L’équipe Big Frog va tenter de remporter la course la plus rapide au monde, soixante-quinze ans après la victoire historique de Michel Détroyat dans les cieux nord-américains.

Reno, dans l’Etat du Nevada, dans l’ouest des Etats-Unis. Malgré l’altitude (cette ville de 220.000 habitants est située à près de 1.400 mètres au-dessus du niveau de la mer), le mercure y dépasse en cette saison encore allègrement les 30 degrés. Célèbre dans le monde entier pour ses casinos, « la plus grande petite ville du monde » accueille également un événement mythique qui s’y tient chaque année au mois de septembre. Peu connues en France, mis à part par les passionnés d’aéronautique, les Reno Air Races constituent pourtant la course la plus rapide au monde. Les avions y tournent en moyenne à près de 420 km/h, soit deux fois plus vite qu’une Formule 1 ! Et pour la première fois depuis sa création en 1964, cette furieuse chevauchée aérienne accueillera cette année une équipe française, bien décidée à jouer les trouble-fête dans la hiérarchie mondiale des as de la vitesse.

C’est à Christophe Delbos que revient l’honneur de représenter la France lors de ces championnats de course aérienne. Pilote de chasse sur Dassault Mirage 2000 sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan (Landes), c’est pour lui « un rêve de gosse » qui se réalise. « Je n’aurai jamais pensé me retrouver ici un jour aux commandes de ce bolide », explique ce père de famille de 42 ans. « En toute modestie, je dois avouer qu’on m’a proposé de prendre part à ce projet. C’était totalement improbable, mais je ne vous cache pas que je n’ai pas mis longtemps à dire oui. »

Arrivé à Reno le 31 août avec les autres membres de l’équipe Big Frog, Christophe Delbos, alias Bobos, s’est tout d’abord remis du décalage horaire avant d’effectuer le vol de réception de son bolide deux jours plus tard. « L’avion est arrivé le 26 août à bord d’un KC 135 de l’armée de l’air qui devait participer à une mission de qualification aux Etats-Unis. Il en a profité pour déposer notre avion à Reno. » Le principal obstacle aux participations étrangères aux Reno Air Races – le coût de transport du matériel – a ainsi pu être surmonté. Après plusieurs vols d’essais, destinés notamment à vérifier le bon fonctionnement du moteur, à optimiser les réglages de l’appareil et à tester ses performances sous de nouveaux cieux, les trois pilotes tricolores ont passé les phases de qualification qui ont finalement débouché sur la sélection de Christophe Delbos. « Je suis le seul Français en compétition. Il y a quelques autres étrangers, notamment un Espagnol, un Allemand, un Japonais ou encore un Australien mais, sinon, tous les autres sont Américains. C’est normal, ils sont chez eux ! »

Interrogé mercredi soir par téléphone à quelques heures de la première de ses quatre courses, le militaire aux 25 missions de guerre paraissait détendu. « Nous sommes arrivés seconds des qualifications sans pousser l’avion à fond. Il faut maintenant transformer l’essai, mais je crois qu’une victoire est loin d’être impossible », confie-t-il modestement. Rien n’est cependant encore joué car les Reno Air Races sont uniques en leur genre. Et le Frenchie n’a aucune expérience en la matière, contrairement à la plupart de leurs concurrents. « J’ai fait trois stages à l’école de voltige de l’armée de l’air afin de me réhabituer à piloter un avion à hélice et à train classique car cet appareil, taillé pour la vitesse, ne se pilote pas comme un Mirage 2000. » L’aviateur français a également effectué une longue préparation mentale : « Je m’assoie sur une chaise et je revois le parcours. Je calcule mes trajectoires, j’absorbe les pylônes, je décide quand je dois déclencher les virages, quand je dois doubler. » Rien n’est laissé au hasard car le moindre écart peut se révéler fatal.

C’est dans cet état de concentration extrême que Christophe Delbos s’installera samedi après-midi dans le cockpit de son racer pour sa troisième et avant-dernière course. Après leur décollage, les huit appareils de la catégorie Sport Class se rassembleront en ligne à la droite du pace aircraft, sorte d’avion guide, pour un tour de formation. Parfaitement alignés, les bolides entameront ensuite leur descente en attendant le signal de départ : « Gentlemen, you have a race ! » C’est parti pour huit tours entre les pylônes à 650 km/h au badin et une dizaine de minutes d’une course haletante avec peut-être au bout la victoire.

La course la plus rapide au monde

En 1964, Bill Stead, propriétaire d’un ranch situé entre Sparks et Pyramid Lake et pilote à ses heures perdues, organise les premières courses aériennes de Reno. Deux ans plus tard, le championnat national de course aérienne s’installe sur l’aéroport de Reno Stead, perpétuant ainsi la tradition des National Air Races des années 1920 et 1930. Ces courses de vitesse au cours desquelles tous les avions sont lâchés en même temps sur un circuit fermé matérialisé par des pylônes étaient à l’époque très prisées du public. En 1936, à Los Angeles, le Français Michel Détroyat devient le premier et le seul pilote non-américain à remporter cette épreuve en battant à trois reprises ses concurrents (tous Américains) à bord de son Caudron C460 à moteur Renault. Christophe Delbos et l’équipe Big Frog espèrent donc bien réitérer cet exploit qui a fait de l’as français un mythe.

France-Soir, samedi 17 septembre 2011

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