Dimanche, 66 ans après les faits, un ancien pilote américain de la Seconde guerre mondiale sera honoré pour son fait d’armes au-dessus du plateau du Larzac.

Il a bien failli ne jamais revoir ce plateau désolé du Larzac qu’il n’avait fait que survoler durant la Seconde guerre mondiale. Dimanche, le lieutenant-colonel Roy D. Simmons Jr, ancien pilote du 111th Reconnaissance Squadron de l’US Army Air Force, recevra les insignes de chevalier de la Légion d’honneur pour sa participation à l’attaque d’une colonne allemande le 22 août 1944. A l’époque, la mission de ces pilotes américains consistait à observer et retarder, par des mitraillages au sol, les mouvements de l’armée allemande, alors en pleine débâcle quelques jours après le débarquement en Provence. La flak (défense anti-aérienne) du détachement motorisé repéré ce jour-là par le jeune pilote de 21 ans était malheureusement parvenue à abattre le North-American F-6 Mustang de son ailier, le lieutenant Richard Francis Hoy.

Le retraité de 87 ans ne savait néanmoins pas que cette même colonne allemande avait tué ce jour-là 23 maquisards français, dont la mémoire, de même que celle du pilote américain abattu, est honorée chaque année à La Pezade (Aveyron). Il aura fallu un incroyable concours de circonstances et un an et demi de recherches au colonel Donald M. Bohler, vétéran de la guerre du Vietnam, pour retrouver Roy D. Simmons, qui passe aujourd’hui une paisible retraite dans le Tennessee (États-Unis).

Coup de téléphone

Après s’être rendu une première fois au mémorial de La Pezade en 2006, Donald Bohler tente de contacter la famille du lieutenant Hoy. Sans succès. Le pilote n’avait pas eu d’enfants et sa veuve s’était remariée quelques années après sa mort. Seule certitude : ses restes ont été exhumés après la guerre à la demande de sa mère, rapatriés aux États-Unis, incinérés et enterrés à Détroit (Michigan), sa ville natale.

Trois ans plus tard, à La Pezade, le sénateur (PS) Alain Fauconnier incite vivement Donald Bohler à poursuivre son enquête afin de retrouver le deuxième pilote de la patrouille, Roy Simmons. En octobre 2009, il parvient finalement à obtenir son numéro de téléphone et passe un simple coup de fil au mystérieux vétéran avec lequel il évoque, enfin, cette tragique mission du 22 août 1944.

L’ancien pilote américain rencontrera dimanche les derniers survivants du maquis Paul Clé lors des cérémonies annuelles de La Pezade. Il se recueillera pour la première fois sur les lieux où il a vu, il y a 66 ans, disparaître son coéquipier.

Philippe Peter

France-Soir, vendredi 20 août 2010

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