L’archipel français s’est doté hier d’un hymne, d’une devise et d’un graphisme pour ses billets de banque. Un premier pas avant le référendum d’autodétermination qui doit organisé d’ici 2018.

L’événement est hautement symbolique. Douze ans après la signature des accords de Nouméa, le Congrès de Nouvelle-Calédonie a approuvé hier à une immense majorité (49 voix pour sur 54 votants) l’adoption d’un hymne, d’une devise et d’un graphisme spécifique pour les billets de banque. Une mesure qui était prévue par ce texte fondateur signé en 1998 sous l’égide de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin. Son article 1 stipule en effet que cinq signes identitaires « seront recherchés pour exprimer l’identité kanak et le futur partagé entre tous ».

La devise « Terre de parole, terre de partage » n’a guère suscité de controverses. Elle traduit parfaitement l’attachement des différentes communautés à leur archipel (le symbole de la terre), tout en mettant en avant un fondement de la société kanak (la parole) et une démarche absolument nécessaire à l’établissement d’un équilibre durable, à la fois culturel et économique, en Nouvelle-Calédonie (le partage).

Drapeau et nom

L’hymne « Soyons unis, devenons frères » n’a en revanche pas fait l’unanimité. Ses paroles ont ainsi été jugées « désuètes » par le député (RUMP) Pierre Frogier. Quant au graphisme des billets de banque, sa mise en application est soumise à l’accord de la Polynésie française, dont les signes identitaires figurent au dos de chaque billet. Une éventuelle adoption de l’euro pourrait également la remettre en cause.

Après ce premier pas, l’archipel français du Pacifique sud doit désormais encore se doter d’un drapeau et, surtout, d’un nom. Le débat sur ces deux signes identitaires forts a cependant été reporté dans la mesure où le sujet est encore très sensible sur le Caillou. L’actuel drapeau non-officiel de la Nouvelle-Calédonie, en réalité celui du Front de libération kanak et socialiste (FLNKS), est loin d’obtenir l’assentiment de tous, notamment du côté des partisans de Calédonie Ensemble, le parti de Philippe Gomes, président du gouvernement. L’idée de rebaptiser la Nouvelle-Calédonie « Kanaky » semble quant à elle assez inhabile, quel que soit le résultat du référendum d’autodétermination qui doit se tenir entre 2014 et 2018.

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 19 août 2010

Publicités