Le gouvernement vient d’attribuer l’exploitation du futur réacteur nucléaire EPR de Penly à EDF. Un projet contesté par de nombreux écologistes.

La partie était pratiquement gagnée d’avance. Mardi soir, Henri Proglio, PDG d’EDF, a mis un terme au suspense apparent en annonçant que le gouvernement avait décidé d’attribuer au groupe public l’exploitation du deuxième réacteur nucléaire de type EPR qui doit être construit à Penly (Seine-Maritime). « Ce sera sous forme d’une société dans laquelle d’autres opérateurs seront partenaires financiers mais qui sera sous gestion EDF », a-t-il expliqué au cours de l’assemblée générale des actionnaires de l’entreprise, estimant que « les pouvoirs publics ont décidé que le plus compétent devait être utilisé ». Le réacteur ne sera néanmoins pas la propriété d’EDF qui n’en possèdera que 50% plus une action. Une société regroupant GDF-Suez et Total détiendra 33% du capital, l’italien Enel et l’allemand Eon se partageant les 17% restants.

Une décision très bien accueillie du côté de Saint-Martin-en-Campagne, commune limitrophe de Penly. « Je suis ravie que l’exploitation de l’EPR revienne à EDF », assure Bernard Defoy, maire de ce bourg d’un peu plus de 1.000 habitants. « Cette installation sera bénéfique pour nous car elle créera directement et indirectement de l’emploi », poursuit l’élu qui ajoute que son homologue de Penly, Jean-Pierre Cacheux, attendait cette nouvelle centrale depuis plusieurs années. « Nous n’avons jamais eu de problème avec la première (mise en service en 1990, ndlr), nous étions donc favorables à l’EPR ».

Du côté de « Stop à l’EPR ni à Penly ni ailleurs », on parle de demie-victoire. « Nous sommes contre le nucléaire, cette décision est donc un échec », avoue Alain Corréa, porte-parole du mouvement. « Nous préférons néanmoins que cette installation soit gérée par un groupe public plutôt que par le secteur privé ». Si le collectif écologiste a choisi de prendre part au débat public organisé sur le sujet, il estime toutefois « qu’aucune réponse ne lui a été donnée » et que sa présence a surtout servi « à valider le débat démocratique autour de la question de l’EPR ». Une position bâtarde et critiquée par certains militants. Une trentaine d’entre-eux ont donc exprimé, mardi soir, leur désaccord avec le projet, provoquant l’annulation d’un réunion publique prévue à ce sujet.

La construction de ce réacteur de troisième génération, d’un coût estimé à quatre milliards d’euros, pourrait commencer en 2012 pour un couplage au réseau en 2017.

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 20 mai 2010

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