La vente des huîtres est interdite depuis vendredi en Charente-Maritime en raison de la présence d’une toxine. Un nouveau coup dur pour les ostréiculteurs déjà sinistrés par le passage dévastateur de la tempête Xynthia.

Après deux vagues de surmortalité des huîtres en 2008 et 2009, puis le cataclysme Xynthia qui a très durement frappé leurs exploitations, les ostréiculteurs et conchyliculteurs charentais doivent depuis vendredi faire face à une nouvelle calamité. La préfecture de la Charente-Maritime a effet interdit, jusqu’à nouvel ordre, la consommation et la vente de tous les coquillages récoltés depuis le 17 mars sur son littoral. Une mesure préventive qui concerne également la zone de la baie de l’Aiguillon, en Vendée, elle aussi ravagée par le passage de la tempête voilà un mois. « C’est difficile, mais nous ne sommes pas étonnés. L’apparition de cette toxine était prévisible », explique posément Frédéric Voisin, ostréiculteur à Loix, sur l’île de Ré. « La tempête a soulevé les boues qui reposent sur le fond de la mer ce qui a perturbé le milieu naturel » et entraîné l’apparition d’une toxine qui rend les coquillages impropres à la consommation. « Il n’y a pas grand chose à faire. Nous devrons patienter au moins une dizaine de jours en espérant que les choses reviennent rapidement à la normale ».

Les analyses qui ont révélé la présence de cette toxine ont été effectuées sur des moules prélevées en pleine mer. Il n’est donc pas certain que les huîtres qui proviennent de claires – d’anciens marais salants transformés en bassins d’affinage – soient touchées. Les professionnels du secteur ont néanmoins préféré appliquer le principe de précaution. « Nous avons retiré nos produits des étales avant même que le préfet ne nous demande de le faire », précise Frédéric Voisin. « Elles présentent potentiellement un danger et nous ne voulons pas empoissonner les consommateurs ». Une nouvelle campagne de tests doit être menée aujourd’hui pour déterminer si les claires sont effectivement frappés par ce fléau.

Aide de l’État

Le souvenir écœurant de Xynthia n’a pas fini de hanter les installations ostréicoles de Charente et de Vendée qui ont été anéanties par le brusque déchaînement des éléments. « On a pris une énorme baffe. Notre activité est ratatinée », soupire Frédéric Voisin. « J’ai perdu pour 200.000 euros de matériel dans la tempête. Alors que nous espérions relancer nos ventes, c’est un nouveau coup dur ». L’ostréiculteur estime que l’interdiction de vente de ses produits lui coûtera au moins 30.000 euros. Sauf, bien sûr, si elle s’éternise. Il attend donc un coup de pouce de l’État pour l’aider à surmonter ce nouveau malheur. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, avait déjà annoncé début mars une aide de 20 millions d’euros afin de permettre la reconstitution la plus rapide possible des matériels ostréicoles détruits par le passage de Xynthia. Mais « rien n’est encore arrivé », déplore Frédéric Voisin. « Nous n’avons même pas encore eu les formulaires à remplir pour bénéficier de cette aide ». Comme la plupart de ses confrères, cet homme épuisé par les coups du sort craint désormais de devoir se résoudre à une chose : mettre la clé sous la porte.

Philippe Peter

France-Soir, lundi 22 mars 2010

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