Un collectif demandant à ce que les rues portant des noms de négriers soient débaptisées va symboliquement renommer, demain, certaines artères bordelaises avec les patronymes d’abolitionnistes célèbres.

Traverser un « boulevard Pétain » ou emprunter une « rue Laval » ? Inimaginable, tant la France a cherché à effacer de sa mémoire les noms de ces deux responsables vichystes. Une démarche légitime qui ne semble pourtant pas s’appliquer automatiquement à tous ceux qui, par leurs actes, ont déshonoré leur pays. Dans un autre registre, plusieurs rues bordelaises ou nantaises portent ainsi encore les noms de négriers locaux qui ont enrichi la ville à la grande époque du commerce triangulaire. Une situation jugée intolérable par plusieurs associations qui demandent à ce que ces artères soient débaptisées.

Devant la passivité des différentes municipalités concernées, le collectif Débaptisons les rues de négriers, lancé en août dernier, se réunit aujourd’hui à 14 heures, place de la Victoire à Bordeaux pour sa première action publique. Objectif : sensibiliser l’opinion à ce problème d’éthique, raviver le souvenir de la traite et, de manière plus symbolique, apposer des autocollants portant le nom d’abolitionnistes célèbres sur les plaques de rues incriminées. Une démarche non-violente qui n’est pas vraiment du goût de la municipalité girondine. Selon un proche du maire (UMP) de la ville, Alain Juppé, celui-ci n’est pas favorable à cette lesure de suppression la suppression car « il ne souhaite pas monter les Bordelais les uns contre les autres ». Il estime également que « les descendants de négriers ne sont pas responsables des actes de leurs ancêtres ». Du côté de Nantes (Loire-Atlantique), Jean-Marc Ayrault envisage la pose de plaques explicatives. Mais pas question pour l’édile socialiste de changer les noms de rues.

Définitivement interdite en France au début du 19e siècle, la traite négrière a, durant plus de 300 ans, fait la fortune de centaines de familles aristocratiques et bourgeoises des grands ports de Nantes, Bordeaux, La Rochelle ou encore du Havre. Un passé trop souvent oublié qui ressurgit parfois au gré d’actions de sensibilisation.

Philippe Peter

France-Soir, mercredi 7 avril 2010

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