Le scénariste Fabien Vehlmann et le dessinateur Yoann étaient de passage dans nos locaux à l’occasion de la publication de Spirou dans France-Soir. Ils nous confient leurs sentiments sur l’un des personnages de BD les plus populaires.

Fabien Vehlmann et Yoann (de son nom complet Yoann Chivard) ont repris début 2009 le célèbre personnage de groom créé voilà près de soixante-quinze ans par le dessinateur français Rob-Vel (voir l’article sur la saga Spirou dans notre édition d’hier, NDLR). Après un premier album, Alerte aux Zorkons (éd. Dupuis), paru en septembre dernier, les deux auteurs sortiront fin octobre La Face cachée du Z, qui sera publié en exclusivité dans France-Soir au mois d’août.

France-Soir. Quelle relation entretenez-vous avec Spirou ?

Fabien Vehlmann. On a une relation avec Spirou qui est complètement affective parce que c’est un personnage qu’on a découvert quand on était enfants. On a lu beaucoup d’albums, en particulier ceux de Franquin qui étaient les plus frappants. C’était donc une occasion incroyable pour nous de reprendre cette série. C’était comme un rêve de gamin. 

Yoann. C’est une série qui m’a beaucoup marquée en tant que lecteur car il y avait à la fois l’univers poétique et un peu irrévérencieux de Franquin, qui a été un peu mon maître en termes de dessin, mais c’était également un monde emprunt d’humour et de fantastique, avec des animaux incroyables comme le Marsupilami. Et puis surtout, par rapport à Tintin notamment, c’était une série qui ne m’ennuyait pas. Je trouvais Tintin trop cérébral, je n’arrivais pas à rentrer dans le personnage alors que je pouvais très facilement me projeter à travers celui de Spirou.

F.-S. Vous avez repris Spirou en 2009 après avoir livré une première approche de ce héros dans Les Géants pétrifiés, album qui a inauguré une série parallèle. Quels enseignements avez-vous tiré de cette expérience ?

F. V. Ce travail, pour lequel des auteurs peuvent s’accaparer le personnage le temps d’un album, a été pour nous une espèce de galop d’essai. On ne pensait pas reprendre la série à cette époque. On voulait juste faire le Spirou qui nous aurait fait fantasmer. On s’est bien marré. On s’est servi de cette première expérience, non pas pour appliquer les mêmes recettes, mais plutôt pour voir ce qui avait bien marché. Nous savions que l’approche était différente dans la mesure où nous sommes aujourd’hui obligés de respecter un certain nombre de codes pour ne pas totalement dérouter le lecteur. Et c’est pour cela qu’on a, par exemple, voulu lui remettre son costume de groom, qui est aujourd’hui complètement anachronique. Cela nous permettait de jouer avec ces codes que les lecteurs attendent.

Y. Les Géants pétrifiés nous ont permis de synthétiser nos connaissances et nos envies sur Spirou. Même si les albums que nous faisons aujourd’hui sont plus « classiques », l’esprit que nous avons insufflé dans Les Géants pétrifiés, à savoir ancrer le personnage dans un monde moderne, lui faire prendre conscience des préoccupations économiques, écologiques ou sociales, fait toujours partie de notre démarche.

F.-S. Est-ce que c’est difficile de reprendre une série qui a été dessinée par des grands noms de la BD franco-belge ?

Y. Les lecteurs vont être très sensibles à la forme extérieure, c’est-à-dire au dessin. Je pense que le mien essaie de se rapprocher du Spirou classique, sans pour autant ressembler à du Franquin, à du Tome et Janry ou à du Jijé. C’est un personnage qui a souvent changé de visage d’un dessinateur à l’autre. Je ne me sens donc pas spécialement complexé à l’idée de personnaliser mon Spirou. J’ai évidemment relu tous les albums, mais je les ais très vite refermés en me demandant « Et moi, où est-ce que je suis là dedans ? » J’aime bien cette idée de lâcher prise en me disant que, de toute façon, je ne pourrai jamais dessiner aussi bien que Franquin, je ne pourrai jamais encrer aussi bien que Janry… Donc autant laisser les choses se faire naturellement.

F.S. Le tome 52, La Face cachée du Z, sort à l’automne. La suite est déjà sur les rails ?

F. V. Nous avons déjà des idées et je pense boucler le scénario cet été. Il y a deux jeux que nous avons proposés aux lecteurs du Journal de Spirou et maintenant à ceux de France-Soir. Le premier est de savoir comment nous allons faire pour habiller Spirou en costume de groom à chaque épisode. L’autre, c’est de dire que chaque album peut être lu indépendamment des autres, mais de proposer un petit teasing. Par exemple, à la fin du tome 52, on laisse entendre qu’un personnage de l’ombre va avoir un rôle très important par la suite. Mais je ne peux pas en dire plus car ce serait un peu déflorer le propos.

France-Soir, samedi 3 juillet 2011

Publicités