Avec le placement en redressement judiciaire de la faïencerie quimpéroise HB-Henriot, c’est un savoir-faire multiséculaire qui est menacé.

Il trône sur toutes les tables (ou presque) au petit-déjeuner. Immédiatement reconnaissable à ses deux anses à oreille, à son liseré bleu et, bien sûr, au prénom calligraphié sur l’un de ses côtés, le traditionnel bol breton, véritable monument du kitsch local – au même titre que les maquettes de bateaux ou encore les marinières – est en péril. Pénalisé par des coûts de fabrication élevés, menacé à long terme par un manque cruel d’investissements et durement malmené par la concurrence étrangère, son fabricant a en effet été placé en redressement judiciaire début février. La faïencerie HB-Henriot, implantée à Quimper (Finistère), a tout tenté pour sortir la tête de l’eau – rajeunissement de la gamme, diversification – mais la crise économique lui a porté un coup fatal. Contactée par téléphone, la direction n’a pas souhaité s’exprimer, estimant être « entre deux phases » et donc tenue « à un devoir de réserve » au moins jusqu’au mois de mai prochain. D’ici là, les éventuels plans de reprise auront été examinés et pourront être présentés au public.

Intégralement peints à la main

Si la faïencerie HB-Henriot était amenée à disparaître, c’est tout un pan de la tradition industrielle bretonne qui s’effondrerait. A Quimper, la production de faïence, concentrée dans le quartier de Locmaria, remonte à 1690. Après des siècles de fusions et de rachats, HB-Henriot – qui propose tout une gamme de produits – est aujourd’hui la dernière manufacture de céramiques de la ville. Elle est également la seule dans la région à peindre l’intégralité de ses produits à la main, ce qui lui a permis de décrocher le label « Entreprise du Patrimoine vivant » en juillet 2006. Des méthodes de travail à l’ancienne qui ont un coût élevé et qui ont malheureusement considérablement fragilisé l’entreprise. Ses principaux concurrents sont quant à eux passés à un mode de production semi-artisanal, perpétuant la tradition du prénom calligraphié à la main, mais optant pour les décalcomanies en ce qui concerne les décorations. Sans compter le « made in China » qui a littéralement envahi les boutiques de souvenirs.

France-Soir, lundi 28 mars 2011

Publicités