Un homme a fait de son village natal, dans lequel il ne venait qu’une à deux fois par an, l’un de ses légataires universels.

« C’est un très beau cadeau, surtout de la part de quelqu’un qui ne venait pas souvent », avoue Jean-François Guillemot, maire (SE) du petit village de Jort, dans le Calvados, qui vient de voir son budget annuel multiplié par « trois et demi » grâce au leg de 800.000 euros dont il vient de bénéficier. « Pierre Auger avait des liens très lâches avec la commune. Il ne possédait pas de logement ici et ne venait qu’une à deux fois par an pour se recueillir sur la tombe de ses parents. Mais il suivait l’actualité du village de loin ».

Natif de la commune bas-normande, le généreux donateur est décédé le 6 décembre dernier à l’âge de 86 ans. Il habitait alors à Annecy (Haute-Savoie), où il possédait un appartement. « Il avait également des résidences à Besançon et à Paris », précise le premier magistrat. Pierre Auger avait quitté son village natal très jeune, sans vraiment laisser de traces, et avait fait fortune dans l’habillement et le commerce de tissus. « Début janvier, lorsque j’ai reçu la lettre du notaire d’Annecy, j’ai immédiatement cherché à me renseigner sur cet homme » afin de savoir pourquoi il a avait pris cette incroyable décision. « Je ne le connaissais pas personnellement et les anciens ne s’en souviennent pas non plus. Je suppose qu’il a dû quitter la commune avant la guerre ».

Deux autres héritiers

Veuf, sans enfant, Pierre Auger n’avait pour héritier que son frère André, d’un an son aîné, qui était quant à lui resté à Jort où il était devenu coiffeur. Le vieil homme réside actuellement entre Falaise et Ouistreham et a hérité d’un terrain qu’il possédait en indivision avec son petit frère. Un filleul, dont il était proche, doit de son côté « recevoir une partie d’une assurance vie ».

La commune de Jort va quant à elle hérité du fruit de la vente future de deux appartements situés à Annecy et Vincennes (Val-de-Marne), dont la valeur est évaluée à 650.000 euros. Le reste du leg, soit 150.000 euros, est composé de liquidités et d’actions. « Nous allons devoir vendre les deux appartements et tout le mobilier intérieur, c’est pourquoi nous cherchons à contacter rapidement le filleul de M. Auger », souligne Jean-François Guillemot. « Certains biens n’ont qu’une valeur marchande ; d’autres ont surtout une valeur sentimentale, en particulier pour lui. Nous souhaiterions donc pouvoir les lui remettre, en tout cas s’il le souhaite ».

Utilisé à des fins sociales

Cet héritage tombé du ciel vient en tout cas à point pour la commune de Jort qui est actuellement en pleins travaux d’assainissement – qui lui ont coûté la bagatelle d’un million d’euros – et qui pourra ainsi rapidement lancer d’autres projets. Pas question pourtant d’utiliser ces 800.000 euros – à titre de comparaison, le budget 2010 de la commune était de 230.000 euros – de n’importe quelle manière. Pierre Auger a en effet souhaité que son « argent soit utilisé à des fins sociales ». Une notion particulièrement large. « Nous n’avons encore rien décidé pour l’instant, d’autant que nous ne récupérerons les fonds que d’ici six mois, voire plus tard, le temps de la vente des appartements », explique l’édile. Parmi les idées avancées, celle de la restauration de l’école, de la construction d’une salle pour les anciens ou encore de l’aménagement d’une maison médicale – le médecin du village venant tout juste de le quitter – semblent avoir d’ores et déjà trouvé un certain écho parmi les membres du conseil municipal. Si l’un de ces projets aboutit, il devrait également porter le nom de celui qui aura permis sa réalisation. « Pour que la mémoire reste ».

 

France-Soir, jeudi 17 février 2011

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