Récompensé lors du dernier festival d’Angoulême pour Paul à Québec, Michel Rabagliati investit le Centre culturel canadien jusqu’au 29 avril pour une exposition de planches originales à découvrir d’urgence.

« Cela a été une surprise totale », avoue Michel Rabagliati en évoquant le Fauve qu’il a décroché il y a quelques semaines pour son dernier album. Lors du 37ème festival d’Angoulême, Paul à Québec s’est en effet vu décerner le prix du public. Une consécration pour ce graphiste québécois, admirateur de Franquin, qui n’a fait de la bande dessinée sa profession qu’à partir de la fin des années 90. Profitant de l’occasion, le Centre culturel canadien organise jusqu’au 29 avril une exposition exceptionnelle de planches originales du sixième tome des aventures de Paul. Michel Rabagliati sera également en tournée jusqu’en milieu de semaine prochaine dans plusieurs Fnac de France. Et avec le sourire car il « aime les séances de dédicaces surtout quand [son] stand n’est pas vide ! ».

Un album autobiographique

Paul à Québec est un album à part. Contrairement à ses cinq grands frères, il place sur le devant de la scène la belle-famille de notre héros qui, de son côté, se consacre pleinement à son rôle de narrateur. Différent également par son ambiance qui n’est pas franchement au beau fixe puisque le beau-père de Paul est gravement malade. Atteint d’un cancer incurable, il sait qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre. Impossible de ne pas faire le lien avec Les Invasions barbares, la suite poignante du Déclin de l’empire américain, deux films réalisés par Denys Arcand, Québécois lui-aussi. Michel Rabagliati raconte cette épreuve douloureuse sans voyeurisme ni dramatisme malvenu. Une histoire en grande partie autobiographique, comme dans les albums précédents. Car derrière Paul, un jeune homme simple et ordinaire, se cache en fait Michel. Modeste. Humble. Entier.

Vive le Québec libre !

Le dessin en noir et blanc est sobre, presque enfantin, mais l’encrage particulièrement soigné fait parfaitement ressortir une infinité de détails que cache ce trait en apparence dépouillé. Une bande dessinée qui s’inscrit dans la lignée des productions des maisons d’éditions indépendantes telles que L’Association ou encore Futuropolis. A la différence près qu’elle nous arrive tout droit du Québec, dont la production dans ce domaine n’est pas encore très connue de ce côté de l’Atlantique.
Pour l’anecdote, les cinq premiers albums de la série Paul ont été traduits en anglais afin d’être diffusés sur l’ensemble du territoire canadien. Paul à Québec, qui aborde à plusieurs reprises la thématique de l’indépendance plusieurs fois envisagée mais jamais concrétisée de cette province francophone, n’a pas encore eu ce privilège. Retard ou blocage politico-culturel de la part des compatriotes anglophones de Michel Rabagliati ? « Je ne sais pas pourquoi cela ne s’est pas encore fait, mais j’espère que la situation va rapidement évoluer. Je n’adhère pas vraiment à cette hypothèse ! », nous a-t-il confié lors du vernissage de l’exposition. Alors, vive le Québec libre ?

Paul à Québec, Michel Rabagliati, éd. La Pastèque, 188 p., 20 €

L’exposition Paul à Paris se tient jusqu’au 29 avril au Centre culturel canadien (5 rue de Constantine, 75007, Paris). Métro : Invalides. Du lundi au vendredi de 10h à 18h (le jeudi jusqu’à 19h). Entrée libre.

Michel Rabagliati sera en dédicace le 2 avril (15h) à la Fnac Grenoble, le 3 avril (15h) à la Fnac Lyon et le 6 avril (15h) à la Fnac Strasbourg.

Philippe Peter

francesoir.fr

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