Après un an de dégradations à répétition, le groupe Vinci a abandonné la gestion d’un parking marseillais à une bande de délinquants.

Il y a quelques années encore, un grand terrain vague occupait une partie de la place Jules-Guesde, à Marseille (Bouches-du-Rhône), et accueillait un marché aux puces improvisé. Depuis, un parking y a été aménagé et sa gestion confiée en délégation de service public à Vinci en juillet 2007. Le parc de stationnement, qui comprend 49 places, ne désemplissait pas. Il était même bénéficiaire. Mais cette manne a attiré des voyous du quartier. A force de rackets, d’intimidations et de dégradations à répétition, l’entreprise a finalement décidé, le 8 juillet dernier, de plier bagages et d’abandonner sa concession. « Nous déplorons la situation inédite qui nous a contraints, pour la sécurité de nos clients et de notre personnel, à renoncer à la gestion du parking Jules-Guesde », indique un porte-parole de Vinci Park, filiale du géant français, qui précise toutefois que la société est prête à étudier « les conditions d’une reprise » du site avec la communauté urbaine de Marseille.

Un cas inédit, en effet, où des délinquants imposent leurs règles à une multinationale présente dans plus de 120 pays dans le monde ! « Le quartier de la Porte d’Aix est extrêmement paupérisé. Il y a beaucoup de petits trafics et de vente à la sauvette », explique Gérard Chenoz, vice-président (UMP) de Marseille Provence Métropole délégué aux parcs de stationnement communautaires. « Mais depuis septembre dernier, on est passé à un stade supérieur. Une équipe de mafieux a commencé à menacer le gardien du parking et à commettre des actes de vandalisme. » Depuis plusieurs semaines, ces mêmes individus faisaient par ailleurs payer les places de parking aux automobilistes une fois les agents de Vinci partis. Une situation intolérable, d’autant plus que la Porte d’Aix, imposant arc de triomphe qui trône en plein centre de la place Jules-Guesde, marque l’entrée dans la ville de Marseille lorsque l’on arrive dans la cité phocéenne par l’autoroute du Soleil en provenance d’Aix-en-Provence.

Parking toujours hors de contrôle

Vinci, qui avait dans un premier temps engagé une société de surveillance à ses frais mais sans grand succès, a bien tenté d’alerter les pouvoirs publics. Entre « 15 et 20 plaintes » ont été déposées « sans conséquences sur le terrain ». « Nous sommes une société d’exploitation de parkings, pas de maintien de l’ordre », insiste-t-on à la direction régionale du groupe. Ces mises en cause à peine voilées du manque de réactivité des forces de police n’ont pas vraiment été appréciées du côté de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Déplorant la décision de Vinci, celle-ci a indiqué que seules « sept plaintes pour vol et dégradation » avaient été enregistrées depuis le début de l’année et que des surveillances avaient été mises en place, « aboutissant à interpellation de deux individus ». Au-delà de cette bataille de chiffres, la réalité est bien là : « Une zone de non-droit s’est installée à la Porte d’Aix. » « On ne peut pas accepter la loi des voyous ! Les responsabilités sont partagées, mais l’Etat doit nous aider à régler ce problème », s’insurge Gérard Chenoz. Mais, depuis un an, la réponse est toujours la même : « En gros, ils n’ont pas d’effectifs de police suffisants pour une surveillance prolongée. » Il appartient à la société Vinci Park « de mettre en place un dispositif interne de sécurité adapté (vidéoprotection, gardiennage…) » rétorque d’ailleurs la préfecture.

En attendant les résultats de la réunion prévue lundi et qui doit rassembler l’ensemble des acteurs de cet épineux dossier, la communauté urbaine de Marseille a décidé de financer le renforcement du service de gardiennage du parking Jules-Guesde. En échange, elle demande à Vinci Park « de rétablir une situation d’exploitation conforme aux attentes de la collectivité », au plus tard le 1er septembre. Pour le moment, le parc de stationnement, qui sert également en partie de décharge sauvage à ciel ouvert, est toujours hors de contrôle.

France-Soir, vendredi 5 août 2011

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