Plongés dans la tourmente de la débâcle de l’été 1940, trois jeunes Parisiens vont faire le choix de résister à l’occupant.

Débâcle humiliante et défaitisme écœurant ont caractérisé le mois de juin 1940 en France. C’est dans ce contexte troublé et indécis que s’inscrit la nouvelle série Résistances, qui devrait compter au total quatre tomes. Une bande dessinée qui ne cherche pas à présenter une vérité unique et indiscutable, mais plutôt à suivre le parcours de trois jeunes Parisiens, déboussolés par l’entrée des troupes de la Wehrmacht dans la capitale. Comme tant d’autres de leurs compatriotes, Sonia, André et Louis prennent le chemin de l’exode. Une fuite désespérée qui les mène jusqu’en Bretagne où André, qui refuse la défaite, décide de s’embarquer pour l’Angleterre. Par conviction ou par amour, ces trois compagnons d’infortune vont par la suite, et chacun à sa manière, entrer en résistance contre l’occupant.

Sujet hautement polémique, la Résistance est pourtant ici abordée de manière frontale. « J’ai toujours été obsédé par cet épisode de l’histoire de France, mais je n’avais jamais eu le temps de m’y attaquer », raconte le scénariste Jean-Christophe Derrien (Poker, Miss Endicott). « Je voulais en faire une BD historique et il me fallait donc être très précis. On ne pouvait pas faire n’importe quoi ». Si le récit des trois héros est fictif, le contexte dans lequel ils évoluent est donc quant à lui très réaliste. « J’ai amassé beaucoup de documentation et j’ai été conseillé par le musée de la Résistance de Champigny-sur-Marne », explique le dessinateur Claude Plumail (Le Vagabond des Limbes, Le Sortilège des Rhûnes). « Ce qui n’a pas empêché certaines petite erreurs comme l’utilisation par Louis d’un Zippo », un type de briquet importé plus tard en France, au moment de la Libération.

Influencé par le cinéma, le découpage du récit adopte des techniques de cadrage assez originales dans ce type de bande dessinée comme la plongée ou la contre-plongée. L’utilisation du flash-back et du flash-forward, inspirée par la série Lost dont Jean-Christophe Derrien est un fervent adepte, permet également d’accentuer le sentiment de perdition dans lequel se trouve les trois protagonistes.

Si le thème et l’époque intéressaient les deux auteurs, pas question néanmoins pour eux de prendre position et de transformer ce premier tome (intitulé L’Appel) en brûlot accusateur vis-à-vis de la majorité des Français qui ne se sont pas impliqués corps et âmes dans la Résistance. « La plupart des gens pensaient avant tout à manger », admet Jean-Christophe Derrien. « Aujourd’hui c’est évidemment très facile de les critiquer ». L’objectif était donc plutôt de parler de tous ces résistants de la première heure « souvent jeunes et inconscients, parfois politisés, mais qui ne maîtrisaient certainement pas tout ». Un angle qui fait de Résistances une série prometteuse et complémentaire de l’excellente saga Il était une fois en France (Glénat).

Philippe Peter

Résistances, t. 1 : L’Appel, de Derrien et Plumail, éd. Le Lombard, 56p., 13,50 €

France-Soir, vendredi 23 juillet 2010

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