Le procès de 86 militants anti-OGM, dont José Bové, s’ouvre aujourd’hui à Marmande. Ils sont poursuivis pour la destruction de 15 hectares de maïs transgénique en 2006.

 

Il s’agit du plus important procès de « faucheurs volontaires » en France depuis le lancement de ce mouvement en 2003 sur le plateau du Larzac. 86 personnes, dont l’eurodéputé (Vert) José Bové, comparaissent aujourd’hui et demain devant le tribunal correctionnel de Marmande (Lot-et-Garonne) pour la destruction de 15 hectares de maïs OGM. Jugés pour « destruction de bien d’autrui commise en réunion », les prévenus risquent jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende.

Le 2 septembre 2006, entre 200 et 300 personnes avaient détruit les 15 hectares d’une parcelle de maïs transgénique Monsanto 810 à Grézet-Cavagnant, à une quinzaine de kilomètres au sud de Marmande. Comme il a l’habitude de le faire en pareille circonstance, José Bové avait ensuite remis aux gendarmes des listes comportant les noms et les adresses de plusieurs dizaines de faucheurs volontaires. Une façon pour les militants de montrer qu’ils assument pleinement leurs actes.

Au final, 87 personnes avaient été mises en examen, mais l’une d’entre elles est décédée récemment. Interpellés au moment des faits, trois militants anti-OGM avaient par ailleurs écopé en octobre 2006 de trois mois de prison avec sursis et avaient été condamnés à verser 20.000 euros d’indemnités à l’agriculteur, Claude Ménara, l’un des pionniers du maïs OGM en Aquitaine.

 

Acte citoyen

 

« Je suis serein avant ce procès », affirme José Bové, contacté hier en fin d’après-midi. « Nous plaiderons la relaxe car nous avons agi en état de nécessité face à un risque sanitaire » dans la mesure où les parcelles détruites – cultivées en plein champ – risquaient de contaminer les terres aux alentours. « Les choses ont beaucoup changé depuis 2006. Il n’y a aujourd’hui plus de culture d’OGM en plein champ en France ». Une victoire significative pour les faucheurs qui, selon l’eurodéputé, ont « remporté le débat politique et scientifique » dans ce dossier. « Nous allons en quelque sorte être jugés pour avoir eu raison avant l’heure ».

Sous la menace d’une condamnation à dix ans d’incarcération pour récidive, José Bové assure néanmoins être prêt à aller jusqu’au bout pour « permettre la reconnaissance de ces actions comme des actes politiques et citoyens ».

La position de Me Maï Le Prat, avocate de l’Association générale des producteurs de maïs, est quant à elle sans équivoque. Elle estime que les prévenus n’auront « pas gain de cause tout simplement parce qu’ils sont dans l’incapacité de démontrer que le Monsanto 810 est dangereux ».

 

Philippe Peter

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