Les dessins de presse s’invitent à Rennes jusqu’au 9 janvier 2011 pour une exposition-événement sur l’art de la caricature et la liberté d’expression.

« La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas ». Cette maxime, qui figure sur la dernière page d’un célèbre hebdomadaire satirique français, aurait également pu servir à sous-titrer l’exposition Dessins de presse à la Une, qui se tient jusqu’au 9 janvier 2011 aux Champs libres, dans le centre-ville de Rennes (Ille-et-Vilaine). Réalisée sous l’égide de Plantu, qui se charge chaque jour d’illustrer la Une du quotidien Le Monde, et de l’association Cartooning for peace, elle vise à présenter au public les différentes facettes du métier de caricaturiste mais aussi et surtout de le sensibiliser sur les menaces qui le guette. « D’une manière globale, la liberté d’expression et d’opinion est menacée. C’est un combat de tous les jours », déplore Jean Plantu. « De nombreux caricaturistes se mettent en danger à travers le monde et sont physiquement menacés », précise-t-il ajoutant que « lorsqu’un dessinateur ou un chroniqueur est muselé, cela veut dire que les journalistes risquent également d’y passer ».

Les 120 dessins qui illustrent cette exposition abordent des thèmes aussi différents que la politique, la religion ou encore l’écologie. Ils ont été réalisés par une cinquantaine de caricaturistes provenant de trente pays différents. « Notre rôle est d’asticoter sans humilier en disant le plus dans le moins de place possible », insiste Plantu. Sans tombé dans l’alarmisme, il affirme néanmoins que « la liberté de ton est toute relative » en France.

Carte des tabous

Informer, dénoncer, interroger la société et permettre un meilleur dialogue entre les sociétés ; telles sont les missions des dessinateurs de presse qui, pour la plupart, ne se considèrent cependant pas comme des journalistes. Point d’orgue de l’exposition, la carte des tabous, qui rassemble plusieurs œuvres censurées dans leur pays d’origine du fait des thèmes trop « sensibles » qu’elles abordaient. « Je travaille très librement », assure le caricaturiste israélien Michel Kichka. « Il y a cependant des thèmes que nous n’abordons pas, comme le sexe, car cela relève d’une certaine pudeur liée à la tradition juive. D’une manière générale, tout ce qui touche au religieux est très chaud. On ne se moque pas de la religion hébraïque, mais on attaque pas plus le Coran ou les chrétiens ».

Ailleurs dans le monde, en Chine, en Iran ou encore en Russie, il peut parfois s’avérer très dangereux de provoquer le pouvoir central. Une expérience choquante qu’à vécu le dessinateur marocain Khalid Gueddar, condamné à quatre ans de prison avec sursis et 270.000 euros d’amende pour avoir osé représenter l’un des cousins du roi Mohammed VI sur fond de drapeau national. « On a longtemps cru que le nouveau roi allait mener le Maroc sur le voie du changement, de la modernité. Ce n’est pas le cas. La justice marocaine n’est toujours pas indépendante et la presse est constamment menacée », confie-t-il. Une situation qui, promet-il, ne l’empêchera pas d’exercer son métier.

Renseignements : www.leschampslibres.fr ; tarifs : 4 € (adultes) et 3 € (réduit) ; exposition accessible du mardi au dimanche de 12h à 19h (excepté le week-end à partir de 14h)

de notre envoyé spécial à Rennes, Philippe Peter

France-Soir, mardi 6 juillet 2010

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