l’épuration bat son plein, De Gaulle doit relancer au plus vite l’économie française tout en négociant âprement avec les communistes qui souhaitent abattre l’un des derniers grands symboles du capitalisme industriel (l’autre, les houillères du Nord-Pas-de-Calais, sera lui aussi nationalisé). Coupable ou non, Renault a très certainement payer le prix de ce climat social et politique tendu qui a débouché sur une décision litigieuse qui arrangeait finalement tout le monde.

Si les rares autres actionnaires de l’entreprise sont indemnisés, les héritiers de l’entrepreneur – qui détenait 97% du capital – perdent leurs parts, ainsi que l’héritage industriel, technique et commercial de l’entreprise. Une page de l’histoire industrielle française se tourne alors. Celle de la Régie Renault ne fait que commencer.

France-Soir, vendredi 8 avril 2011

Jusqu’au 26 avril, France-Soir dresse le palmarès des grandes villes de France où il fait bon vivre. Aujourd’hui, Marseille, classée neuvième, mais qui entend corriger son image.

Deuxième ville de l’Hexagone derrière son éternelle rivale parisienne, Marseille ne se classe pourtant que neuvième de notre sondage sur les grandes villes françaises où il fait bon vivre. Rendue célèbre par le cinéma de Marcel Pagnol et son légendaire club de football en passe de remporter le championnat de Ligue 1 pour la première fois depuis 1992, ce port fondé en 600 av./J.C. par des marins grecs originaires de Phocée (aujourd’hui Foça, en Turquie) semble en effet escorté des mêmes reproches. Sale, relativement dangereuse, pauvre : la préfecture des Bouches-du-Rhône est souvent comparée à Naples, y compris par certains de ses habitants que nous avons rencontrés.

Comme nous l’a avoué son maire lui-même, « Marseille est une ville pauvre ». Terre d’accueil, la ville a en effet vu passer plusieurs vagues d’immigration venues y chercher l’Eldorado. Italiens et Grecs à partir de la fin du 19e siècle, Maghrébins dans l’entre-deux-guerres et, plus récemment, travailleurs d’Afrique sub-saharienne ou des Comores. La cité phocéenne a également joué le rôle de refuge pour les minorités persécutées ou les réfugiés politiques du pourtour méditerranéen. Ainsi, de nombreux Arméniens, Russes blancs, Républicains espagnols ou encore Pieds-Noirs s’y sont-ils installés.

Cosmopolite, la cité phocéenne a conservé son caractère populaire et s’est forgée une très forte identité. « On ne devient pas Marseillais, on nait Marseillais , nous confie ainsi Amel, 19 ans, rencontrée sur le cours Julien. Ce qui n’empêche pas que l’on accepte tout le monde. Ici, on est tous voisins ». Pas étonnant donc que la ville soit plébiscitée dans notre sondage pour sa convivialité (4e). Une qualité par ailleurs renforcée par un climat (3e) on ne peut plus favorable, hormis les jours de fort mistral.

Côté tourisme, Marseille se porte de mieux en mieux, ce qui lui permet de compenser un dynamisme économique jugé très faible par notre sondage (9e). Si la ville peut paraître peu engageante au premier abord, notamment du fait de son urbanisation très dense et pas toujours très heureuse (qui lui vaut d’ailleurs une décevante huitième place dans cette catégorie), sa vraie richesse est ailleurs, cachée au creux des ruelles étroites du Panier, de Noailles ou de Saint-Victor.

« C’est là que bat le cœur de Marseille », insiste Richard, 52 ans. Alors bien sûr, les ordures ont parfois tendance à s’accumuler et certains recoins du centre, très animés en journée, sont à éviter le soir venu. On a d’ailleurs le sentiment que les quartiers modestes sont désertés par les forces de l’ordre, ce que nous confirme Amel. « Le problème, ce ne sont pas les petites crapules, mais les gros bandits », affirme-t-elle. Et son amie Asmae d’ajouter qu’« il y a de plus en plus de policiers, mais j’ai l’impression qu’ils ne font rien ».

Plus positif, le grand intérêt touristique des environs de Marseille qui n’a pas échappé aux personnes interrogés dans notre sondage. Les calanques (de l’Estaque à Cassis), Aix-en-Provence et la montagne Sainte-Victoire ou encore la Camargue et ses flamands roses lui permettent ainsi de décrocher une honorable cinquième place.

Si Marseille n’occupe qu’une décevante neuvième place dans notre classement des villes françaises, les efforts consentis dans le domaine économique, culturel (en prévision de Marseille-Provence 2013) ou encore des transports devraient lui permettre de redorer son blason dans les années à venir.

Philippe Peter (envoyé spécial à Marseille)

« Une qualité de vie extraordinaire »

Élu à la mairie de Marseille en 1995, Jean-Claude Gaudin y succède à Robert Vigouroux (DVG). Cet ancien professeur d’histoire et de géographie est également sénateur (UMP) des Bouches-du-Rhône depuis 1998, après un premier mandat entre 1989 et 1995. Il réagit aux résultats de notre sondage.

France-Soir Marseille occupe la neuvième place de notre classement. Que vous inspire ce résultat ?

Jean-Claude Gaudin Une profonde injustice. Depuis plusieurs années, Marseille se transforme de manière radicale. Les gens y sont globalement très heureux et la ville bénéficie d’une qualité de vie extraordinaire. Je ne comprend pas pourquoi le sondage nous place si loin.

F.-S. L’un des points faibles de Marseille est son manque de dynamisme économique.

J.-C. G. Marseille est une ville pauvre. La richesse se trouve au-delà des collines qui l’entourent, du côté de l’étang de Berre. Je tiens néanmoins à rappeler que le chômage est passé de 21 à 12,5 % en quinze ans et qu’il n’y a pas eu de délocalisations d’entreprises. Bien sûr, Marseille est une ville désindustrialisée, mais nous nous rattrapons avec le tourisme. Le boom dans ce domaine a été spectaculaire ces dernières années. Pour exemple, le nombre de croisiéristes est passé de 20.000 en 1995 à 630.000 l’année dernière. C’est une énorme progression !

F.-S. La sécurité est aussi pointée du doigt.

J.-C. G. Nous sommes dans une grande ville, un port. Il y a des problèmes mais nous essayons de les régler notamment par l’installation de caméras pour observer les voyous. Mais il y a encore des progrès à faire, alors si le gouvernement pouvait nous donner quelques forces de police supplémentaires, cela ne serait pas de refus.

F.-S. Du côté de la culture et des loisirs, la cité phocéenne occupe une honorable quatrième place. De bonne augure pour Marseille-Provence 2013 ?

J.C. G. Je tiens tout d’abord à dire que notre projet a été choisi parmi de nombreuses villes concurrentes, comme Lyon ou Strasbourg. Le jury nous a d’ailleurs désigné quasiment à l’unanimité et a bien pris en compte le fait que Marseille avait une forte potentialité culturelle. Nous avons un opéra, un ballet, 45 scènes de théâtre, la Friche de la Belle de Mai, sans parler des chanteurs de rap comme IAM et tous ceux des secteurs Nord. Nous donnons carte blanche à l’ensemble du monde culturel. Nous faisons d’énormes efforts pour préparer cet évènement avec la réhabilitation, sur le port, du silo qui deviendra bientôt une « Olympia sur Mer » ou encore l’inauguration prochaine de Mémorial de la Marseillaise.

Propos recueillis par Ph. P.

La convivialité, un art de vivre

Impossible de savoir si le climat y est pour quelque chose mais, en tout cas, les Marseillais semblent toujours avoir le sourire aux lèvres. On discute, on donne un coup de main, on boit un verre, on prend le temps de vivre.

Passé le cours Belsunce, nous pénétrons dans le populaire quartier de Noailles et son marché grouillant de monde. Un lieu d’échanges et de convivialité autour duquel s’organise une bonne partie de la vie locale. Plus loin, dans la rue d’Aubagne, se dresse L’univers alimentaire, l’échoppe d’Ali qui vend essentiellement des épices et des fruits secs. Dans une atmosphère envoûtante de curcuma, de muscade ou encore de cannelle, Diabaté s’occupe des nombreux clients qui viennent faire leurs provisions dans la boutique. « Ici, les gens sont accueillants, ça se mélange beaucoup », indique le jeune homme qui assure se sentir bien à Marseille même si « ce n’est pas tous les jours facile ».

Quelques centaines de mètres plus haut, à côté du Palais des Arts, les membres du club de pétanque Boule Carli se livrent paisiblement à leur passion à l’ombre des arbres. Amreche, 72 ans, nous explique qu’il joue habituellement avec les membres de l’association mais « aussi avec des jeunes, à partir de 17h30, quand ils sortent de l’école ». Derrière l’image d’Épinal se cache un véritable art de vivre, une institution.

Nous achevons notre balade par le quartier de Notre-Dame-du-Mont et son très animé Cours Julien. Dominant le centre historique, cette grande place ombragée entourée de bars et de restaurants est le rendez-vous des classes moyennes. Les habitants des environs viennent s’y retrouver autour d’une bière pendant que leurs enfants s’ébattent autour du bassin central. On y croise des connaissances et puis les autres, les nouveaux venus ou les touristes qui y font une halte avant de redescendre vers l’agitation du Vieux-Port.

Ph. P.

La culture, un nouvel atout

Le compte à rebours a commencé. Il reste désormais moins de trois ans à la cité phocéenne pour achever l’ensemble des aménagements prévus dans le cadre du projet Marseille-Provence 2013. Cette année-là, elle partagera avec la ville slovaque de Košice le prestigieux titre de capitale européenne de la culture.

Onze projets parmi lesquels le Silo, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ou encore la Cité des arts de la rue seront ainsi inaugurés dans les mois à venir. Ils viendront renforcer un secteur culturel en plein essor, mais encore incomplet. Ainsi, la ville compte déjà un opéra au rayonnement régional, une très forte implantation théâtrale et le deuxième pôle cinématographique de l’Hexagone. Pourtant, « il n’y a pas grand chose à faire ici », juge Asmae, 19 ans. « Tous les grands évènements culturels se passent à Paris », estime quant à lui Salif, qui réside dans le 14e arrondissement.

Une scène musicale trop concentrée sur le hip-hop, l’absence de mise en valeur des arts plastiques et contemporains, une muséographie souvent vieillotte : autant de handicaps qui devraient progressivement être compensés pour permettre à Marseille de consolider son rang fraîchement acquis de métropole culturelle européenne et méditerranéenne.

Ph. P.

Les dix villes où il fait bon vivre en France

France-Soir, vendredi 23 avril 2010

Donet-mat e Naoned ! La ville de Nantes vous souhaite la bienvenue en breton. Si la cinquième ville de notre classement est aujourd’hui séparée de la Bretagne, elle a néanmoins conservé sa fière âme celtique. Discrète, parfois oubliée, Nantes est surtout connu pour ses petits beurres, ses défunts chantiers navals et ses Canaris qui ont, un temps, régné sur le championnat de France de football. Elle cache pourtant bien d’autres richesses.

Comme le rappelle Jacky, un retraité de 62 ans qui flâne dans les allées du jardin japonais de l’île de Versailles, « Nantes est une ville située entre terre et mer ». Une dualité qui participe grandement à la qualité de son environnement, catégorie dans laquelle la ville fait la course en tête selon notre sondage. Il faut dire qu’elle peut compter sur un très grand nombre d’espaces verts et de cours d’eau. De plus, Nantes est la première ville française a avoir réintroduit le tramway (en 1985) et elle dispose également d’un réseau de vélos en libre-service.

Outre ce côté écolo, Nantes est réputée pour être une ville sûre. « C’est tranquille ici. Et puis il y a beaucoup de policiers, presque trop d’ailleurs », indique Thibaut, 25 ans, rencontré rue du Calvaire. Les ruelles du centre-ville sont plutôt calmes, y compris le soir. Autre secteur dans lequel Nantes est en tête, selon les Français que nous avons interrogés : le coût de la vie. Un point de vue plus contesté par les Nantais, qui s’accordent à dire qu’ils vivent dans une ville « bourgeoise » et donc relativement chère.

La proximité de Nantes avec l’eau et la mer rend son climat très doux. « Il y a toujours une petite brise », avoue Nicolas, 32 ans, rencontré sur les bords de l’Erdre. « Il ne fait jamais trop froid en hiver et la chaleur n’est pas étouffante en été ». Un équilibre qui n’a visiblement pas séduit les sondés: Nantes est 6e pour le climat, loin derrière le soleil des villes du sud de la France. Plus étonnant, l’avant-dernier rang qu’occupe l’ancienne capitale des ducs de Bretagne en ce qui concerne son intérêt touristique, la richesse de son architecture et son offre en matière de culture et de loisirs. « Ça m’étonne beaucoup ! », s’exclame Adeline, 22 ans, entre deux bouffées de cigarette. « Il y a pourtant pas mal de choses à faire. Il y a des concerts, des pièces de théâtre, des musées. Et puis la mer n’est pas loin ! ». On ne peut pas qualifier Nantes de splendeur, mais elle n’en est pas laide pour autant. Sérieusement endommagés durant la Seconde guerre mondiale, de nombreux quartiers du centre historique ont été reconstruits à l’identique. L’ancienne ville marchande et bourgeoise a donc petit à petit retrouvé sa superbe et, à part l’hideuse tour Bretagne, les monstrueuses constructions en béton qui défigurent le centre-ville de certaines métropoles françaises ont été évitées.

Un point sur lequel s’accordent les sondés et les Nantais : le manque de dynamisme en matière économique et d’emploi (7e rang seulement). « Après la fermeture des chantiers navals, la crise a durement frappée la ville , se souvient Gérard, 49 ans. Mais on s’en remet petit à petit ». Thibaut se refuse quant à lui à migrer vers Paris pour exercer son métier. « On peut trouver du travail ici. C’est plus compliqué, mais c’est possible. Et la qualité de vie est incomparable ! ». La présence de nombreux étudiants rend en effet la ville très animée, notamment le soir dans le quartier du Bouffay. « Il y a beaucoup de bars, de terrasses et de restaurants. Et les gens sont plus aimables qu’à Paris ! », insiste Gwenaelle, 18 ans, qui vivait il y a quelques mois encore en banlieue parisienne. Une convivialité certaine qui permet notamment à Nantes de se hisser à une belle 5 ème place des villes françaises où il fait bon vivre.

Philippe Peter (envoyé spécial à Nantes)

Un petit coin secret de paradis sauvage

La Moutonnière, la Noë Mitrie ou encore le Procé. Nantes compte un très grand nombre de parcs et de jardins disséminés aux quatre coins de la ville. « Environ 1.000 hectares sur les 6.000 que compte le territoire communal sont constitués de verdure », indique Romaric Perrocheau, directeur du Jardin des plantes.

Ce chiffre conséquent cache pourtant un trésor bien plus précieux. Entre la gare et le quartier de Malakoff s’étale sur 18 hectares une prairie humide baptisée la Petite Amazonie. Cet espace naturel situé en zone urbaine est unique en France et a été inscrit dans le périmètre européen Natura 2000 qui a pour but de protéger la biodiversité des milieux.

Fermé au public par de discrètes portes en bois, ce site n’accueille chaque année que 500 personnes sur visites guidées. Le but étant de « limiter au maximum l’impact de l’homme » sur cet ensemble insolite de prairies et de marécages.

Chaussés de bottes en caoutchouc, nous avançons lentement le long de champs inondés où vivent habituellement trois vaches highland – race d’origine écossaise – parfaitement adaptées au terrain marécageux. « Nos bovins ne pourraient pas vivre ici car ils s’enfonceraient dans la boue », explique Romaric Perrocheau. Soudain, le sentier débouche sur une succession de mares formées par d’anciens cratères de bombes datant de la Deuxième Guerre mondiale. Au fur et à mesure, ce qui devait initialement n’être qu’une promenade se métamorphose en véritable expédition. La végétation se resserre, les lierres et les ronces se font plus pressants. La jungle nantaise porte décidément bien son nom.

Le trajet retour se révèle délicat. Dans un étrange réseau de boyaux inondés qui fait penser aux bayous de Louisiane, l’eau qui submerge le chemin atteint encore par endroit près de 50 cm. Un paradis pour les dizaines d’espèces d’oiseaux qui peuplent cet espace sauvage. Un parcours du combattant pour ceux qui tentent péniblement de le traverser et parviennent finalement à s’en extraire.

Ph. P.

La vie bon marché, un mirage?

Nantes, pas chère ? Pas si évident que cela. Bien entendu, le coût de la vie y est incontestablement moins élevé qu’à Paris, Aix-en-Provence ou encore Bordeaux, mais les flâneurs du passage Pommeraye ne s’y laissent pas surprendre.

« Il ne faut pas oublier que Nantes a toujours été une ville bourgeoise », explique ainsi Laurent, 39 ans, croisé devant un magasin de bandes dessinées de cette célèbre rue commerçante. « Il y a beaucoup de boutiques chic et les prix affichés ne sont pas spécialement bas . » Même constat au comptoir des bars et aux tables des restaurants du centre-ville. Thibaut, notre guide rencontré rue du Calvaire, nous mène dans le quartier du Bouffay, où les tarifs pratiqués par les débits de boissons sont plus attractifs. « Il faut connaître les bons quartiers, précise-t-il. C’est comme pour l’immobilier. Les appartements ne sont pas trop chers sur l’Ile de Nantes, dans le Bouffay ou le long des grandes avenues. Ailleurs, les prix grimpent très vite ! » Côté transport, si le ticket à l’unité nous semble assez onéreux (1,50 €), le pass 24 heures (4 €) est par contre particulièrement compétitif.

Ph. P.

Dossier sur les dix grandes villes françaises où il fait bon vivre

France-Soir, lundi 19 avril 2010

Maire de la ville de Nantes depuis 1989, Jean-Marc Ayrault est également député (PS) depuis 1986 et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Il commente notre sondage.

France-Soir : Selon notre sondage, Nantes arrive en tête dans trois domaines : le coût de la vie, la qualité de l’environnement et la sécurité. Êtes-vous satisfait de ce classement ?

Jean-Marc Ayrault : C’est le résultat d’une action déterminée en faveur du logement, de la cohésion sociale, de l’environnement. Et d’une approche globale, volontaire, conduite sur le long terme en faveur de la qualité de vie. C’est ce qui fait de Nantes une ville attractive pour le plus grand nombre.

Les points faibles de Nantes sont l’offre en matière de culture et de loisirs, l’architecture et l’esthétisme et, enfin, son intérêt touristique. Est-ce que cela vous déçoit ?

Cela me surprend ! Nous disposons d’un patrimoine historique très intéressant, mais nous ne sommes pas une ville musée. Nantes est une ville résolument moderne, aux avant-postes en termes d’architecture et d’aménagement urbain. Sa métamorphose urbaine est citée en exemple jusqu’au Japon. De très nombreuses délégations étrangères viennent en visite à Nantes pour apprécier une démarche urbaine jugée très singulière et originale.

Quels sont, selon vous, les points forts de Nantes ?

L’innovation tout d’abord, qui est dans nos gènes. La qualité de l’environnement ensuite, avec un effort constant en faveur des transports collectifs, mais aussi dans la mise en œuvre de notre plan climat ou dans notre action pour préserver la bio-diversité. La cohésion sociale enfin, indispensable pour que la métropole avance d’un même pas.

Et ses points faibles ?

Nantes est éloignée géographiquement du centre de l’Europe et insuffisamment ouverte sur le monde. La nécessité de transférer l’aéroport de Nantes sur le site de Notre-Dame-des-Landes (situé entre Nantes et Rennes) est une réponse attendue des acteurs et partenaires locaux.

Qu’envisagez-vous de faire pour embellir Nantes ?

L’embellissement d’une ville concerne tous ses quartiers. Nous y sommes attentifs. Nous créons des éco-quartiers, nous mobilisons des moyens importants pour réhabiliter le patrimoine locatif, aménager l’espace public. Nantes dans 20 ans ne sera plus Nantes d’aujourd’hui.

Propos recueillis par Ph. P.

France-Soir, lundi 19 avril 2010

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