Le second volet de La Malédiction des trente deniers sort aujourd’hui en librairie. Un diptyque enfanté dans la douleur après de nombreux contre-temps.

Curieux et dramatique destin que celui de la dernière aventure de Blake et Mortimer, série mythique créée par Edgar P. Jacobs en 1946. La Malédiction des trente deniers a en effet été frappée de retards à répétition et, surtout, d’une disparition brutale, celle de son premier dessinateur, le Belge René Sterne, décédé d’une crise cardiaque en 2006 à l’âge de 54 ans. Il venait tout juste d’achever la 28ème planche de son premier Blake et Mortimer. Sa femme, Chantal De Spiegeleer, avait alors courageusement décidé de terminer ce premier tome inachevé et permis ainsi sa parution en 2009. Elle n’avait toutefois pas souhaité poursuivre sa collaboration avec le scénariste Jean Van Hamme pour d’autres albums.

Pour le deuxième volet de ce diptyque – qui paraît aujourd’hui – l’éditeur a donc fait appel à un nouveau dessinateur. Antoine Aubin, qui a beaucoup travaillé pour Disney, mettra finalement deux ans pour réaliser La Porte d’Orphée. En effet, malgré un talent certain et le caractère volontairement épuré de plusieurs scènes, Aubin ne parvient pas à tenir les délais. En mars dernier, il reçoit donc l’aide opportune d’Étienne Schréder qui l’épaule pour certains décors et pour l’encrage. Grâce à ce tour de passe-passe, l’éditeur parvient finalement à boucler l’ouvrage à temps et à satisfaire ainsi l’appétit des innombrables fans de la série.

La Malédiction des trente deniers – récit mêlant aventure, archéologie et ésotérisme – reprend les principaux ingrédients qui ont fait le succès du plus célèbre duo d’enquêteurs britanniques. Les deux héros, lancés à la recherche des trente deniers d’argent obtenus par Judas en échange de la vie du Christ, doivent lutter contre le milliardaire Belos Beloukian. Ce personnage sans scrupules – qui n’est sans rappeler un certain Rastapopoulos – se révèle en fait être un ancien officier SS. Persuadé que le pouvoir supposé des pièces maudites lui permettra de régner sur le monde, il fait appel au colonel Olrik, ennemi de toujours de Blake et Mortimer, pour parvenir à ses fins.

Si le récit coule parfaitement tout au long de ces deux albums au dessin sans fausses notes, on regrettera toutefois le manque d’originalité d’un scénario dans lequel les méchants se trouvent être une nouvelle fois des Nazis fanatiques et adeptes de sciences occultes. Van Hamme et Aubin ont en tout cas annoncé qu’ils se lançaient dans la réalisation d’un nouvel album de Blake et Mortimer dont la sortie est prévue pour fin 2013.

 

Blake et Mortimer, La Malédiction des trente deniers, t.2 – La Porte d’Orphée, Van Hamme, Aubin et Schréder, éd. Dargaud, 56 p., 14,50 euros

 

Philippe Peter

 

France-Soir, vendredi 26 novembre 2010

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