Durement secoués par les débats récents sur l’arrêt de la pêche au thon rouge, les thoniers sétois vont malgré tout reprendre la mer pour une campagne réduite à un mois seulement.

Les thoniers senneurs (la pêche à la senne consiste à capturer le poisson à la surface de l’eau en l’encerclant à l’aide d’un filet équipé de flotteurs) ont eu très chaud. Si la proposition visant à interdire purement et simplement le commerce du thon rouge n’a finalement pas été adoptée lors de la conférence de la CITES (Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées), en mars dernier, à Doha (Qatar), cette activité est toujours en sursis. Avec des quotas de pêche revus à la baisse, une campagne réduite à un mois seulement (contre deux auparavant) et des pressions constantes de la part des organisations écologistes, les marins basés à Sète (Hérault), le premier port français pour le thon rouge, s’apprêtent à reprendre la mer, le 15 mai, dans un climat on ne peut plus morose. Bon nombre d’entre eux ont d’ailleurs décidé de jeter l’éponge et de vendre leur navire. Les autres se dirigeront dans quelques jours vers les Baléares, Chypre ou encore Malte. Sans grande conviction, et pour cause.

Multiplications des contraintes

Toujours autorisée, la pêche au thon rouge est en effet désormais plus encadrée que jamais. Les quotas mondiaux ont été ramenés de 22.000 tonnes en 2009 à 13.500 cette année. Du côté français, les quantités autorisées sont passées de 3.017 à 2.000 tonnes. Pas de quoi réjouir les thoniers senneurs sétois. « On va au casse-pipe, car on n’est pas dans la saison », fulmine Raphaël Scanapiecco. « Les gros poissons, c’est de juin à juillet », assure-t-il. Sans compter les risques de mauvais temps et autres pannes en tous genre.

Du fait de la multiplication des contraintes, seuls 17 bateaux prendront la mer à la fin de la semaine, contre 28 l’année dernière et 36 en 2008. Beaucoup de patron de pêche ne voient plus d’avenir pour leur activité et ont préféré se retirer pendant qu’il en est encore temps. Coupables désignés de toutes ces déconvenues, les écologistes, qui estiment que le thon rouge est menacé, sont évidemment montrés du doigt. Reste que leur intervention, dont la conséquence directe est l’établissement des nouveaux quotas, permettra peut-être de reconstituer les stocks dont les niveaux sont aujourd’hui très bas. Et d’assurer ainsi la pérennité de l’activité des derniers thoniers senneurs méditerranéen.

Ph. P.

France-Soir, lundi 10 mai 2010

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