Le mythique aérodrome de Toulouse-Montaudran est victime de la spéculation immobilière.

Lorsqu’on évoque l’aérodrome de Toulouse-Montaudran (Haute-Garonne), les yeux des passionnés d’aéronautique se mettent immédiatement à pétiller. C’est en effet sur ce site historique qu’a débuté l’épopée de l’Aéropostale il y a plus de 90 ans. De grands noms viennent à l’esprit : Latécoère, Mermoz, Saint-Exupery ou encore Guillaumet. Ces légendes de l’air figurent aujourd’hui au panthéon de l’aviation française.

L’aérodrome de Toulouse-Montaudran est pourtant menacé par la spéculation immobilière qui fait rage dans la quatrième ville française. Désaffecté depuis plusieurs années, le site est d’ores et déjà bordé sur un côté par onze immeubles de cinq étages. Le lieu conserve cependant encore une certaine unité. De plus, une partie de l’ancienne piste, l’aérogare, le Château Raynal (qui abritait les bureaux administratifs) et les halles de montage, classés monuments historiques, avaient été préservés afin de transformé cet ensemble en un lieu à la mémoire des pionniers de l’Aéropostale.

Site unique

Ce projet est aujourd’hui compromis par de nouveaux travaux entrepris par la société Kaufman & Broad, qui a acheté le terrain à Air France en 2003 et érigé un nouvel immeuble situé cette fois-ci entre la piste et les bâtiments classés. Il pourrait être suivi par une quinzaine d’autres et une partie du tarmac pourrait également être arrachée pour donner naissance à un jardin.

Pour empêcher cela, les associations de sauvegarde du patrimoine ont déposé trois demandes d’annulation des permis de construire dont l’examen est actuellement en cours. Montaudran est « sacrifié », selon Rémi Desalbres, petit-neveu de Pierre-Georges Latécoère, l’industriel qui fit décoller fin 1918 le premier Bréguet XIV transformé en avion de transport de fret postal à destination de Barcelone (Espagne). « C’est pourtant un site unique au monde. Sans cela, jamais Toulouse ne serait la capitale de l’aéronautique et de l’aérospatiale ».

Kaufman and Broad assure que les « associations ont approuvé le plan d’urbanisme, de même que les Bâtiments de France » et précise qu’il est désormais impossible de faire machine arrière puisque les appartements des immeubles en construction ont déjà été vendus.

Philippe Peter

France-Soir, le lundi 16 août 2010

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