La commune de Dernancourt, dans la Somme, vient de renommer sa « rue du Maréchal Pétain ». Au moins deux autres bourgs français ont pour l’instant conservé la leur.

L’affaire du portrait de Pétain a fait des émules. Le paisible village de Dernancourt (Somme) vient en effet de débaptiser sa « rue du Maréchal Pétain » finalement renommée « rue du 5 avril 1918 – Bataille de Dernancourt ». La décision a été adoptée en conseil municipal le 5 novembre dernier par huit voix contre une. Une semaine auparavant, le maire du village, Lionel Lamotte, avait reçu une lettre de la sous-préfecture de Péronne l’invitant à rebaptiser la rue incriminée. Le courrier officiel expliquait que le maintien de la dénomination originelle risquait d’être « interprété comme étant une apologie d’un personnage condamné en 1944 à l’indignité nationale ».

Michel Delpuech, préfet de la région Picardie et de la Somme, s’est félicité de cette décision. « Philippe Pétain a été condamné. On ne peut pas ignorer qu’il était à la tête d’un régime qui a accompagné des crimes inadmissibles ». Le haut-fonctionnaire a précisé que c’est l’affaire du portrait de Pétain accroché dans la salle du conseil municipal de la mairie de Gonneville-sur-Mer (Calvados) – qui a dû être retiré suite à une décision du tribunal administratif de Caen rendue fin octobre – qui l’avait interpellé et incité à entreprendre ces démarches.

Vainqueur de Verdun

Si, comme l’a indiqué Lionel Lamotte, « il n’y a plus de rue Pétain » à Dernancourt, au moins deux autres bourgs français en possèdent encore une. A Parpeville (Aisne), Patricia Joint, maire depuis 2008, envisage « depuis le début de son mandat » de faire débaptiser la rue en question, sans pour autant avoir eu pour l’instant l’approbation de l’ensemble du conseil municipal. Les évènements de Dernancourt pourraient néanmoins rapidement débloquer le dossier.

Un peu plus à l’est, à Tremblois-lès-Carignan (Ardennes), il n’est pour l’instant « pas question de débaptiser la rue ». « Il s’agit bien de la rue Pétain, c’est-à-dire le général d’avant la Seconde guerre mondiale, et non pas la rue Maréchal ou Philippe Pétain », insiste Jean-Pol Oury, maire de ce village de 114 âmes. La légende du vainqueur de Verdun est encore bien vivante dans cette région durement touchée durant le premier conflit mondial. L’édile ne cherche néanmoins pas à créer de polémique. « Si la préfecture nous demande de débaptiser la rue, nous en discuterons en conseil municipal. Nous pourrions même organiser un référendum ».

 

Philippe Peter


France-Soir, vendredi 19 novembre 2010

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