L’ouvrage de 106 kilomètres, qui doit entrer en service en 2017, va connecter le bassin parisien au réseau fluvial européen.

En gestation depuis plusieurs dizaines d’années, relancé en 2007 par le Grenelle de l’environnement mais à nouveau retardé par un financement incertain, le projet du canal Seine-Nord Europe entre Compiègne (Oise) et Aubencheul-au-Bac (Nord) va finalement voir le jour. L’État, qui a longtemps traîné des pieds, s’est en effet engagé à mettre largement la main au porte-monnaie afin de boucler son budget colossal de 4,3 milliards d’euros auquel participeront également l’Union européenne et les collectivités locales. Les résultats escomptés sont toutefois à la hauteur de l’investissement. En reliant la Seine au canal Dunkerque-Escaut, cet ouvrage de 106 kilomètres de long créera de fait la jonction fluviale à grand gabarit pour l’instant manquante entre le bassin parisien et les grands ports maritimes de Belgique et des Pays-Bas. Une liaison qui, dès sa mise en service opérationnelle – prévue pour 2017 – ouvrira de nouveaux horizons économiques à la région francilienne puisqu’elle sera dès lors reliée aux 20.000 kilomètres de voies navigables des bassins de l’Escaut, du Rhin et même du Danube.

Ce chantier pharaonique, le plus grand dans la région depuis la construction du tunnel sous la Manche creusé entre 1987 et 1993, devrait générer au moins 10.000 emplois (dont 4.500 directs) durant le chantier et un total de 45.000 à l’horizon 2050. En supprimant le goulet d’étranglement que constitue à l’heure actuelle le canal du Nord (cet équipement n’a qu’une capacité de transport de 650 tonnes), le bassin de la Seine et du Nord-Pas-de-Calais entend bien multiplier le trafic marchandise par trois d’ici 2020, le futur canal permettant le passage de navires de très grands gabarits (jusqu’à 4.400 tonnes). Soit un trafic fluvial supplémentaire compris entre 6 et 7 milliards de tonnes-kilomètres à l’échelle européenne, grâce à la connexion direct entre les grands ports maritimes de la Manche et de la mer de Nord (tel Rotterdam, Anvers ou Le Havre). Le canal Seine-Nord Europe doit également permettre de reporter 4,5 milliards de tonnes-kilomètres de la route vers la voie fluviale d’ici 2020. Avec une économie de 280.000 tonnes de CO2 à la clé.

Rien n’est pourtant encore joué dans la mesure où le chantier a déjà pris plus d’un an de retard. Des lenteurs qui pèsent lourdement sur les ports français, largués par leurs concurrents belges, néerlandais, voire même allemands et qui ont besoin au plus vite de nouveaux aménagements.

France-Soir, vendredi 13 mai 2011

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