Quinze ans après son naufrage à Singapour, la Calypso ne semble pas prête de revoir la mer. Sa restauration, menée par un chantier de Concarneau, est en effet au point mort depuis un an.

Le port de Concarneau s’est mué en colline du Golgotha pour la Calypso tant le chemin de croix du mythique navire océanographique semble interminable. Entamée en novembre 2007, la restauration du bateau du commandant Cousteau, menée par le chantier naval Piriou, est en effet au point mort depuis un an. L’entreprise est en litige avec l’Équipe Cousteau, propriétaire de la nymphe des mers, dont le but est de la remettre en état afin de la « faire revivre en tant que source d’inspiration pour les générations futures ». Une nouvelle jeunesse et une dernière mission pour ce qui deviendrait un navire-musée chargé de perpétuer la mémoire de l’incroyable odyssée du commandant Cousteau et de ses équipes.

Si l’entreprise est noble et belle, le financement ne semble cependant pas suivre. En janvier, le chantier Piriou a donc été « contraint d’assigner en justice l’Équipe Cousteau et Cousteau Society à la suite du non règlement de plus de 850.000 euros de travaux de rénovation effectués sur le navire ». Depuis, les ouvriers ont cessé de s’affairer autour du vieux bateau et sa cure de jouvence est suspendue. Une situation qui n’arrange pas les affaires du chantier naval puisque la Calypso occupe un hangar complet ce qui rend toute nouvelle commande inenvisageable. De son côté, l’Équipe Cousteau, actuellement dirigée par Francine Cousteau – la seconde épouse de celui que ses hommes surnommaient affectueusement le Pacha, décédé en 1997 – ne parle que de « malfaçons ».

Images inoubliables

Lancé en 1942 à Seattle (États-Unis), celui qui est devenu la Calypso dans une seconde vie, a commencé sa carrière comme dragueur de mine dans la Royal Navy. Désarmé en 1946, il est transformé en car-ferry pour Malte et prend son nom actuel. Quatre ans plus tard, il est racheté par un mécène et loué aux Campagnes océanographiques françaises, une association créée par le commandant Cousteau. Après son naufrage à Singapour en 1996, le bateau avait été remorqué jusqu’à Marseille, puis amarré dans le port de La Rochelle où il avait rouillé sur place durant neuf ans. Reconnue propriétaire de la Calypso en 2006, l’Equipe Cousteau a alors décidé de sa restauration, entamée à Concarneau l’année suivante.

Si la coque rouillée de la Calypso fait aujourd’hui peine à voir, cette image navrante ne doit néanmoins pas effacer le souvenir de ce fier vaisseau, fendant mers et océans avec à son bord des équipes de plongeurs dont les films sous-marins ont fait rêver des générations de mômes ébahis devant ce spectacle à l’époque inédit.

Ph. P.

France-Soir, samedi 13 mars 2010

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