Apaisées depuis une vingtaine d’années et le drame de la prise d’otages de la grotte d’Ouvéa en mai 1988 (21 morts, dont 19 kanaks), les tensions entre militants indépendantistes kanaks et partisans d’une Nouvelle-Calédonie française sont néanmoins toujours palpables. Pour preuve ce fait divers qui a récemment agité la municipalité autonomiste de Koné, chef-lieu de la Province Nord. Début mai, une grande sculpture en bois représentant un guerrier kanak avait été installée sur le monument aux morts de la commune. Elle devait temporairement remplacer celle d’un poilu de la Première guerre mondiale qui avait besoin d’une sérieuse restauration après avoir été détériorée. La mairie avait opté pour cette solution, signe de concorde entre les communautés kanak et caldoche – terme local qui désigne la population blanche d’origine européenne née sur l’archipel et aujourd’hui largement métissée – afin que les commémorations du 8 mai ne se déroulent pas au pied d’un monument vide. « Cette sculpture veut montrer le guerrier kanak qui a aussi été appelé au front. Elle représente également les anciens combattants », avait à l’époque expliqué Robert Moto, adjoint au maire en charge des travaux. Une démarche qui n’a pas plu à un groupe de vandales, vraisemblablement loyalistes, puisque la statue a été peinte en bleu, blanc et rouge en milieu de semaine dernière. « C’est malheureux de voir encore de telles réactions d’exclusion, surtout vis-à-vis de la mémoire de nos morts », a déclaré Charles Pidjot, président de l’Union Calédonienne, composante politique du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste). En réponse à cette provocation, un habitant a accroché un drapeau indépendantiste à la statue du guerrier qui a depuis été retirée de son socle pour être à son tour nettoyée. La municipalité de Koné envisage aujourd’hui de déplacer son monument sur un autre site qui permettrait de faire cohabiter les deux sculptures.

Ph. P.

France-Soir, lundi 17 mai 2010

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