Agent spécial du fisc américain, Larry Max enquête sur des affaires de fraude et de corruption ultra-sensibles. Mais les démons de son passé ressurgissent parfois inopinément.

Beau gosse au sourire ravageur, Larry Max fait instantanément penser au héros amnésique de la saga XIII. Si il a toutes les caractéristiques d’un agent secret digne de ce nom, le personnage créé par le scénariste Stephen Desberg (Black Op, Empire USA ou encore Le Scorpion) évolue pourtant dans un univers a priori peu propice aux opérations secrètes et musclées. L’homme au cheveux blanc est en effet un agent de l’I.R.S. (Internal Revenue Service), l’équivalent du fisc aux États-Unis. A première vue, pas vraiment de quoi s’emballer. Sauf que, vous vous en doutez bien, Larry Max est un enquêteur un peu spécial.

Chargé de régler les dossiers les plus sensibles, il dispose de tous les moyens nécessaires pour accomplir sa mission. OPA, blanchiment d’argent sale, corruption, fraude fiscale et trafics de grande envergure sont le lot quotidien de cet incorruptible justicier de la haute finance. « Disposant de la double nationalité belge et américaine, mon père m’a conseillé, à mes 18 ans, de prendre contact avec l’I.R.S., même si je résidais à l’époque en Belgique », explique Stephen Desberg. « Tous les citoyens américains dépendent de l’I.R.S., même s’ils habitent à l’étranger. Et cette administration dispose effectivement d’une section d’agents spéciaux chargés de régler les affaires les plus complexes ».

Justicier anachronique

Dans la lignée de Largo Winch ou de Wayne Shelton, I.R.$ s’attaque « à la criminalité en col blanc ». « C’est une thématique qui m’intéresse depuis longtemps et qui est liée au sentiment d’impuissance que nous avons face au pouvoir des décideurs », raconte le scénariste qui précise toutefois que son travail n’est pas « militant ». Un sujet largement repris depuis par d’autres auteurs, avec plus ou moins de succès, mais toujours un fâcheux arrière-goût de réchauffé.

Le dernier album de la série, lancée en 1999, revient sur le passé du héros, fils d’un riche producteur de cinéma hollywoodien que rien ne destinait à devenir une sorte de redresseur de torts du monde de la finance. Dans Au nom du président, Larry Max revoie son ancienne compagne et retrouve par son entremise la trace des assassins de son père. « Il a un côté justicier un peu anachronique », avoue le dessinateur Bernard Vrancken (Le Sang noir). « Il me fait penser à John Wayne. C’est un homme de parole, de conviction et d’idéalisme ». Sa chevelure blanche (une idée soufflée par la compagne de Vrancken) en fait un personnage immédiatement identifiable dans l’univers de la bande dessinée mais lui apporte également une certaine maturité. « Et graphiquement ça rend bien ».

Le duo bruxellois a lancé l’année dernière un spin-off de leur création. Intitulé I.R.$ All Watcher, il s’intéresse à un mystérieux individu qui serait l’homme le plus riche et donc le plus puissant du monde. Reste à mettre un nom et un visage sur une ombre insaisissable. Le quatrième volume de cette série vient également de sortir en librairie. Si le dessin manque un peu de conviction sur les premières planches, l’intrigue reste palpitante et le suspense insoutenable.

Philippe Peter

France-Soir, samedi 10 juillet 2010

I.R.$, t.12 – Au nom du président, Vrancken et Desberg, éd. Le Lombard, 48 p., 10,95 €

I.R.$ All Watcher, t.4 – La spirale Mc Parnell, Mutti et Desberg, éd. Le Lombard, 48 p., 10,95 €

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