Des éléments de la première unité allemande stationnée en France depuis 1945 ont pris part hier aux cérémonies de commémoration de l’Armistice.

 

Les temps changent. Installés depuis avril 2010 à Illkirch-Graffenstaden, dans l’agglomération strasbourgeoise, des soldats de la Brigade franco-allemande ont participé hier aux commémorations du 11 novembre, organisées place de la République, à Strasbourg (Bas-Rhin). Parmi eux, des membres de la première unité allemande à stationner en France depuis 1945. « Nous honorons les morts des deux côtés » du Rhin, explique le lieutenant-colonel Frank Lindstedt, commandant du 291e bataillon de chasseurs allemand, ému d’être invité pour cette journée particulière qui prouve que la page est tournée entre deux pays qui se sont trop souvent affrontés par le passé.

« Le 11 novembre est pour nous une date difficile, même si on relie surtout la défaite au 9 novembre, avec l’annonce de l’abdication de l’empereur Guillaume II », rappelle l’officier de 44 ans, originaire de Brunswick (Basse-Saxe). La situation lui paraît néanmoins étrange. « Un de mes arrière-grands-pères et le premier mari de ma grand-mère ont été tués dans des guerres contre les Français et je me retrouve en tant que chef de corps aux côtés de militaires français en temps de paix ».

Piqûre de rappel

Le message délivré par cet événement est évidemment très fort, même si la dimension militaire tient aujourd’hui plus du domaine du symbolique. L’idée même qu’il constituerait une nouvelle étape dans la « réconciliation franco-allemande » – qui serait donc par définition inachevée – semble archaïque tant les deux états ont prouvé à maintes reprises – notamment dans le cadre de la construction européenne – qu’ils avaient définitivement opté pour la paix.

Reste le lieu – Strasbourg – symbole de cette histoire commune qui unie plus que n’oppose l’Allemagne et la France, mais qui a douloureusement marqué les corps et les âmes dans cette région frontalière que se sont constamment disputée les ennemis d’autrefois. Et une piqûre de rappel n’est jamais inutile car il faut « se souvenir des moments douloureux » pour « préparer dans la fraternité le bonheur de nos enfants ».

 

Philippe Peter

 

France-Soir, vendredi 12 novembre 2010

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