La France a présenté la candidature du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l’humanité. Les prometteurs attendent désormais la décision des experts internationaux.

C’est y est, c’est fait. Le volumineux dossier (huit kilos !) de candidature de l’association Bassin minier uni (BMU) a enfin été déposé à la Maison de l’Unesco, à Paris. Un geste qui met fin à un long processus entamé en janvier 2003, lorsque le projet d’inscription du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l’humanité avait été lancé par ses promoteurs lors d’une soirée mémorable au stade Bollaert, à Lens. Tout un symbole. « Le Nord-Pas-de-Calais souffre d’une mauvaise image. Les clichés sur les terrils, les corons et le climat perdurent », déplore Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle (à cinq kilomètres de Lens) et président de l’association BMU. « Nous voulons changer cette vision crasseuse. Le paysage minier est un espace naturel incroyable où vivent des espèces qui n’existent pas ou plus ailleurs », précise-t-il. « Et on ne peut que s’émerveiller devant le paysage qu’ont façonné de leurs bras les ouvriers et les mineurs ».

L’idée d’une mise en valeur de ce patrimoine unique émerge dès le début des années 90 et la fermeture de la dernière mine de charbon (la fosse 9/9 bis, à Oignies). A l’époque, la proposition ne séduit pas. « Beaucoup de gens pensaient que l’arrêt de l’exploitation du charbon n’était que temporaire, que tout allait reprendre assez vite. Personne ne voulait oublier ». Comme on le sait, il n’en sera rien et le Nord, magnifié par Pierre Bachelet, sera frappé plus encore que les autres régions françaises par une crise économique structurelle durable.

Terrils, chevalements et cités minières font partie du patrimoine du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Photo : Altimage

Terre façonnée

L’épopée du charbon est aujourd’hui définitivement close et les Nordistes essaient tant bien que mal d’en tourner la page. Reste les vestiges de ces temps fastueux que l’association BMU cherche à préserver. « Le charbon a façonné cette terre et nous voulons utiliser ces témoignages pour projeter l’ancien bassin minier dans l’avenir », explique Jean-François Caron. Sur une superficie de 4.000 hectares, de Condé-sur-l’Escaut (près de Valenciennes) à d’Enquin-les-Mines (entre Saint-Omer et Béthune, à 120 kilomètres), plus de 350 terrils, cités minières, chevalements, hôpitaux ou encore écoles répartis dans 87 communes témoignent de l’activité houillère qui a fait vivre le région pendant près de 300 ans. Un patrimoine unique, homogène et « universel, car il a véhiculé partout dans le monde les même luttes, les mêmes revendications et les mêmes problèmes ».

Héritage humain

L'épopée houillère a façonné à jamais le paysage du bassin minier. Photo : Altimage

Outre ces souvenirs architecturaux, dont certains ont aujourd’hui trouvé un nouvel emploi, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais conserve également l’empreinte immatérielle de l’omniprésence du charbon. « Les mines ont embauchées des travailleurs venus d’une trentaine de pays différents. Ils ont vu l’émergence des syndicats, d’une culture particulière, d’une forte solidarité. Tout le monde avait des proches qui travaillaient à la mine», s’enthousiasme le maire de Loos-en-Gohelle.

Un dossier très complet donc, qui prend en compte à la fois la notion de patrimoine architectural et historique, mais aussi l’héritage humain, culturel et social. Un point de vue totalement inédit. Ses promoteurs attendent désormais la décision des experts internationaux de l’Unesco qui tombera mi-2011. « Nous avons bon espoir de voir aboutir notre démarche. De toute façon, quoi qu’il arrive, nous avons déjà gagné », conclu Jean-François Caron qui estime que le classement du bassin minier par l’Unesco permettrait notamment de développer le tourisme dans sa région.

Philippe Peter

France-Soir, vendredi 12 mars 2010

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