Le coup d’envoi du festival Normandie Impressionniste sera officiellement donné demain. Durant trois mois, près de 200 évènements permettront au public, averti ou novice, de découvrir les innombrables facettes de ce mouvement artistique majeur du 19e siècle.

Monet, Boudin, Jongkind ou encore Pissarro. Ces noms figurent au panthéon des grands peintres qui ont marqué le 19e siècle. Massivement rejeté par la critique, le style de ces artistes visionnaires a pourtant mis plusieurs dizaines d’années à s’imposer. Difficile à croire tant l’impressionnisme est aujourd’hui considéré comme un mouvement pictural majeur. Une véritable transition entre la peinture dite académique et l’art moderne qui s’imposera au début du 20e siècle.

Cette petite révolution s’est déroulée en plein cœur de la campagne normande, bien loin des salons parisiens. Fière de cet héritage, la région aspirait donc depuis plusieurs années à fêter dignement ses meilleurs ambassadeurs. Un souhait enfin exaucé puisque le coup d’envoi du festival Normandie Impressionniste sera officiellement donné demain. Jusqu’en septembre, plus de 200 évènements seront organisés par des musées, des institutions ou encore des particuliers. Expositions, pièces de théâtre, concerts et ateliers accueilleront passionnés et curieux tout au long de l’été. « L’objectif de cet évènement est de souligner que l’impressionnisme est né en Normandie », explique Jacques-Sylvain Klein, commissaire général du festival. « Nous voulions revenir sur sa genèse, son évolution et l’héritage qu’il laisse aujourd’hui ».

Peintres anticonformistes

Si les livres d’histoire retiennent l’année 1863 – et une célèbre réunion au Salon des Refusés, à Paris – pour marquer la naissance de l’impressionnisme, cette révolution artistique s’est en réalité opérée progressivement, par petites touches. Faisant la part belle au « paysage en plein air », un sujet à l’époque anticonformiste au possible, les premiers peintres impressionnistes, inspirés par l’Anglais Turner ou le Français Courbet, ont installé leurs chevalets dans la campagne normande ou en bordure de la Manche, loin de la capitale et des contraintes imposées par l’Académie des Beaux-Arts. Séduits par une luminosité unique, certains ont élu domicile à Honfleur (Calvados), d’autres à Giverny (Eure) ou encore en plein cœur de la préfecture de Seine-Maritime où est fondée la fameuse école de Rouen.

Tous ces peintres ne sont évidemment pas passés à la postérité. L’inconscient collectif aura retenu Renoir, Manet ou encore Gauguin, oubliant quelque peu Pinchon, Cassatt, Degas et les autres qui ont pourtant eux aussi apporté leur pierre à l’édifice impressionniste mais qui n’ont étonnamment pas bénéficié du même prestige que leurs célèbres camarades. Une aura néanmoins toute relative puisque les peintres impressionnistes, déconsidérés dans leur pays d’origine, se sont par ailleurs largement exportés aux États-Unis ou au Japon d’où proviennent donc une grande partie des œuvres exposées dans le cadre du festival.

Renseignements : www.normandie-impressionniste.fr

Les temps forts du festival Normandie Impressionniste

Une ville pour l’impressionnisme : Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen, musée des Beaux-Arts de Rouen : exposition phare de ce festival, elle rassemble jusqu’au 26 septembre quelque 130 œuvres dont onze variantes de la série des cathédrales de Rouen peinte par Claude Monet au début des années 1890. La réalisation d’un tableau vivant géant, intitulé « Monet vu du ciel », devant le parvis de l’Hôtel de Ville donnera, samedi, le coup d’envoi officiel du festival.

L’impressionnisme au fil de la Seine : de Renoir et Monet à Matisse, musée des Impressionnismes de Giverny, jusqu’au 18 juillet : une exposition entièrement dédiée à l’histoire de l’impressionnisme, des précurseurs comme Corot, Jongkind ou Boudin aux post-impressionnistes tel Henri Matisse. Une salle présentera des œuvres ayant pour thème les grands ports sur la Seine et les différentes activités économiques qui y sont liées ; sujets qui ont beaucoup inspiré ces artistes anticonformistes.

L’estampe impressionniste. Trésor de la Bibliothèque nationale de France, musée des Beaux-Arts de Caen, jusqu’au 5 septembre : une exposition consacrée aux estampes réalisées par les artistes impressionnistes en marge de leur travaux de peinture. Près de 120 pièces, dont plusieurs matrices (qui servent à imprimer les œuvres), pour beaucoup inédites, sont rassemblées autour de cette thématique originale. Certaines œuvres signées Mary Cassatt ou Edgar Degas troublent par leur profondeur et leur esthétisme.

-La Fête de la Peinture, imaginée sur le modèle de celle de la musique, invitera novices et passionnés à sortir chevalets, pinceaux et palettes pour un grand moment de convivialité et de création artistique. Une manifestation organisée depuis six ans dans tout le département de l’Eure et qui compte bien profiter du festival Normandie Impressionniste pour attirer encore plus de curieux.

-Des « déjeuners sur l’herbe » seront organisés dans plusieurs dizaines de communes normandes tout au long de l’été. La nappe – un rouleau de 25 kilomètres de toile à carreaux rouges et blancs a été commandé pour l’occasion – sera fournie par les organisateurs du festival. Dans la même veine, des guinguettes impressionnistes reprendront vie le 14 juillet.

de notre envoyé spécial en Normandie, Philippe Peter

France-Soir, vendredi 4 juin 2010

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