Près d’un siècle après son interdiction, la dénomination « absinthe » peut désormais à nouveau figurer sur les bouteilles de ce spiritueux à la réputation diabolique.

Baudelaire, Rimbaud, Modigliani, Van Gogh ou encore Toulouse-Lautrec avaient succombé à ses charmes. Après 96 années de prohibition, l’absinthe, née à Pontarlier (Doubs), est à nouveau autorisée à la vente sous son nom d’origine. C’est une disposition de la loi du 17 mai 2011 dite « de simplification et d’amélioration de la qualité du droit » qui a définitivement réhabilité la fée verte en abrogeant la loi du 16 mars 1915 relative à « l’interdiction de la fabrication, de la vente en gros et au détail, ainsi que de la circulation de l’absinthe et des liqueurs similaires ». Une décision qui vient à point nommé pour la quinzaine de distilleries françaises qui fabriquent chaque année environ 700.000 litres du précieux nectar vert. Profitant d’une législation hexagonale particulièrement stricte, les producteurs du Val-de-Travers, dans le canton de Neuchâtel (Suisse), tentaient en effet de s’approprier l’appellation « absinthe ». En mars 2010, ils avaient déposé une demande d’indication géographique protégée devant l’Office fédéral de l’agriculture suisse dans ce sens. La Fédération française des spiritueux s’était vivement opposée à cette démarche, réclamant au passage la suppression de la loi en vigueur qui dévalorisait un produit à la réputation injustifiée et qui constituait, selon elle, un handicap commercial important.

La nouvelle législation en vigueur ne fait cependant pas table rase de toute la réglementation concernant la fée verte. Le taux maximum de thuyone, cette molécule « épileptisante » à l’origine des nombreux fantasmes qui entourent l’absinthe, est toujours fixé à 35 mg par kilo comme le prévoit un décret du 2 novembre 1988 en application d’une directive européenne. Ce texte assouplissait la loi de 1915 en autorisant à nouveau la vente de la liqueur sous la dénomination trouble de « boisson spiritueuse aux plantes d’absinthe ». Une disposition désormais supprimée en même temps que la loi à laquelle elle se rattachait. Très à la mode au XIXème siècle, l’absinthe avait pour réputation de rendre fou. Les viticulteurs, qui traversaient une grave crise à l’époque, ont activement milité pour son interdiction aux côtés des ligues antialcooliques et de l’Église catholique. Après sa prohibition, les anciens producteurs d’absinthe se sont reconvertis dans la fabrication d’autres apéritifs anisés dont le pastis, né en 1932.

France-Soir, lundi 23 mai 2011

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