Succès critique et populaire, la série Il était une fois France revient sur le parcours ambivalent d’un homme coincé entre son implication dans la Résistance et sa collaboration avec l’occupant allemand.

Traître ou héros ? Résistant ou collabo ? Joseph Joanovici, personnage principal de la série Il était une fois en France – dont le quatrième tome vient tout juste de sortir en librairie – était les deux à la fois. Juif roumain débarqué à Paris dans les années 20, il fait fortune dans la récupération de métaux et n’hésite pas à collaborer avec l’occupant allemand durant la Seconde guerre mondiale. Pour sauver sa peau et celle de ses proches, certes, mais aussi par ambition personnelle. « Monsieur Joseph » fricote avec les Nazis et dégaine régulièrement sa carte de la Gestapo française. Bien en vue malgré ses origines, il peut dès lors acheter à souhait des fonctionnaires corrompus jusqu’à la moelle et installer de solides réseaux de contrebande, tout en protégeant sa famille.

L’homme est néanmoins pris de remords et sent que, tôt ou tard, le vent tournera en faveur des Alliés. Il décide donc de se refaire une réputation en se lançant dans un double-jeu particulièrement dangereux. De collabo, le « Roi de Paris » devient héros de la Résistance, réussissant à faire libérer plusieurs dizaines de prisonniers des geôles allemandes à grands coups de pots-de-vin. Patriote, il participe activement à la libération de Paris. Après la guerre, malgré les doutes qui entourent son rôle exact durant le conflit, « Joano » est fait compagnon de la Résistance. Quelques années plus tard, il sera finalement condamné pour collaboration avec l’ennemi.

Prendre du recul

Basé sur des faits réels, Il était une fois en France est sans conteste l’une des meilleures série de BD de ces dix dernières années. Le thème abordé est pourtant particulièrement douloureux et encore trop souvent nié par l’histoire officielle française. « Nous avons pris beaucoup de recul », nous expliquait Fabien Nury lors du festival d’Angoulême, en janvier dernier. « Notre objectif n’est pas de rétablir la vérité mais de raconter une histoire ». Ce que ce jeune scénariste accomplit avec justesse et talent. La ligne claire réaliste du dessinateur Sylvain Vallée adoucit avec intelligence une atmosphère pesante, rendant cette bande dessinée plus abordable par le grand public. Les ventes sont d’ailleurs là pour témoigner de ce succès puisque plus de 230.000 exemplaires des trois premiers albums ont déjà été écoulés depuis la sortie du premier tome il y a trois ans.

 

Il était une fois en France, t. 4 – Aux armes, citoyens !, Nury, Vallée et Delf, éd. Glénat, 14,50 euros

 

Philippe Peter

 

France-Soir, vendredi 29 octobre 2010

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