Capitaine d’industrie, séducteur et aventurier charismatique, Largo Winch fête ses 20 ans en grande pompe avec la sortie aujourd’hui de Mer noire qui plonge les lecteurs en plein cœur d’un trafic d’armes.

Largo Winch, c’est un peu la perfection au masculin. Milliardaire, aventurier au grand cœur et séducteur invétéré à en faire pâlir les beaux gosses autoproclamés, il est aujourd’hui devenu une véritable icône de l’élégance. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’un grand parfumeur français en a fait il y a quelques années son égérie dans le cadre d’une campagne publicitaire.

Créé il y a vingt ans par le scénariste Jean Van Hamme, l’un des maîtres de la bande dessinée franco-belge (XIII, Thorgal ou encore Le Grand pouvoir du Chninkel), et le dessinateur Philippe Francq, dont le talent n’a d’égal que la modestie, l’héritier du fameux groupe W vole depuis de succès en succès. Avec plus de 11 millions d’albums vendus dans le monde, Largo Winch s’exporte de mieux en mieux et la série est désormais traduite en 17 langues. Adaptée une première fois pour la télévision (avec plus ou moins de réussite), la saga a également envahi les salles obscures fin 2008 avec la sortie très attendue de Largo Winch qui s’inspire des quatre premiers albums. Un second long-métrage, tout simplement intitulé Largo Winch II, sortira sur les écrans le 16 février prochain (voir encadré). Une success story qui ne doit rien au hasard et dont la genèse est patiemment décrite dans La méthode Largo Winch, un ouvrage didactique passionnant sorti parallèlement à Mer noire et qui revient sur les différentes phases de la réalisation d’un album de la série.

Pour Mer noire, 17e tome des aventures du célèbre milliardaire – tiré à 470.000 exemplaires, un record – Jean Van Hamme ne pouvait que s’inspirer de la brûlante actualité qui secoue le monde depuis trois ans. Touchés eux aussi par la crise financière, le groupe W et son président iconoclaste ont pourtant réussi à limiter la casse, aucune société de cet empire de dix milliards de dollars n’étant cotée en bourse. Largo Winch a également décidé de diminuer sensiblement les plus hauts salaires et de ne plus toucher personnellement de dividendes afin de préserver à tout prix l’emploi. Un comportement chevaleresque bien loin des parachutes dorés et autres stock options.

Cette mise en situation – parfaitement servie par une longue interview de trois pages accordée au magazine Newsweek, une petite originalité graphique fort intéressante quoique légèrement candide – ne constitue toutefois qu’une mise en bouche puisque Largo va rapidement se trouver embarquer dans une sombre affaire de trafic d’armes sur les bords de la mer Noire. Courses-poursuites en série, prise d’otage, trahisons en pagaille, meurtres, sexe : tous les ingrédients sont réunis pour faire de cet album un bon cru. De quoi tenir en haleine les fans de la série avant la sortie du second volet de ce nouveau diptyque – intitulé Colère rouge – prévu pour 2012.

Un héros philanthrope

Dans Largo Winch II, l’héritier du groupe W se trouve confronté à un véritable problème de morale. Opposé aux pratiques extrêmes de son père adoptif, il ne conçoit pas de s’enrichir toujours plus au détriment des autres. Il annonce donc son intention de mettre en vente son empire afin de créer une ambitieuse fondation humanitaire. Une décision généreuse mais naïve qui va rapidement se retourner contre lui et le forcer à retourner sur les traces de son passé. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, Jérôme Salle, réalisateur du premier Largo Winch, est resté aux manettes du second volet de cette saga en devenir. Acteur discret, Tomer Sisley – qui avait convaincu les fans de la BD en incarnant un héros déterminé et séduisant – renfile le costard du beau Largo dans un rôle qui lui est désormais taillé sur mesure. A noter qu’il donnera la réplique à une très troublante Sharon Stone, qui succède ainsi à Kristin Scott Thomas dans le premier rôle féminin.

 

Largo Winch, t.17 – Mer Noire, Van Hamme et Francq, éd. Dupuis, 48 p., 10,95 euros

Le méthode Largo Winch, Jean-Marc Lainé, éd. Eyrolles, 128 p., 28 euros

 

Philippe Peter

 

France-Soir, vendredi 12 novembre 2010

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