Avec l’immense succès populaire de Titeuf, Zep est devenu en quelques années une référence incontournable de la bande dessinée jeunesse. Il revient cet automne avec Happy Rock et peaufine le long métrage consacré à son personnage fétiche dont la sortie est prévue en avril prochain.

Rigoureux et bosseur, Zep – de son vrai nom Philippe Chappuis – semble être l’antithèse de Titeuf, un garçon turbulent, paresseux et rêveur « qui ne grandira jamais et restera à l’adolescence ». L’auteur suisse assure pourtant qu’il s’est inspiré de sa propre enfance pour créer ce personnage dont les albums se sont déjà vendus à plus de 16 millions d’exemplaires et dont les aventures, après avoir été adaptées pour la télévision et en jeux vidéos, vont prochainement débarquer sur grand écran. « Mes enfants ne sont pas une source d’inspiration car je n’ai pas forcément envie de les mêler à mon travail. Et puis je ne suis pas un artiste d’observation », précise-t-il.

En dix-huit ans et douze albums – le dernier, Le sens de la vie, est sorti en 2008 – Zep s’est imposé comme une référence dans le domaine de la bande dessinée jeunesse. Une réussite unique ces trente dernières années pour une nouvelle série, le marché de la BD étant devenu ultra-concurrentiel avec près de 4.000 nouveautés par an.

Travail solitaire

Le quadragénaire vit pourtant ce succès avec sérénité et s’attache avec la même avidité à la réalisation de chacun de ses nouveaux projets. « Dessiner, c’est un jeu, c’est du plaisir ». Une passion qu’il souhaite « transmettre » à ses trois enfants, sans pour autant leur forcer la main. « Ils aiment la BD et sont très critiques envers mon travail. Ce n’est pas toujours évident ! », assure l’auteur, désigné Grand prix de la ville d’Angoulême en 2004 à seulement 37 ans. Un record.

Lorsqu’il se met au boulot, Zep aime d’ailleurs s’isoler. « Beaucoup de gens ont besoin de l’avis de tout le monde. Moi, je préfère travailler seul, dans mon atelier. Il faut pouvoir faire des choses de son côté, rester libre par rapport à son travail de création. Avec mon épouse (Hélène Bruller, petite-fille de l’écrivain Vercors, avec qui il a notamment réalisé Le Guide du zizi sexuel, ndlr), on s’échange des idées, mais on ne veut pas empiéter sur le territoire de l’autre ».

Rockeur dans l’âme

En attendant le treizième tome des gags de Titeuf – dont la sortie ne devrait pas intervenir avant fin 2011 – Zep se consacre pleinement à son projet cinématographique (voir encadré). L’Enfer des concerts, sorti en 1999 et épuisé depuis belles lurettes, vient également d’être réédité sous un nouveau titre, Happy Rock. Il complète ainsi le triptyque entamé avec Happy Sex (création originale) et Happy Girls (réédition des Filles électriques, sorti en 1997). « J’aime beaucoup ces deux albums impertinents qui n’étaient plus disponibles depuis longtemps. L’occasion était trop belle de les ressortir ».

La sortie de cet album est également un clin d’œil à une autre de ses grandes passions, le rock. Son pseudonyme vient d’ailleurs du nom du journal de son lycée qui s’appelait « ZEP parce que j’adorais Led Zeppelin et que ça sonnait bien ». Dire que certains de ses amis voulaient le baptiser France-Prout en référence au quotidien que vous avez entre les mains… « J’aurais pu avoir le pseudo le plus débile de l’Histoire ». Fasciné par leur « côté magique », ce guitariste amateur continue donc d’aller aux concerts – il écoute notamment White Stripes, Ben Harper ou encore Archade Fire – et envisage même de reformer un groupe de rock et, pourquoi pas, de remonter sur scène, même si « ce n’est pas trop mon truc ».

En attendant, Zep participera au concert de dessins organisé le mercredi 1er décembre, dès 21h, au théâtre Marigny, à Paris. Un dialogue entre musique et bande dessinée dont il a écrit le scénario et auquel participeront entre autres Bastien Vivès, Mathieu Sapin ou encore le duo Dupuy-Berberian (billets en vente dans le réseau Fnac au prix de 20 euros).

 

Titeuf va crever l’écran

Le long-métrage animé Titeuf, le film sortira sur les écrans le 6 avril prochain. Un projet auquel Zep consacre toute son énergie depuis près de deux ans. « J’étais un novice absolu dans le domaine du cinéma, notamment en ce qui concerne les aspects techniques. Mais je voulais moi-même réaliser ce film car on ne peut pas demander à quelqu’un d’autre de s’approprier son univers. Je me suis donc entouré de pointures ». Une série de dessins animés avait déjà été produite pour la télévision, mais son animation trop statique n’avait pas convaincu la papa de Titeuf. « Je voulais de l’animation de long-métrage, comme avec un vrai comédien, pas comme dans un cartoon ». L’équipe du film peaufine actuellement le montage du film qui sera à coup sûr très attendu par la critique et par les fans.

 

Happy Rock, Zep, éd. Delcourt, 48 p., 13,50 euros

 

Philippe Peter

 

France-Soir, samedi 6 novembre 2010

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