Jusqu’au 26 avril, France-Soir dresse le palmarès des grandes villes de France où il fait bon vivre. Aujourd’hui, Marseille, classée neuvième, mais qui entend corriger son image.

Deuxième ville de l’Hexagone derrière son éternelle rivale parisienne, Marseille ne se classe pourtant que neuvième de notre sondage sur les grandes villes françaises où il fait bon vivre. Rendue célèbre par le cinéma de Marcel Pagnol et son légendaire club de football en passe de remporter le championnat de Ligue 1 pour la première fois depuis 1992, ce port fondé en 600 av./J.C. par des marins grecs originaires de Phocée (aujourd’hui Foça, en Turquie) semble en effet escorté des mêmes reproches. Sale, relativement dangereuse, pauvre : la préfecture des Bouches-du-Rhône est souvent comparée à Naples, y compris par certains de ses habitants que nous avons rencontrés.

Comme nous l’a avoué son maire lui-même, « Marseille est une ville pauvre ». Terre d’accueil, la ville a en effet vu passer plusieurs vagues d’immigration venues y chercher l’Eldorado. Italiens et Grecs à partir de la fin du 19e siècle, Maghrébins dans l’entre-deux-guerres et, plus récemment, travailleurs d’Afrique sub-saharienne ou des Comores. La cité phocéenne a également joué le rôle de refuge pour les minorités persécutées ou les réfugiés politiques du pourtour méditerranéen. Ainsi, de nombreux Arméniens, Russes blancs, Républicains espagnols ou encore Pieds-Noirs s’y sont-ils installés.

Cosmopolite, la cité phocéenne a conservé son caractère populaire et s’est forgée une très forte identité. « On ne devient pas Marseillais, on nait Marseillais , nous confie ainsi Amel, 19 ans, rencontrée sur le cours Julien. Ce qui n’empêche pas que l’on accepte tout le monde. Ici, on est tous voisins ». Pas étonnant donc que la ville soit plébiscitée dans notre sondage pour sa convivialité (4e). Une qualité par ailleurs renforcée par un climat (3e) on ne peut plus favorable, hormis les jours de fort mistral.

Côté tourisme, Marseille se porte de mieux en mieux, ce qui lui permet de compenser un dynamisme économique jugé très faible par notre sondage (9e). Si la ville peut paraître peu engageante au premier abord, notamment du fait de son urbanisation très dense et pas toujours très heureuse (qui lui vaut d’ailleurs une décevante huitième place dans cette catégorie), sa vraie richesse est ailleurs, cachée au creux des ruelles étroites du Panier, de Noailles ou de Saint-Victor.

« C’est là que bat le cœur de Marseille », insiste Richard, 52 ans. Alors bien sûr, les ordures ont parfois tendance à s’accumuler et certains recoins du centre, très animés en journée, sont à éviter le soir venu. On a d’ailleurs le sentiment que les quartiers modestes sont désertés par les forces de l’ordre, ce que nous confirme Amel. « Le problème, ce ne sont pas les petites crapules, mais les gros bandits », affirme-t-elle. Et son amie Asmae d’ajouter qu’« il y a de plus en plus de policiers, mais j’ai l’impression qu’ils ne font rien ».

Plus positif, le grand intérêt touristique des environs de Marseille qui n’a pas échappé aux personnes interrogés dans notre sondage. Les calanques (de l’Estaque à Cassis), Aix-en-Provence et la montagne Sainte-Victoire ou encore la Camargue et ses flamands roses lui permettent ainsi de décrocher une honorable cinquième place.

Si Marseille n’occupe qu’une décevante neuvième place dans notre classement des villes françaises, les efforts consentis dans le domaine économique, culturel (en prévision de Marseille-Provence 2013) ou encore des transports devraient lui permettre de redorer son blason dans les années à venir.

Philippe Peter (envoyé spécial à Marseille)

« Une qualité de vie extraordinaire »

Élu à la mairie de Marseille en 1995, Jean-Claude Gaudin y succède à Robert Vigouroux (DVG). Cet ancien professeur d’histoire et de géographie est également sénateur (UMP) des Bouches-du-Rhône depuis 1998, après un premier mandat entre 1989 et 1995. Il réagit aux résultats de notre sondage.

France-Soir Marseille occupe la neuvième place de notre classement. Que vous inspire ce résultat ?

Jean-Claude Gaudin Une profonde injustice. Depuis plusieurs années, Marseille se transforme de manière radicale. Les gens y sont globalement très heureux et la ville bénéficie d’une qualité de vie extraordinaire. Je ne comprend pas pourquoi le sondage nous place si loin.

F.-S. L’un des points faibles de Marseille est son manque de dynamisme économique.

J.-C. G. Marseille est une ville pauvre. La richesse se trouve au-delà des collines qui l’entourent, du côté de l’étang de Berre. Je tiens néanmoins à rappeler que le chômage est passé de 21 à 12,5 % en quinze ans et qu’il n’y a pas eu de délocalisations d’entreprises. Bien sûr, Marseille est une ville désindustrialisée, mais nous nous rattrapons avec le tourisme. Le boom dans ce domaine a été spectaculaire ces dernières années. Pour exemple, le nombre de croisiéristes est passé de 20.000 en 1995 à 630.000 l’année dernière. C’est une énorme progression !

F.-S. La sécurité est aussi pointée du doigt.

J.-C. G. Nous sommes dans une grande ville, un port. Il y a des problèmes mais nous essayons de les régler notamment par l’installation de caméras pour observer les voyous. Mais il y a encore des progrès à faire, alors si le gouvernement pouvait nous donner quelques forces de police supplémentaires, cela ne serait pas de refus.

F.-S. Du côté de la culture et des loisirs, la cité phocéenne occupe une honorable quatrième place. De bonne augure pour Marseille-Provence 2013 ?

J.C. G. Je tiens tout d’abord à dire que notre projet a été choisi parmi de nombreuses villes concurrentes, comme Lyon ou Strasbourg. Le jury nous a d’ailleurs désigné quasiment à l’unanimité et a bien pris en compte le fait que Marseille avait une forte potentialité culturelle. Nous avons un opéra, un ballet, 45 scènes de théâtre, la Friche de la Belle de Mai, sans parler des chanteurs de rap comme IAM et tous ceux des secteurs Nord. Nous donnons carte blanche à l’ensemble du monde culturel. Nous faisons d’énormes efforts pour préparer cet évènement avec la réhabilitation, sur le port, du silo qui deviendra bientôt une « Olympia sur Mer » ou encore l’inauguration prochaine de Mémorial de la Marseillaise.

Propos recueillis par Ph. P.

La convivialité, un art de vivre

Impossible de savoir si le climat y est pour quelque chose mais, en tout cas, les Marseillais semblent toujours avoir le sourire aux lèvres. On discute, on donne un coup de main, on boit un verre, on prend le temps de vivre.

Passé le cours Belsunce, nous pénétrons dans le populaire quartier de Noailles et son marché grouillant de monde. Un lieu d’échanges et de convivialité autour duquel s’organise une bonne partie de la vie locale. Plus loin, dans la rue d’Aubagne, se dresse L’univers alimentaire, l’échoppe d’Ali qui vend essentiellement des épices et des fruits secs. Dans une atmosphère envoûtante de curcuma, de muscade ou encore de cannelle, Diabaté s’occupe des nombreux clients qui viennent faire leurs provisions dans la boutique. « Ici, les gens sont accueillants, ça se mélange beaucoup », indique le jeune homme qui assure se sentir bien à Marseille même si « ce n’est pas tous les jours facile ».

Quelques centaines de mètres plus haut, à côté du Palais des Arts, les membres du club de pétanque Boule Carli se livrent paisiblement à leur passion à l’ombre des arbres. Amreche, 72 ans, nous explique qu’il joue habituellement avec les membres de l’association mais « aussi avec des jeunes, à partir de 17h30, quand ils sortent de l’école ». Derrière l’image d’Épinal se cache un véritable art de vivre, une institution.

Nous achevons notre balade par le quartier de Notre-Dame-du-Mont et son très animé Cours Julien. Dominant le centre historique, cette grande place ombragée entourée de bars et de restaurants est le rendez-vous des classes moyennes. Les habitants des environs viennent s’y retrouver autour d’une bière pendant que leurs enfants s’ébattent autour du bassin central. On y croise des connaissances et puis les autres, les nouveaux venus ou les touristes qui y font une halte avant de redescendre vers l’agitation du Vieux-Port.

Ph. P.

La culture, un nouvel atout

Le compte à rebours a commencé. Il reste désormais moins de trois ans à la cité phocéenne pour achever l’ensemble des aménagements prévus dans le cadre du projet Marseille-Provence 2013. Cette année-là, elle partagera avec la ville slovaque de Košice le prestigieux titre de capitale européenne de la culture.

Onze projets parmi lesquels le Silo, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ou encore la Cité des arts de la rue seront ainsi inaugurés dans les mois à venir. Ils viendront renforcer un secteur culturel en plein essor, mais encore incomplet. Ainsi, la ville compte déjà un opéra au rayonnement régional, une très forte implantation théâtrale et le deuxième pôle cinématographique de l’Hexagone. Pourtant, « il n’y a pas grand chose à faire ici », juge Asmae, 19 ans. « Tous les grands évènements culturels se passent à Paris », estime quant à lui Salif, qui réside dans le 14e arrondissement.

Une scène musicale trop concentrée sur le hip-hop, l’absence de mise en valeur des arts plastiques et contemporains, une muséographie souvent vieillotte : autant de handicaps qui devraient progressivement être compensés pour permettre à Marseille de consolider son rang fraîchement acquis de métropole culturelle européenne et méditerranéenne.

Ph. P.

Les dix villes où il fait bon vivre en France

France-Soir, vendredi 23 avril 2010

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