Alors que la surmortalité des naissains prend des proportions dramatiques, entre 200 et 300 ostréiculteurs, principalement bretons, ont manifesté aujourd’hui à Paris.

« La coupe est pleine, nous en avons marre de cette indifférence générale », s’indigne Renan Henry, président du Comité de survie de l’ostréiculture (CSO). « Les politiques nous ignorent, l’Ifremer se fout de nous » alors que l’ostréiculture française se meurt inexorablement. Tout un symbole pour un pays dont la gastronomie s’était faite le chantre d’une huître saine et vivifiante. Comme dans un dernier sursaut, entre 200 et 300 professionnels, essentiellement bretons, ont convergé vers Paris hier à l’appel du CSO – qui regroupe une centaine de producteurs du sud de la Bretagne – afin d’alerter les pouvoirs publics sur leur situation devenue catastrophique.

A partir de 7 heures, ils ont bloqué l’avenue Foch, mettant le feu à un canot rempli de coquilles d’huîtres et de bottes en plastique, puis le pont de l’Alma. Le cortège s’est ensuite dirigé vers le ministère de l’Agriculture où une délégation d’ostréiculteurs a été reçue par Bruno Le Maire. Ce dernier a annoncé la tenue en juin d’assises de la conchyliculture dont l’objectif sera de « fixer les axes d’avenir pour cette filière ».

La cause de tous ces malheurs ? « Depuis l’été 2008, un agent pathogène tue les naissains », explique Renan Henry, lui-même ostréiculteur à Saint-Philibert (Morbihan). « Il faut trois ans pour faire une huître et nos stocks ont donc très fortement baissé », précise-t-il indiquant par ailleurs que plusieurs producteurs n’auront plus de marchandise pour satisfaire la forte demande au moment des fêtes de fin d’année. Il faut dire que la surmortalité a atteint 80 à 100 % sur certains lots d’huîtres creuses.

Un quart des exploitations menacées

Et les déboires des 4.800 entreprises conchylicoles françaises ne semblent pas prêts de s’achever puisqu’après deux années calamiteuses, une nouvelle vague de surmortalité frappe à nouveau depuis quelques semaines les naissains des producteurs installés en Corse et autour des étangs de Thau (Hérault) et de Leucate (Aude). A court terme, un quart des exploitations sont menacées. « Dès que la température de l’eau atteint 16°, l’agent pathogène commence à faire des ravages. Le bassin d’Arcachon et la Charente-Maritime seront bientôt également touchés », assure Renan Henry. Une hécatombe qui s’ajoutera « à la crise économique, à Xynthia, aux vagues de pollutions » et qui pourrait entraîner la suppression de 50 % des emplois permanents et de 80 % des postes saisonniers dans le secteur cette année.

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 6 mai 2010

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