Cet été, le célèbre groom sera tous les jours dans les pages de votre journal. Avant de vous plonger dans la lecture d’Alerte aux zorkons, petit retour en arrière sur les origines et le parcours d’un des personnages les plus populaires de la bande dessinée.

Imaginé par Rob-Vel, confié à Jijé, mythifié par Franquin avant d’être successivement repris par plusieurs grands noms du 9e art comme Fournier ou encore le duo Tome et Janry : Spirou fait incontestablement partie des grands personnages de la bande dessinée franco-belge. Avec sa chevelure rousse flamboyante, toujours accompagné de son fidèle écureuil Spip et de son ami Fantasio, ce jeune héros intrépide est reconnaissable entre mille. Son graphisme et son caractère ont pourtant considérablement évolué depuis sa naissance, le faisant passer de groom facétieux à reporter et justicier malgré lui, avec des fortunes diverses selon les équipes d’auteurs et les époques.

Les débuts d’un héros emblématique

Les origines de Spirou sont à chercher du côté de Marcinelle, commune aujourd’hui intégrée à celle de Charleroi, en Belgique wallonne. L’éditeur Jean Dupuis y lance en avril 1938 Le Journal de Spirou, hebdomadaire dont la parution perdure à l’heure actuelle. A cette occasion, le dessinateur français Robert Velter, dit Rob-Vel, est engagé pour trouver le porte-étendard du nouveau titre. Il recycle son personnage de groom roux qu’il avait déjà utilisé pour des affiches publicitaires et le met en scène au Moustic Hotel. Ce jeune garçon espiègle et débrouillard prend naturellement le nom du magazine pour lequel il a été créé. Pour l’anecdote, Spirou signifie « écureuil » en wallon, mais est également utilisé pour désigner un gamin vif et malin, deux adjectifs qui collent parfaitement au personnage.

Lui-même ancien groom sur paquebots transatlantiques, Rob-Vel s’inspire de son expérience personnelle pour imaginer les palpitantes péripéties de son jeune héros, auquel il adjoint très vite un inséparable compagnon, l’écureuil Spip. Mais la guerre vient gâcher cette belle aventure et le dessinateur français décide de vendre ses droits aux éditions Dupuis en 1943. Celles-ci confient Spirou au Belge Joseph Gillain, dit Jijé, fondateur de l’école de Marcinelle, à laquelle appartiennent des dessinateurs incontournables tels Franquin, Morris ou encore Tillieux. Leur style est notamment caractérisé par des dialogues sobres et des dessins caricaturaux (les fameux gros nez dont s’inspirera Albert Uderzo pour Astérix), en opposition aux phylactères interminables et au style semi-réaliste de l’école de Bruxelles (Hergé, Edgar P. Jacobs ou Jacques Martin). Jijé crée Fantasio, reporter de son état, un personnage à la fois pragmatique et fantasque qui devient le compagnon d’armes de Spirou.

Spirou repris par un génie

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le père de Jean Valhardi et de Jerry Spring passe la main à l’un de ses assistants, le jeune André Franquin, qui n’a alors que 22 ans. Ce surdoué donnera une nouvelle dimension à Spirou. Il imagine la plupart des personnages secondaires de la série, notamment le comte de Champignac, inventeur génial et utopiste, le scientifique mégalomane Zorglub ou encore le Marsupilami, animal imaginaire à la queue sans fin. C’est aussi à cette époque que les aventures de Spirou et Fantasio commencent à être publiées en albums. Pendant vingt ans, le créateur de Gaston Lagaffe ou encore des cruelles Idées noires donnera libre cours à son imagination débordante. Véhicules ultramodernes, équipements dernier cri, mobilier design : Spirou et Fantasio s’inscrivent dans leur époque, celle des Trente Glorieuses, où tout semble possible. Les deux journalistes (Spirou a en effet très rapidement abandonné sa première vocation) deviennent de véritables globe-trotters et n’hésitent pas à venir en aide aux plus démunis.

La fin d’un âge d’or

Au début des années 1960, Franquin a l’impression de tourner en rond et fait une profonde dépression. Il arrête de dessiner durant plus d’un an pour finalement reprendre son travail avec une certitude : il doit tourner la page Spirou en se consacrant uniquement à Gaston Lagaffe. En 1968, après 19 albums, le génie passe le flambeau à un jeune inconnu, Jean-Claude Fournier, mettant ainsi fin à l’âge d’or du célèbre héros. Le dessinateur français poursuivra sur la même lancée que son prédécesseur, politisant toutefois un peu plus ses héros, qui s’attaquent au totalitarisme, au trafic de drogue ou encore à l’énergie nucléaire. En 1980, Fournier passe à son tour la main au duo formé par Nic et Cauvin. Après trois albums qui ne laissent pas un souvenir impérissable, ce sont finalement Tome et Janry qui reprennent les personnages en 1984, modernisant profondément la série, qui abandonne son côté léger pour un univers fortement teinté de science-fiction. Les deux auteurs créent de nouveaux personnages (notamment l’excellent Vito Cortizone, mafieux inspiré du don Corleone de Coppola), laissent quelques excellentes histoires (comme Virus ou Spirou à New York) et lancent une série parallèle, Le Petit Spirou, qui compte aujourd’hui 15 albums.

La renaissance de Spirou et Fantasio

Après six années d’interruption, le duo franco-espagnol composé de Morvan et Munuera publie en 2004 Paris-sous-Seine, le premier de ses quatre albums. Mais leur propos est trop cérébral et les ventes baissent. En 2009, ce sont donc Fabien Vehlmann et Yoann qui sont désignés pour relancer les aventures de Spirou et Fantasio. Les deux auteurs avaient inauguré un spin off lancé en 2006 avec Les Géants pétrifiés, album qui avait convaincu les éditions Dupuis de leur confier la destinée de la série mère.

Après Alerte aux zorkons, que France-Soir publiera tout au long du mois de juillet, Spirou se prépare donc à vivre une 52e aventure sous la houlette de ce nouveau duo prometteur. Intitulé La Face cachée du Z, ce nouvel album – qui ne sera disponible en librairie qu’à la fin du mois d’octobre – paraîtra en avant-première et en exclusivité dans votre journal au mois d’août.

France-Soir, vendredi 1er juillet 2011

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