Sinistré lors de la crue du Rhône de 1993, Guy Marigot n’a toujours pas été indemnisé par l’État. Il menace aujourd’hui d’entamer une grève de la faim.

Guy Marigot est un homme en colère. Lui et trois autres agriculteurs d’Arles (Bouches-du-Rhône), victimes des inondations inhérentes aux crues du Rhône de 1993 et 1994, n’ont en effet toujours pas été indemnisés par l’État. « La coupe est pleine, cela fait 17 ans que j’attends », fulmine cet apiculteur de 56 ans qui, depuis le sinistre, s’est également tourné vers l’arboriculture et le maraîchage. Seule solution pour s’en sortir.

Dans la nuit du 12 au 13 octobre 1993, des digues protégeant la Camargue cède sous la pression des eaux. Dix kilomètres plus bas, le mas de la Ruche subit l’inondation de plein fouet. « Il y avait plus de 80 cm d’eau dans mon exploitation. Et encore, j’ai plutôt eu de la chance car j’ai évité la deuxième crue de janvier 1994 », se souvient Guy Marigot. L’instruction traîne en longueur, mais, en 2005, l’association syndicale des Chaussées de Camargue, chargée par l’État de l’entretien des digues du Rhône, est finalement condamnée par le tribunal administratif de Marseille à verser 280.000 euros de dommages et intérêts aux quatre agriculteurs sinistrés. « Mais l’État n’a pas été reconnu coupable » et n’a, selon l’arrêt du tribunal, pas commis de « faute lourde ». Un jugement confirmé en appel trois ans plus tard.

« Le problème est que je n’ai jamais rien reçu », poursuit Guy Marigot. L’association syndicale a en effet été dissoute en 1996 alors même que l’instruction était en cours. « L’État a organisé l’insolvabilité des Chaussées de Camargue », se déchargeant ainsi de ses dettes. Comble de la situation, la trésorerie d’Arles a bloqué le compte bancaire de l’apiculteur car il ne pouvait plus payer sa taxe foncière. « Il y en a pour 1.600 euros alors qu’on me doit, depuis 17 ans, 61.739 euros et même 90.000 euros en comptant les intérêts ». Du coup, l’agriculteur a saisi le médiateur de la République, une décision que Pierre Castoldi, sous-préfet d’Arles, juge « pleinement justifiée », même s’il avoue que « l’affaire paraît extrêmement compliquée, voire inextricable sur le plan juridique ».

« L’État traite le droit français par dessus la jambe », s’insurge Guy Marigot, « mais je suis très déterminé ». Si le dossier n’avance pas d’ici la fin du mois de mai, il est bien décidé à entamer une grève de la faim. « Je demande simplement que l’on me donne ce que l’on me doit ».

Philippe Peter

France-Soir, mercredi 12 mai 2010

Publicités