Trois ans après son inauguration, le Stade des Alpes fait les frais de la relégation du Grenoble Foot 38 en cinquième division. Pour limiter l’hémorragie financière, sa gestion sera prochainement confiée à une société privée.

Qu’elle est loin l’euphorie de la montée en Ligue 1 ! En mai 2008, quatre ans après son rachat par la multinationale japonaise Index Corporation, le Grenoble Foot 38 avait rejoint l’élite du ballon rond au terme d’un match nul contre Châteauroux. Les supporteurs isérois attendaient cela depuis 45 ans et le dernier séjour de leur équipe en D1. Trois ans plus tard, la joie a cédé la place à l’abattement. Couvert de dettes, le club a déposé le bilan en juillet avant d’être relégué administrativement en CFA2. Une spirale infernale qui fait indubitablement penser à celle du Racing Club de Strasbourg qui évolue lui aussi en cinquième division suite à d’insolubles problèmes financiers.

Redevenu un modeste club amateur, le GF 38 n’attire aujourd’hui plus vraiment les foules. Avec moins de 2.000 spectateurs par match en moyenne depuis le début de la saison, les tribunes du Stade des Alpes restent désespérément vides. Un comble pour cette enceinte à la pointe de la modernité qui avait été inaugurée en grande pompe en février 2008. D’une capacité de 20.068 places (avec une possibilité d’extension à 28.000), elle était prévue pour accueillir de prestigieuses affiches du Championnat de France et pourquoi pas des rencontres européennes. Un rêve qui n’aura duré que deux ans avant la descente du club en Ligue 2 au terme de la saison 2009-2010.

Que faire alors de cet équipement dernier cri conçu par le cabinet d’architecture Chaix & Morel et associés ? Car si le Stade des Alpes allie élégance et écologie en plein centre-ville (il a été construit en bordure du parc Paul-Mistral), il a toutefois au moins un défaut : son prix. Surmonté d’une verrière supportant 1.000 m2 de panneau photovoltaïques qui permettent de produire 72.000 kWh/an, cet équipement a en effet coûté la bagatelle de 78,5 millions d’euros aux frais du contribuable. Pour son financement, Grenoble Alpes Métropole (la Métro), présidée à l’époque par le socialiste Didier Migaud, actuel président de la Cour des comptes, avait opté pour un emprunt indexé sur le cours du franc suisse. Un choix qui s’est révélé peu judicieux dans la mesure où celui-ci s’est envolé ces derniers mois du fait de la crise et du statut de valeur refuge que s’est vu décerner la monnaie helvétique. Le taux d’intérêt de cet emprunt a ainsi atteint 18 % cet été, transformant l’opération en Berezina financière. « Nous sommes en train de le renégocier », indique Christophe Ferrari, vice-président chargé des finances à la Métro. Mais le mal est fait et les comptes de la communauté d’agglomération devraient en souffrir encore longtemps. D’autant que les frais de fonctionnement du stade ne font qu’empirer les choses. Malgré la redevance de 718.000 € payée l’année dernière par le GF 38, ce dernier affichait encore une perte sèche de 520.000 €. Avec la relégation du club en CFA2, la redevance devrait encore être revue à la baisse, grevant une fois de plus les recettes de la Métro. Un cercle vicieux duquel celle-ci souhaite désormais s’extirper afin de limiter la casse.

Réagissant à cette situation préoccupante, elle tente en effet de trouver un nouveau débouché à ce stade qui s’est transformé en véritable gouffre financier. Pour ce faire, elle a lancé il y a une semaine un appel d’offres visant à confier la gestion et l’exploitation de l’enceinte sportive à une société privée par le biais d’une délégation de service public. Objectif : en faire un équipement polyvalent capable d’accueillir des événements sportifs, mais également des concerts ou des spectacles. « Nous avons considéré que ce n’était pas à la communauté d’agglomération de faire cela car nous ne pouvons pas agir assez rapidement. D’où l’idée d’une gestion privée qui offre plus de souplesse et plus de réactivité », explique Joris Benelle, directeur de pilotage à la Métro, en charge du dossier de la délégation de service public du Stade des Alpes, qui précise que le projet est sur les rails depuis environ un an. « Nous savons que nous avons un très bel équipement situé en plein cœur de la ville et tout à fait pertinent pour de grands spectacles. » La procédure, on ne peut plus classique, sera conduite jusqu’au 3 novembre prochain, date à laquelle le dépôt des candidatures sera clos. Le cahier des charges sera ensuite transmis à tous les postulants qui devront répondre dans un délai de trois mois. « Nous envisageons une ouverture des négociations avec les entreprises pour le mois d’avril et une signature du contrat au mois de septembre. » D’ici là, le Stade des Alpes devrait encore plomber les comptes de la communauté d’agglomération de Grenoble.

Un stade maudit ? 

Construit en bordure du parc Paul-Mistral, en plein cœur de Grenoble (Isère), le Stade des Alpes n’a jamais fait l’unanimité. Le choix du site a très vite été contesté, notamment du fait de l’emprise au sol importante du futur équipement dans une ville polluée où les espaces verts font cruellement défaut. Durant l’hiver 2003, une trentaine de jeunes « éco-citoyens » s’étaient d’ailleurs installés dans des cabanes aménagées dans des arbres menacés par le chantier. Une occupation inédite qui avait tout de même duré trois mois. Evacués par les forces de l’ordre, ces opposants ont ensuite bloqué l’avancée de la construction du stade par de multiples recours contre le permis de construire. Si le début des travaux a ainsi été retardé de deux années supplémentaires, le bras de fer entre les anti-stade et la Métro n’aura finalement pas débouché sur une suspension du chantier.

Autre sujet sensible, le budget alloué à la construction de cet équipement ultramoderne. Dès la présentation du projet définitif en février 2003, les coûts (initialement évalués entre 20 et 30 millions d’euros) passent à 55 millions d’euros. La facture s’allongera finalement encore de plus de 20 millions d’euros, sans compter les frais d’exploitation systématiquement déficitaires depuis l’inauguration de l’enceinte, en février 2008. La relégation du GF 38 en CFA2 n’a fait que renforcer l’amertume des opposants au stade dans la mesure où l’une des justifications données pour la construction de cet équipement était son absolue nécessité à la remontée du club dans l’élite du football français. Un objectif atteint en 2008, seule véritable année de réjouissances pour le Stade des Alpes qui aura connu en quelques mois ses deux moments fastes avant une irrémédiable descente aux enfers.

France-Soir, mardi 27 septembre 2011

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