Une association se bat depuis dix ans afin que soit rendu hommage à Pierre et Ernest Michaux, créateurs du vélocipède à pédales.

« Il y a tout de même quelque chose qui n’est pas logique », ronchonne Christian Boulay, vice-président de l’association Les amis de Pierre, Ernest Michaux et ses frères. « La Ville de Paris communique beaucoup sur le vélo, Bertrand Delanoë (maire de la capitale, ndlr) doit sa réélection en grande partie au Vélib’, mais aucune rue ne porte le nom de ses créateurs alors qu’ils ont mis au point leur invention à Paris ! ». Une absence d’autant plus étrange que la municipalité a célébré cette année les 150 ans de la construction du premier vélocipède à pédales par Pierre et Ernest Michaux dans le cadre d’une exposition.

En fait de bicyclette, les deux artisans serruriers, père et fils, ont été les premiers à créer, fabriquer et commercialiser un vélocipède à pédales. Un engin dont les développements ultérieurs ont donné naissance au vélo moderne. « J’ai fait le calcul : il y a aujourd’hui 700 millions de bicyclettes dans le monde. Paris devrait être fière d’avoir donné naissance à cette invention, mais j’ai l’impression qu’ils s’en fiche », reprend Christian Boulay. Son association a effectué plusieurs dizaines de demandes d’hommage à Pierre et Ernest Michaux. Elles sont pour l’instant toutes restées lettres mortes. « On ne m’a jamais demandé le moindre dossier de candidature », déplore-t-il. « La réponse est toujours la même : il n’y a pas de place ».

La mairie de Paris confirme les demandes répétées de l’association et assure ne pas y être « insensible ». « Cette revendication est opportune et légitime. Nous étudions l’hypothèse de donner le nom de Michaux à une rue de la ville, mais c’est un peu compliqué », explique un porte-parole de la municipalité. « Nous sommes très sollicités, les possibilités sont peu nombreuses et cela prend du temps ». Pourtant, selon Christian Boulay, plus de 200 rues, squares et jardins ont été baptisés depuis 2001, date de la première demande envoyée à la mairie parisienne. Une place Mahmoud Darwich, poète palestinien décédé en 2008, a ainsi été inaugurée dans le VIème arrondissement moins de deux ans après sa mort. « Certains dossiers avancent plus vite que d’autres », grommelle-t-il.

Pour débloquer la situation, « nous avons proposé que la place François Ier soit rebaptisée Pierre et Ernest Michaux », explique l’historien amateur. « Elle est proche de leur ancien atelier et, en plus, il existe également une rue François Ier ». Mais la mairie de Paris, qui assure que l’association a « des raisons d’être optimistes », ne lui propose qu’une poste cyclable située cours de la Reine (VIIIème arr.). Un projet qui doit encore être validé en Conseil de Paris à une date pour l’instant indéterminée. « Ils se foutent de nous », conclut Christian Boulay.

L’aventure des Michaux

L’aventure de la famille Michaux débute en mars 1861 lorsque Pierre et Ernest équipent la roue avant d’une draisienne d’une manivelle, donnant ainsi naissance à la pédale. Partant de leur atelier, situé au n°7 de la Cité Godot de Mauroy (aujourd’hui remplacée par la rue de Boccador), entre l’avenue Montaigne et la rue Marbeuf (VIIIème arr.), Ernest effectue plusieurs tests concluants sur l’avenue des Champs-Elysées. Tout d’abord artisanale, la production de la nouvelle machine s’industrialise rapidement. La Société Michaux et Cie est créée en 1868, mais le père décide de revendra l’affaire et son nom l’année suivante. Une décision qui va le perdre puisqu’il ne pourra plus utiliser son patronyme devenu une marque pour vanter les mérites de ses nouvelles machines. Ruinés par leurs anciens associés, les membres de la famille Michaux mourront dans le dénuement le plus total.

France-Soir, samedi 13 août 2011

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