Par crainte de poursuites, la mairie de Paris a décidé d’interdire aux mineurs l’accès à une exposition retraçant l’œuvre du photographe américain Larry Clark.

La décision ne fait que confirmer une tendance lourde depuis une quinzaine d’années. La mairie de Paris a interdit aux moins de 18 ans l’accès à une exposition retraçant l’œuvre de l’artiste américain Larry Clark. Cette rétrospective, qui rassemble quelque 200 photos, doit ouvrir ses portes le 8 octobre au Musée d’art moderne (MAM) de la ville de Paris. Le photographe de 67 ans est réputé pour ses clichés crus montrant la vie et les dérives d’une adolescence américaine découvrant les joies et les peines de la vie, entre sexe, drogue et rock’n’roll. Une œuvre certes brute mais sans voyeurisme ni ambiguïté. « Larry Clark travaille la photo autour d’un thème récurrent qui est celui de l’adolescence et tout ce qui a trait au passage à l’âge adulte, à la frontière du journal intime, personnel et du documentaire », explique Sébastien Gokalp, commissaire de l’exposition intitulée « Kiss the past Hello ».

Autocensure

Cette interdiction ne fait pourtant que consacrer – une fois de plus – le lent mais solide noyautage du monde de l’art par le politiquement correct. Une situation encore aggravée par la nouvelle loi votée en 2007 qui permet de poursuivre toute présentation à un public mineur de photographies pouvant avoir un caractère pornographique. Du pain béni pour les détracteurs de Larry Clark, même si aucune association ni groupe religieux n’avait jusqu’alors manifesté son opposition à cette exposition.

Pourquoi prendre alors une aussi lourde décision qui fait aujourd’hui débat ? La position de la mairie de Paris peut se comprendre. « Parfois on voit des sexes, ça pourrait être qualifié au tribunal de pornographique même si ça n’est pas du tout de la pornographie », explique Fabrice Hergott, directeur du MAM. « Je ne peux pas m’opposer à une loi et je tiens à ce que l’œuvre de l’artiste ne soit pas dénaturée », ajoute-t-il. Dommage, car les photographies controversées ne représentent que 10 % de l’exposition.

Les Verts parisiens ont accusé la ville de « s’autocensurer », ce à quoi Bertrand Delanoë, maire (PS) de la capitale, a répondu que « ce qui était facile il y a vingt ans pose problème aujourd’hui ». Larry Clark s’est quant à lui dit « choqué et surpris » dans un entretien au Monde samedi dernier. Il estime qu’il s’agit d’« une attaque des adultes contre les adolescents ».

Philippe Peter

France-Soir, mercredi 6 octobre 2010

Publicités