Alors qu’un groupement de victimes des inondations vient de déposer plainte pour homicides involontaires, une marche silencieuse rendra aujourd’hui hommage aux 29 disparus de La-Faute-sur-Mer.

« On se moque de nous ! », s’insurge Evelyne Deregnaucourt, secrétaire adjointe de l’Association des victimes de La-Faute-sur-Mer et des environs (Avif). « Désormais ce que nous voulons c’est la vérité ». En Vendée, 29 personnes ont trouvé la mort lors du passage de la tempête Xynthia le 28 février 2010. Afin d’honorer leur mémoire, une marche silencieuse avait été organisée à La Faute-sur-Mer (Vendée) le 15 mai dernier. Une banderole portant le nom et l’âge des victimes avait ensuite été installée au rond-point fleuri, situé à l’entrée du bourg. « Pour ne pas les oublier ». Cinq jours plus tard, celle-ci a pourtant été décrochée par les services communaux, sans raison apparente. « La mairie nous a dit qu’un sinistré n’était pas d’accord avec cette démarche, sans nous donner plus de précisions », raconte Evelyne Deregnaucourt. « C’est une réaction compréhensible et nous aurions donc aimé en discuter avec lui, mais on nous a dit que c’était impossible ». Scandalisée par cette décision, l’Avif a affirmé qu’elle n’accepterait pas que la municipalité tente de « faire oublier le drame ». Plusieurs de ses membres se rassembleront donc une nouvelle fois aujourd’hui, à 15 heures, pour une marche du Pavillon des Dunes jusqu’au rond-point fleuri où la banderole proscrite sera remise à sa place.

Au-delà de cette manifestation symbolique, les victimes des inondations, minées par la gestion désastreuse des fameuses « zones noires » – maladroitement rebaptisées depuis « zones de solidarité » – exigent des réponses. L’Avif, de même que 41 sinistrés à titre individuel, viennent donc de porter plainte pour homicides involontaires, mise en danger d’autrui, abstention de combattre un sinistre et prise illégale d’intérêt. « Beaucoup de gens étaient au courant que cela n’allait juste être un coup de vent, mais personne n’a réagi à temps », explique Evelyne Deregnaucourt. « Si on nous avait prévenu que nous étions potentiellement en danger, nous serions certainement partis. Ma voisine est décédée ce jour-là et je ne pardonnerai jamais ». Seul réconfort : les conclusions de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la tempête Xynthia qui a jugée « absurde » le zonage établi après la catastrophe. A La-Faute-sur-Mer, 674 maisons sont condamnées. « Si on détruit nos maisons, il faut en faire de même sur l’ensemble du littoral français ». Pas sûr que cette hypothèse radicale soit un jour étudiée.

Philippe Peter

France-Soir, samedi 29 mai 2010

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