La nouvelle carte scolaire supprime des postes d’enseignant dans les campagnes. Qu’à cela ne tienne ! La commune de Puy-Saint-Vincent, dans les Hautes-Alpes, va recruter et payer un professeur des écoles pour pallier la suppression d’une classe à la rentrée prochaine.

Aux portes du parc national des Ecrins, le village de Puy-Saint-Vincent, dans les Hautes-Alpes, domine fièrement la vallée de Vallouise. A peine plus de 300 habitants en basse saison, mais jusqu’à 13.000 en plein cœur de l’hiver. Comme la plupart des communes d’altitude, le bourg vit en grande partie du tourisme et notamment des sports d’hiver. Ses résidants n’en restent pas moins très attachés à leur région, qu’ils ne quitteraient pour rien au monde. C’est pourtant ce qu’il risquait d’arriver pour certains d’entre eux dès la rentrée prochaine avec la suppression programmée d’un poste d’enseignant dans la commune. En mars dernier, les habitants de cette station de ski de moyenne montagne ont en effet appris avec fureur que la seule et unique classe de maternelle serait fermée à la fin de l’année scolaire en cours « en raison d’une baisse des effectifs ». Vingt-sept élèves (vingt-trois selon l’inspection d’académie des Hautes-Alpes), dont sept en maternelle, doivent être scolarisés à la rentrée prochaine. Pas assez, selon l’inspecteur d’académie, pour maintenir une deuxième classe.

La pilule est difficile à avaler pour les villageois, qui se sentent déjà très isolés au fond de leur vallée alpine. « Tout cela est la conséquence de la nouvelle carte scolaire », explique Marcel Chaud, maire (sans étiquette) de Puy-Saint-Vincent depuis 1984. « L’inspecteur d’académie s’est d’abord attaqué aux écoles en zone urbaine, où les suppressions de postes passent plus inaperçues. Mais maintenant il n’a plus le choix, il doit même venir en milieu rural. » La réaction ne s’est pas fait attendre. « Nous allons créer une association pour recruter un instituteur, prendre en charge son salaire et pallier ainsi les carences de l’Etat », indique l’édile, ancien employé du parc national des Ecrins aujourd’hui à la retraite, qui précise que cette décision à été prise à l’unanimité des membres du conseil municipal. « C’est le moyen le plus simple que nous ayons trouvé, la commune ne pouvant le faire directement » pour des raisons juridiques. L’inspecteur d’académie avait bien proposé une autre solution à l’élu, à savoir un regroupement pédagogique avec les écoles des communes voisines, qui sont également touchées par une baisse de leurs effectifs. « Hors de question d’envoyer nos élèves, petits ou grands, dans l’école des Vigneaux », tempête-t-il. Ce village mentionné par l’Education nationale se trouve à 1.000 mètres d’altitude, tandis que le Puy-Saint-Vincent est perché à environ 1.800 mètres d’altitude. « Il faut bien quarante-cinq minutes pour faire ce trajet et les routes sont difficiles, surtout en hiver lorsqu’il y a beaucoup de neige. » Par cet acte frondeur, le petit village et son maire entendent bien également dénoncer une triste réalité. « Si on supprime nos écoles, les jeunes ne viendront plus s’installer ici, et cela signifiera la mort de nos montagnes », déplore Marcel Chaud, qui précise que cinq ou six enfants de travailleurs saisonniers viennent chaque année grossir les effectifs de l’école du village.

La commune de Puy-Saint-Vincent prendra en charge l’ensemble des frais liés à la création de ce poste de professeur des écoles, soit environ 30.000 € par an. « Notre but est de maintenir notre école en activité et nous sommes pratiquement certains que l’inspecteur d’académie ne reviendra pas sur sa décision. L’argent dégagé par le tourisme nous permet d’effectuer cette dépense. » Ce qui n’est malheureusement pas le cas de la majorité des petites communes rurales qui connaissent la même situation.

France-Soir, jeudi 9 juin 2011

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