Donet-mat e Naoned ! La ville de Nantes vous souhaite la bienvenue en breton. Si la cinquième ville de notre classement est aujourd’hui séparée de la Bretagne, elle a néanmoins conservé sa fière âme celtique. Discrète, parfois oubliée, Nantes est surtout connu pour ses petits beurres, ses défunts chantiers navals et ses Canaris qui ont, un temps, régné sur le championnat de France de football. Elle cache pourtant bien d’autres richesses.

Comme le rappelle Jacky, un retraité de 62 ans qui flâne dans les allées du jardin japonais de l’île de Versailles, « Nantes est une ville située entre terre et mer ». Une dualité qui participe grandement à la qualité de son environnement, catégorie dans laquelle la ville fait la course en tête selon notre sondage. Il faut dire qu’elle peut compter sur un très grand nombre d’espaces verts et de cours d’eau. De plus, Nantes est la première ville française a avoir réintroduit le tramway (en 1985) et elle dispose également d’un réseau de vélos en libre-service.

Outre ce côté écolo, Nantes est réputée pour être une ville sûre. « C’est tranquille ici. Et puis il y a beaucoup de policiers, presque trop d’ailleurs », indique Thibaut, 25 ans, rencontré rue du Calvaire. Les ruelles du centre-ville sont plutôt calmes, y compris le soir. Autre secteur dans lequel Nantes est en tête, selon les Français que nous avons interrogés : le coût de la vie. Un point de vue plus contesté par les Nantais, qui s’accordent à dire qu’ils vivent dans une ville « bourgeoise » et donc relativement chère.

La proximité de Nantes avec l’eau et la mer rend son climat très doux. « Il y a toujours une petite brise », avoue Nicolas, 32 ans, rencontré sur les bords de l’Erdre. « Il ne fait jamais trop froid en hiver et la chaleur n’est pas étouffante en été ». Un équilibre qui n’a visiblement pas séduit les sondés: Nantes est 6e pour le climat, loin derrière le soleil des villes du sud de la France. Plus étonnant, l’avant-dernier rang qu’occupe l’ancienne capitale des ducs de Bretagne en ce qui concerne son intérêt touristique, la richesse de son architecture et son offre en matière de culture et de loisirs. « Ça m’étonne beaucoup ! », s’exclame Adeline, 22 ans, entre deux bouffées de cigarette. « Il y a pourtant pas mal de choses à faire. Il y a des concerts, des pièces de théâtre, des musées. Et puis la mer n’est pas loin ! ». On ne peut pas qualifier Nantes de splendeur, mais elle n’en est pas laide pour autant. Sérieusement endommagés durant la Seconde guerre mondiale, de nombreux quartiers du centre historique ont été reconstruits à l’identique. L’ancienne ville marchande et bourgeoise a donc petit à petit retrouvé sa superbe et, à part l’hideuse tour Bretagne, les monstrueuses constructions en béton qui défigurent le centre-ville de certaines métropoles françaises ont été évitées.

Un point sur lequel s’accordent les sondés et les Nantais : le manque de dynamisme en matière économique et d’emploi (7e rang seulement). « Après la fermeture des chantiers navals, la crise a durement frappée la ville , se souvient Gérard, 49 ans. Mais on s’en remet petit à petit ». Thibaut se refuse quant à lui à migrer vers Paris pour exercer son métier. « On peut trouver du travail ici. C’est plus compliqué, mais c’est possible. Et la qualité de vie est incomparable ! ». La présence de nombreux étudiants rend en effet la ville très animée, notamment le soir dans le quartier du Bouffay. « Il y a beaucoup de bars, de terrasses et de restaurants. Et les gens sont plus aimables qu’à Paris ! », insiste Gwenaelle, 18 ans, qui vivait il y a quelques mois encore en banlieue parisienne. Une convivialité certaine qui permet notamment à Nantes de se hisser à une belle 5 ème place des villes françaises où il fait bon vivre.

Philippe Peter (envoyé spécial à Nantes)

Un petit coin secret de paradis sauvage

La Moutonnière, la Noë Mitrie ou encore le Procé. Nantes compte un très grand nombre de parcs et de jardins disséminés aux quatre coins de la ville. « Environ 1.000 hectares sur les 6.000 que compte le territoire communal sont constitués de verdure », indique Romaric Perrocheau, directeur du Jardin des plantes.

Ce chiffre conséquent cache pourtant un trésor bien plus précieux. Entre la gare et le quartier de Malakoff s’étale sur 18 hectares une prairie humide baptisée la Petite Amazonie. Cet espace naturel situé en zone urbaine est unique en France et a été inscrit dans le périmètre européen Natura 2000 qui a pour but de protéger la biodiversité des milieux.

Fermé au public par de discrètes portes en bois, ce site n’accueille chaque année que 500 personnes sur visites guidées. Le but étant de « limiter au maximum l’impact de l’homme » sur cet ensemble insolite de prairies et de marécages.

Chaussés de bottes en caoutchouc, nous avançons lentement le long de champs inondés où vivent habituellement trois vaches highland – race d’origine écossaise – parfaitement adaptées au terrain marécageux. « Nos bovins ne pourraient pas vivre ici car ils s’enfonceraient dans la boue », explique Romaric Perrocheau. Soudain, le sentier débouche sur une succession de mares formées par d’anciens cratères de bombes datant de la Deuxième Guerre mondiale. Au fur et à mesure, ce qui devait initialement n’être qu’une promenade se métamorphose en véritable expédition. La végétation se resserre, les lierres et les ronces se font plus pressants. La jungle nantaise porte décidément bien son nom.

Le trajet retour se révèle délicat. Dans un étrange réseau de boyaux inondés qui fait penser aux bayous de Louisiane, l’eau qui submerge le chemin atteint encore par endroit près de 50 cm. Un paradis pour les dizaines d’espèces d’oiseaux qui peuplent cet espace sauvage. Un parcours du combattant pour ceux qui tentent péniblement de le traverser et parviennent finalement à s’en extraire.

Ph. P.

La vie bon marché, un mirage?

Nantes, pas chère ? Pas si évident que cela. Bien entendu, le coût de la vie y est incontestablement moins élevé qu’à Paris, Aix-en-Provence ou encore Bordeaux, mais les flâneurs du passage Pommeraye ne s’y laissent pas surprendre.

« Il ne faut pas oublier que Nantes a toujours été une ville bourgeoise », explique ainsi Laurent, 39 ans, croisé devant un magasin de bandes dessinées de cette célèbre rue commerçante. « Il y a beaucoup de boutiques chic et les prix affichés ne sont pas spécialement bas . » Même constat au comptoir des bars et aux tables des restaurants du centre-ville. Thibaut, notre guide rencontré rue du Calvaire, nous mène dans le quartier du Bouffay, où les tarifs pratiqués par les débits de boissons sont plus attractifs. « Il faut connaître les bons quartiers, précise-t-il. C’est comme pour l’immobilier. Les appartements ne sont pas trop chers sur l’Ile de Nantes, dans le Bouffay ou le long des grandes avenues. Ailleurs, les prix grimpent très vite ! » Côté transport, si le ticket à l’unité nous semble assez onéreux (1,50 €), le pass 24 heures (4 €) est par contre particulièrement compétitif.

Ph. P.

Dossier sur les dix grandes villes françaises où il fait bon vivre

France-Soir, lundi 19 avril 2010

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