Le chanteur est à l’honneur au travers de l’exposition Brassens ou la liberté, qui présente un artiste libertaire et bon vivant.

Coll. Pierre et François Onteniente

Une moustache, une pipe, une guitare sèche et un micro : quatre accessoires indissociables d’un des plus grands noms de la chanson française disparu il y a trente ans déjà emporté par la camarde dont il s’est tant moqué dans ses poèmes. George Brassens est à l’honneur jusqu’au 21 août à la Cité de la Musique, à Paris (19ème arr.), dans le cadre d’une exposition conçue par l’auteur de bande dessinée Joann Sfar et la journaliste Clémentine Deroudille. Intitulée « Brassens ou la liberté », elle célèbre un double anniversaire, celui de la naissance il y a 90 ans, à Sète, de l’auteur de La Mauvaise réputation et celui de sa disparition, un soir d’octobre 1981, à Saint-Gély-du-Fesc, dans son Hérault natal, quelques semaines à peine après l’abolition de la peine de mort, l’un de ses grands combats politiques.

Vision réductrice

Crédit : Fred Mella

L’exposition aborde les facettes moins connues du personnage. Un homme aux convictions libertaires fortes, par ailleurs pleinement assumées dans sa discographie très dense. Un bon vivant, « dionysiaque » et « viril », selon Clémentine Deroudille, ce qui ne l’empêchait pas d’être un bourreau de travail. « Depuis sa mort, Brassens est passé à la postérité, il fait partie du patrimoine de la chanson, il a été comme statufié et je ne suis pas sûre que c’est ce qu’il aurait souhaité », explique la commissaire de l’exposition. « J’avais envie de le rendre à nouveau vivant, que les femmes tombent amoureuses de lui, qu’on se rende compte de son côté anarchiste, pacifiste, crade et mal assuré » qu’il cachait dès lors qu’il montait sur scène. Car paradoxalement, Brassens l’anti-conformiste aux textes engagés et satiriques, était déjà de son vivant applaudi par certaines des cibles de sa plume acerbe. Et trente ans plus tard, peut-être victime de cette « vision réductrice du personnage » qui en fait un simple chanteur à guitare, il enchante toujours ses admirateurs, quel que soit leurs convictions politiques, leurs origines ou leur âge.

Au labyrinthe de photographies, d’archives sonores, de pochettes de disques ou de documents manuscrits – dont beaucoup d’inédits – viennent s’ajouter les illustrations torturées de Joann Sfar, grand fan de l’artiste à tel point qu’il avait tenu à l’incarner dans son premier long-métrage, Gainsbourg, vie héroïque, récemment césarisé. Des dessins clairs et crus qui mettent parfaitement en lumière la virulence des textes du poète sétois.

 

France-Soir, mercredi 16 mars 2011

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