Les restes d’un soldat français condamné à mort durant la Première guerre mondiale ont été rapatriés en Corse hier. Les travaux d’un historien local avaient permis de retrouver la famille de ce martyr oublié.

Les deux tombes gisent à l’écart dans le petit cimetière du village de Sarcus (Oise). Pas de fioritures, juste deux croix en bois couvertes de mousse sur lesquelles figurent les noms des deux défunts. Le caporal Sylvestre Marchetti et le soldat Julien Lançon, tous deux affectés à la 8e compagnie du 8e régiment d’Infanterie coloniale, ont été fusillés pour l’exemple le 22 octobre 1916, à 6h30, au lieu-dit la cavée d’Hayon, puis enterrés dans le cimetière tout proche. Après la guerre, ils tombent dans l’oubli, sauf pour les habitants du bourg qui continuent, chaque année, à entretenir la dernière demeure de ces deux poilus qui, épuisés après de durs combats, avaient été exécutés pour avoir refusé de remonter au front.

Hier, 94 ans après sa mort, la dépouille du caporal Marchetti a été exhumée puis rapatriée sur sa terre natale, en Corse, dans la commune de Taglio-Isolaccio (Haute-Corse). La famille éloignée du soldat a retrouvé sa trace grâce notamment aux travaux de recherche de François Beauvy, historien local et écrivain. « Chaque été, je passais une partie de mes vacances scolaires à Sarcus, chez ma grand-mère maternelle et ma tante. Nous allions traire les vaches dans un pré à côté du cimetière et nous nous arrêtions toujours devant les tombes des membres de notre famille. C’est là que j’ai vu celles des deux soldats français, à l’écart des autres », explique-t-il, précisant qu’aucun membre de la famille du second poilu, né à La-Bastide-des-Jourdans (Vaucluse), ne s’est pour l’instant manifesté. « Dans le village, tout le monde connaissait l’existence de ces deux sépultures. L’employé communal les a entretenu durant des années avant que son fils ne s’en charge après son départ à la retraite. Dans les années cinquante, l’instituteur faisait fleurir leurs tombes, de même que celles de tous les anciens poilus, à chaque célébration de l’Armistice ».

Bloqué durant un demi-siècle, l’affaire a finalement trouvé une issue il y a quelques années lorsque François Beauvy a recoupé ses travaux avec ceux du général Bach qui a longuement enquêté sur les 550 cas de soldats français fusillés pour l’exemple durant la Grande guerre. Les deux hommes espèrent désormais pouvoir faire réhabiliter ces deux poilus injustement condamnés.

 

Philippe Peter

 

France-Soir, vendredi 26 novembre 2010

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