La ministre de l’Écologie a renoncé à lâcher une ourse dans les Pyrénées malgré les promesses faites l’année dernière par sa prédécesseur Chantal Jouanno.

« C’est un immense gâchis ». François Arcangeli, président de l’association Pays de l’ours-Adet, accuse encore le coup suite à l’annonce faite mardi par le ministère de l’Écologie de ne pas procéder au lâcher d’ourse initialement prévu cette année dans les Pyrénées. « La France veut toujours donner des leçons à tout le monde, elle fait de beaux discours sur la biodiversité, mais dès qu’il s’agit d’agir de façon concrète, il n’y a plus personne », explique-t-il avant d’ironiser : « Nathalie Kosciusko-Morizet est désormais la ministre du renoncement durable ». En face, du côté des anti-ours, les mines sont évidemment plus réjouies. « Nous sommes contents d’avoir enfin été écoutés », annonce soulagée Marie-Lise Broueilh, vice-présidente de l’Association pour le développement durable de l’identité pyrénéenne (ADDIP). « C’est le fruit d’un long et patient travail d’information auprès des populations », indique-t-elle, rappelant qu’un grand nombre d’élus locaux, à gauche comme à droite, se sont mobilisés à leurs côtés pour empêcher « des associations écologistes extrémistes de sanctuariser nos montagnes en chassant toute activité humaine » au nom de la liberté de mouvement des ours. « L’ours pyrénéen a disparu. On peut le regretter, mais c’est un fait. Il est hors de question de sacrifier le développement économique et social de nos vallées » au profit de sa réintroduction.

Annoncée l’année dernière par Chantal Jouanno, prédécesseur de la maire de Longjumeau à l’Écologie, la réintroduction d’une ourse slovène dans le Béarn était destinée à combler un vide, celui laissé par la disparition de l’ourse Franska, tuée dans un accident de la route en 2007. « Dans les Pyrénées centrales, la situation est plutôt encourageante puisqu’on estime désormais la population à une vingtaine d’individus », explique François Arcangeli. « Mais dans les vallées béarnaises, à l’ouest, il était urgent de procéder au lâcher d’une ourse au moins afin d’offrir aux mâles (dont l’un est le dernier spécimen d’ours pyrénéen, ndlr) une descendance ». Sachant qu’aucun plantigrade ne devrait être réintroduit l’année prochaine, ces derniers risques de se déplacer ou pire, de disparaître.

Pour justifier sa décision, le ministère de l’Écologie a indiqué ne pas avoir voulu affliger plus encore les éleveurs béarnais qui rencontrent, comme la plupart de leurs confrères français, de graves difficultés « du fait de la sécheresse persistante ». François Arcangeli réfute en bloc cette justification. Pour lui, il ne fait aucun doute que la décision prise par Nathalie Kosciusko-Morizet à des visées purement électoralistes. « On oublie l’intérêt général pour préserver celui d’une seule personne », à savoir Nicolas Sarkozy qui chercherait par cette décision à ne pas s’attirer la colère des agriculteurs et des éleveurs pyrénéens dans l’optique de l’élection présidentielle de 2012. Un avis d’ailleurs partagé par les militants anti-ours qui, de leur côté, s’en accommodent évidemment fort bien. « Bien sûr que c’est une décision politique ! Il ne faut pas oublier qu’il y a des élections sénatoriales dans quelques mois et la présidentielle en 2012 », confirme Marie-Lise Broueilh.

Ce report sine die du lâcher d’ourse dans le Béarn marque une véritable rupture avec la politique menée par l’état français dans le domaine de la réintroduction du plantigrade et de la préservation de la biodiversité dans la région. Chaque année, environ 20.000 des 600.000 brebis élevées dans les Pyrénées françaises décèdent, toutes causes confondues. Seules 200 d’entre-elles sont victimes d’attaques d’ours.

Les autres prédateurs

Le loup

Réapparu en France au début des années 90 en provenance d’Italie, le loup pose de nombreux problèmes aux éleveurs. Environ 180 individus vivraient actuellement dans l’Hexagone, essentiellement dans les Alpes (parc du Mercantour). L’animal a également été aperçu dans le Massif central et dans les Pyrénées sans toutefois s’y être installé de manière durable.

Le lynx

Il est réapparu de manière naturelle dans les Alpes et le Jura (suite à la réintroduction de lynx en Suisse). Des lâchers ont par ailleurs été effectués dans les Vosges. Il y aurait aujourd’hui environ 200 lynx en liberté en France, une espèce toutefois encore très menacée par la circulation automobile et le braconnage.

France-Soir, vendredi 3 juin 2011

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