Un petit épicier de Montauban qui se dit ruiné par l’implantation d’un supermarché observe aujourd’hui son 50ème jour de grève de la faim. Il réclame 300.000 euros de dommages et intérêts.

Arunasalam Jegaseelan est plus déterminé que jamais. Affaibli par les privations, ce petit épicier de Montauban (Tarn-et-Garonne) entame aujourd’hui son 50ème jour de grève de la faim et n’envisage pas d’y mettre un terme, bien au contraire. L’homme de 50 ans, qui n’absorbe que de l’eau sucrée, a déjà perdu 20 kilos et ne pèse aujourd’hui plus que 65 kilos. Il affirme avoir été ruiné par l’implantation, en mai dernier, d’un supermarché en face de son magasin. « C’est injuste, cela fait dix ans que je suis ici et avant il n’y avait rien », explique le commerçant, affalé dans un fauteuil installé dans l’entrée de sa boutique. « Certains clients viennent me voir pour m’encourager mais la plupart vont désormais en face car c’est moins cher ».

« J’arrête de boire »

Soutenu par ses proches, l’épicier d’origine srilankaise, qui doit s’interrompre à plusieurs reprises pendant l’interview pour reprendre son souffle et s’hydrater, déclare avoir perdu plus de la moitié de sa clientèle depuis le printemps dernier. « J’avais 80 clients chaque jour et jusqu’à 130 les jours fériés. Aujourd’hui quand j’en ai 30 je suis content ». Endetté jusqu’au cou – Arunasalam Jegaseelan doit en effet environ 130.000 euros aux banques et 70.000 euros à plusieurs membres de sa famille – il réclame aujourd’hui 300.000 euros de dommages et intérêts au groupe Casino, propriétaire de l’enseigne concurrente. « Pendant dix ans j’ai travaillé tous les jours jusqu’à 22 heures. Qu’est ce qu’il me reste maintenant ? Je ne peux même pas rembourser mes dettes ». Selon nos sources, l’épicier serait toutefois en situation de redressement judiciaire depuis février 2009. Soit plus d’un an avant l’implantation du supermarché.

Marié et père de quatre enfants, Arunasalam Jegaseelan n’a plus grand chose à perdre dans la mesure où son magasin doit être placé en liquidation dans quelques jours. Il assure être prêt à tout pour remporter son combat. « Si rien ne bouge, demain (aujourd’hui), j’arrête de boire ».

 

Philippe Peter

 

France-Soir, vendredi 10 décembre 2010

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