Alors que l’eau commence lentement à se retirer, les agriculteurs redoutent les conséquences du passage dévastateur de la tempête Xynthia. 52.000 hectares de terres arables ont en effet été brûlés par le sel et rendus impropre à la culture.

Les images parlent d’elles-même : terres inondées, cultures ravagées, bétail noyé, fermes envahies par une eau saumâtre et nauséabonde. La vague d’eau salée déclenchée par le passage dévastateur de la tempête Xynthia n’a pas fait dans la dentelle. Elle n’a surtout épargné rien ni personne. Du coup, des centaines d’agriculteurs sinistrés se retrouvent aujourd’hui sur la paille, sans jeu de mots cynique.

Après avoir déjà dégagé les cadavres de plusieurs milliers de bovins, moutons et chèvres emportés par la tempête, les agriculteurs se retrouvent aujourd’hui bien désœuvrés. S’il leur faut dans un premier temps attendre, impuissants, que l’eau daigne enfin se retirer, ils se préparent néanmoins déjà à une tâche autrement plus ardue : l’arrachage de leurs cultures détruites par l’eau, le ramassage des déchets organiques, des boues et des innombrables débris plastiques qui jonchent leurs champs, et, surtout, le nettoyage de leurs installations qu’il faudra ensuite remettre en état. Le tout après avoir fait une première et difficile évaluation des dégâts.

Autre problème de taille : le sel. Contrairement aux inondations inhérentes à des pluies diluviennes et une brusque montée des cours d’eau, l’eau qui a recouvert plus de 52.000 hectares en Charente-Maritime et en Vendée est pour l’essentiel de l’eau de mer gorgée de sel. Si celle-ci commence lentement à se retirer, sa stagnation prolongée à la surface du sol aura néanmoins permis au sel de se fixer durablement dans la terre. Celui-ci agissant comme un désherbant naturel, les cultures sont d’ores et déjà perdues, inexorablement brûlées par l’or blanc.

En Charente-Maritime, on « évalue à 40.000 hectares les surfaces agricoles touchées par l’effet raz-de-marée », soit environ 10 % des terres arables cultivées du département, explique Dominique Rainteau, le directeur FDSEA Charente Maritime. « La situation est catastrophique. L’effet piscine a pour conséquence de noyer les champs et le sel s’est infiltré assez profondément dans le sol. L’une des solutions serait de percer des brèches dans les digues afin que l’eau s’écoule plus rapidement ».

Impropres à la cultures

Plus grave encore, cette eau salée va rendre les terres agricoles actuellement inondées totalement impropres à la culture. Très vulnérables, les nouveaux semis y seraient en effet rapidement grillés par cet environnement saturé en sel. « Nous savons que l’ensemencement du printemps est plus que compromis », précise Dominique Rainteau. « Plus l’eau restera longtemps en surface, plus le sel s’infiltrera dans le sol et plus ses effets seront néfastes ». Il est à l’heure actuelle encore impossible de déterminer combien de temps ces terres martyrisées resteront infertiles. Des analyses des sols seront menées dès la fin de la décrue pour trouver le plus rapidement possible des solutions à cette calamité salée. « Nous allons amender le sol avec du gypse. Son effet d’attraction du sel devrait limiter les dégâts », indique Dominique Rainteau « Le problème c’est que nous devrons travailler les sols en période sèche et sur des surfaces énormes. Nous manquerons de temps et ces retards se répercuteront forcément sur les récoltes suivantes ». Difficile donc d’évaluer combien de temps ces champs autrefois féconds resteront stériles. S’ils retrouvent un jour leur générosité d’en temps.

Philippe Peter

France-Soir, vendredi 5 mars 2010

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