Pour contrer les effets de la surpêche, la rade de Brest est régulièrement ensemencée en larves de coquilles Saint-Jacques.

La commune de Plougastel-Daoulas (Finistère) est plus connue pour ses fraises croquantes et savoureuses que pour ses activités piscicoles. Ancrée dans la rade de Brest, elle abrite pourtant le port du Tinduff qui fut, jusque dans les années 60, spécialisé dans la pêche à la coquille Saint-Jacques.

Les navires de plaisances ont aujourd’hui malheureusement largement remplacé les coquilliers. En cause, la surpêche et un hiver 1962-63 particulièrement rigoureux qui ont contribué à la raréfaction progressive de la ressource. Auparavant, lors des meilleures campagnes de pêche, les 400 coquilliers de la rade de Brest pouvaient ramener plus de 3.000 tonnes des précieux mollusques bivalves dans leurs cales. A partir de 1964, la moyenne se situait plutôt aux alentours de 100 tonnes. Pas de quoi faire vivre l’ensemble des équipages dont une partie a dû se reconvertir dans la praire, la pétoncle ou l’huître plate sauvage. Une solution transitoire en attendant la création d’une écloserie capable de reconstituer les stocks de coquilles Saint-Jacques et qui interviendra en 1980.

Nurserie

Chaque année, l’écloserie du Tinduff sème en moyenne entre trois et quatre millions de naissains, dont 30 à 50 % sont ensuite recapturés une fois arrivés à l’âge adulte. Cette nurserie insolite abritent des dizaines de bassins d’eau de mer, ainsi que des cultures de phytoplancton dont se nourrissent les coquilles Saint-Jacques. Après sélection des géniteurs en milieu naturel, la ponte des mollusques est déclenchée artificiellement grâce à un choc thermique. Au bout d’un an, les naissains, qui mesurent alors trois centimètres, sont prêts à être lâchés en pleine mer. Grâce à un système de jachères, les coquillages bivalves disposent ensuite de quatre ans pour atteindre leur taille adulte.

Chiffres prometteurs

Une soixantaine de coquilliers, équipés de dragues spécialement conçues pour limiter leurs dégâts sur les fonds marins, exploitent à l’heure actuelle la coquille Saint-Jacques en rade de Brest. Cette activité est toutefois très règlementée puisqu’ils ne disposent que de 60 jours de pêche par an. Chaque navire doit également s’acquitter d’une licence (4.000 euros). Autant de contraintes qui permettent de récolter quelque 350 tonnes de précieux bivalves chaque année qui sont ensuite vendus aux environs de quatre euros le kilo à la criée. Des chiffres prometteurs, mais qui sont sans commune mesure avec ceux de la baie de Saint-Brieuc et ses 8.000 tonnes par an.

L’objectif de l’écloserie du Tinduff, qui fonctionne selon le principe d’une coopérative, est désormais de produire des naissains moins chers. Le coût de production d’un spécimen est en effet aujourd’hui estimé à 0,08 euros, ce qui est encore trop cher pour développer cette technique à plus grande échelle.

de notre envoyé spécial à Plougastel-Daoulas, Philippe Peter

France-Soir, mercredi 4 août 2010

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