L’auteur de Blueberry et de L’Incal investit la Fondation Cartier jusqu’au 13 mars pour une exposition polymorphe aux frontières du réel.


Prolifique, surdoué, inclassable, le dessinateur Moebius est devenu au fil des années une icône transgénérationnelle de la bande dessinée. Une exposition lui est consacré jusqu’au 13 mars à la Fondation Cartier (XIVe arr.). Intitulée « Moebius, Transe-Forme », elle s’articule autour du thème de la métamorphose, un phénomène cher à l’artiste qu’il a abordé à de multiples reprises dans ses œuvres. 400 dessins, planches originales de BD, peintures et objets divers sont présentés dans deux espaces bien distincts à l’agencement très soigné. Projection d’images, extraits d’interviews et jeux de lumières complètent le tableau et plongent le visiteur dans une ambiance multidimensionnelle. Deux salles obscures proposent également un court-métrage en 3D, ainsi qu’un documentaire sur la vie du dessinateur.

Double personnalité

Né en 1938, Jean Giraud, alias Moebius, devient l’apprenti de Jijé en 1961 pour lequel il encre une aventure de la série Jerry Spring. Deux ans plus tard, il crée avec Jean-Michel Charlier, père de Buck Danny, le célèbre personnage de Blueberry, incarné au cinéma par Vincent Cassel en 2004. Le succès est foudroyant. Le dessin hyper-détaillé de Jean Giraud – qui signe ses planches sous le pseudonyme de Gir – et le réalisme de son trait y contribuent fortement.

Par la suite, l’auteur va se tourner vers la science-fiction lyrique et onirique, un univers très éloigné des règlements de compte de l’Ouest américain. Pour évoluer dans son monde quasi mystique, Giraud choisi de devenir Moebius. De là est née une double personnalité à la fois étrange et fascinante. Adepte de la voyance et de la méditation, Moebius s’intéresse aux religions, au chamanisme et à l’ufologie ! Le résultat en est une œuvre riche, pleine de sens et de métaphores, à l’image d’Arzach, créé en 1975 dans Métal Hurlant, et dont une deuxième aventure (avec la nouvelle orthographe Arzak) vient tout juste de sortir après 35 années d’attente.

 

Trois questions à… Jean Giraud

Pourquoi avoir choisi Moebius comme pseudonyme ?

Lorsque j’ai commencé à travailler dans la BD, j’ai fait comme Hergé, Jijé et les autres et j’ai utilisé le diminutif de mon nom. Cela a donné Gir. Vers 22-23 ans, j’ai voulu prendre un vrai pseudonyme et j’ai choisi Moebius en hommage au mathématicien allemand inventeur de l’anneau du même nom. C’est un objet qui m’a toujours intrigué et qui était utilisé pour expliquer l’hyper-espace ce qui cadrait bien avec mon univers.

Comment faites-vous pour jongler entre le western et la science-fiction ?

Faire des westerns, c’était un rêve de gosse. La science-fiction, ça m’intriguait. Arzak, c’est un peu mélange entre les deux. Il évolue dans un monde ingénu, authentique, mais qui ressemble un peu à celui du 19e siècle avec ce côté pionnier.

Pourquoi avoir attendu 35 ans avant de sortir une nouvelle aventure d’Arzak ?

Je n’avais jamais oublié ce personnage, mais j’ai eu d’autres projets entre-temps. Arzak revient par exemple dans Inside Moebius. J’ai aussi travaillé sur deux adaptations en dessin animé au Japon qui n’ont rien donné et desquelles j’ai tiré le scénario de cet album.

 

« Moebius Transe-Forme », Fondation Cartier, jusqu’au 13 mars 2011. Tarifs : 8,50 euros/5,50 euros (réduit)

 

Arzak, t.1 – L’Arpenteur, Moebius, éd. Glénat et Moebius Productions, 18 euros

 

Philippe Peter


France-Soir, lundi 25 octobre 2010

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